Karajan et La Scala

« Et se souvient-on même du passage de Karajan à La Scala ? » (Christophe Huss, Le Devoir, 20 et 21 juillet 2019, page A 9)

Karajan à La Scala ? Bien sûr que nous nous en souvenons, nous, le millier de personnes, qui l’avons vu diriger La bohème de Puccini et le Requiem de Verdi à la salle Wilfrid-Pelletier, lors de la participation du Teatro alla Scala au Festival mondial d’Expo 67.

Nous avions découvert ce chef lors de trois tournées : deux à la tête du Philharmonique de Berlin en 1955 et 1956, et la dernière à la direction du Philharmonique de Vienne en 1959. Les amateurs d’opéra comme moi suivaient de loin ses hauts faits à Milan, Vienne et Salzbourg. Maintenant, nous allions le voir chez nous !

La bohème prend l’affiche les 11, 13 et 15 octobre 1967. Gianni Raimondi (Rodolfo), Rolando Panerai (Marcello), Mietta Sighele (Mimi), Marie Collier (Musetta), Gianni Maffeo (Schaunard) et Ivo Vinco (Colline) forment une distribution brillante. La mise en scène animée et les décors spectaculaires de Franco Zeffirelli font grande impression (notamment la scène du Café Momus dont on connaît la pérennité). Ce qui nous impressionne, c’est la symbiose que réalise Karajan entre l’orchestre, les choeurs (dirigés par Roberto Benaglio) et la scène. Claude Gingras peut bien écrire qu’il est partout et qu’il voit tout !

Cependant, un petit incident survient. Ennuyé par les spectateurs qui applaudissent pendant que Rodolfo pleure encore Mimi, un Karajan furieux se tourne vers eux et leur fait chut !

La Scala avait présenté le Requiem de Verdi à Milan, le 16 janvier 1967, en commémoration du 10e anniversaire du décès d’Arturo Toscanini (conservé sur support électronique). Les solistes, Leontyne Price, Fiorenza Cossotto, Nicolaï Ghiaurov et Carlo Bergonzi, se placent derrière l’orchestre et devant les choeurs, comme le veut le chef. Price exécute un Libera me final poignant que murmurent les choeurs. Le public écoute religieusement cette messe des morts exécutée sans entracte, qu’une critique qualifiera de « soirée grandiose ». L’assistance, sous le coup de l’émotion, observe quelques secondes de silence avant d’applaudir à tout rompre. Et lorsque Karajan vient saluer sur la scène, 3000 spectateurs se lèvent spontanément pour l’ovationner.

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1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 17 août 2019 12 h 35

    Une bonne lettre de Mme Barrière

    M. Christophe Huss n'ayant pas le don d'ubiquité (quoique, je me demande...), il ne peut tout voir et, surtout, tout entendre.

    M. Huss est un des as du " Devoir ". Je vous laisse deviner les trois autres.