Passer de la menace d’un désastre à la promesse d’une récompense

Les nombreux articles du vaillant Alexandre Shields sur l’environnement, et plus récemment les écrits sur le rapport du GIEC publiés dans Le Devoir, ont suscité en moi cette interrogation : il me semble que ça fait assez longtemps qu’on nous le dit (qu’on s’aligne vers un désastre planétaire) ; comment se fait-il que les humains ne soient pas plus mobilisés pour renverser la vapeur du réchauffement climatique ?

En guise de réponse, je me suis rappelé ce principe bien connu (mais peut-être pas tant que ça, en fin de compte) que la menace d’une punition (sans mise à exécution immédiate) est nettement moins efficace pour modifier un comportement que la promesse d’une récompense, surtout si elle est vite reçue. La preuve en est que l’achat d’un véhicule électrique est l’une des mesures de réduction de GES qui s’avèrent beaucoup plus populaires parmi les citoyens québécois que l’abandon de comportements nuisibles à l’environnement (comme la consommation de viande, par exemple.) En effet, l’achat d’un véhicule à faible émission de GES est récompensé au premier plan par la récolte de subventions gouvernementales. Comme si ce n’était pas assez s’ajoutent le prestige d’être propriétaire d’une voiture neuve, l’excitation de faire partie des innovateurs en matière de transport, le sentiment d’autocongratulation en donnant le bon exemple à ses concitoyens, les espaces de stationnement prioritaires, et j’en passe.

La suggestion de l’UPA de récompenser les agriculteurs qui prennent des mesures de protection de l’environnement va dans le même sens et pourrait s’avérer beaucoup plus efficace que toute taxe carbone.

Les victimes de ces taxes-punitions tentent par tous les moyens d’éviter de la payer, tels des enfants désobéissants qui disparaissent dans le décor au moment où leurs parents veulent mettre leur menace de punition à exécution. Ou alors, ils estiment qu’il vaut mieux payer cette taxe, plutôt que de prendre des mesures de protection de l’environnement, car les récompenses associées à la production de ce carbone sont vastement plus grandes que la punition associée à leurs activités.

Éric Desrosiers écrit que cette idée « a généralement provoqué l’étonnement. » Voilà bien la preuve que la majorité d’entre nous n’a pas encore compris combien plus puissant et efficace est le pouvoir de la récompense que la menace d’un désastre dans la modification du comportement humain.

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6 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 12 août 2019 00 h 32

    Efficace?

    «l’achat d’un véhicule électrique est l’une des mesures de réduction de GES qui s’avèrent beaucoup plus populaires parmi les citoyens québécois »

    Selon l'Association des Véhicules Électriques du Québec, il y avait 52 556 au 30 juin 2019, ce qui représente à peine plus de 1 % des véhicules en circulation (4 758 010 véhicules de promenade en 2017), alors que le programme de subvention existe depuis 2012 et qu'il n'a jamais atteint ses objectifs. La Commission de l’écofiscalité du Canada a montré dans un rapport récent que ces subventions sont particulièrement inefficace pour faire réduire les émissions de gaz à effet de serre. Par exemple, le programme québécois de subvention à l’achat d’automobiles électriques revient à environ 400 $ par tonne de GES réduits. La tarification du carbone, de son côté, coûte environ 30 $ par tonne.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 12 août 2019 07 h 30

      Pour ajouter de l’eau à votre moulin, signalons que les subventions à l’achat d’une voiture électrique — dont le coût unitaire est d’environ 140,000$ — consiste à prendre l’argent des travailleurs pour aider les riches à payer moins cher leur voiture de luxe.

      Ça prend vraiment un parti politique ‘de gauche’ comme QS pour faire une telle promesse électorale.

    • Cyril Dionne - Abonné 12 août 2019 10 h 06

      Pensez-vous vraiment, M. Jodouin, qu’en apportant un prix à la tonne de carbone, ceci a eu une influence sur les plus grands pollueurs de la planète? Misère noire.

      La voiture électrique qui carbure à l’énergie électrique provenant du charbon, du pétrole, du nucléaire et autres ne fait qu’empirer le problème, mais les utilisateurs de celle-ci, se donne une bonne conscience. A part qu’au Québec, la voiture électrique n’est pas plus viable écologiquement que la voiture traditionnelle. Et le Québec ne représente pas plus de 0,2% des GES mondiaux si on arrondit.

      En fait, ce ne sont pas les habitudes des Québécois qui sont en cause lorsqu’on parle des changements climatiques, mais l’augmentation de la population. Ce n’est pas David Suzuki qui disait que le Canada était plein si on voulait garder nos écosystèmes marins et terrestres intactes? On imagine que celui qui est le père de l’écologie au Canada et que sa famille a connu les camps d’internements japonais durant la 2e guerre mondiale, est tout un raciste pour dire cela.

      Ceci dit, les jeunes, ceux qui se disent les plus conscients des changements climatiques et qui sont courtisés par Québec solidaire, sont les pires pollueurs et consommateurs. Et c’est cela la contradiction. Ils sont dans la même tradition que les milliardaires comme Guy Laliberté et Richard Branson, qui sont des gros enthousiastes de la taxe carbone, eux ne se privent pas s’acheter un voyage dans l’espace ou des avions de touristes pour voyager dans l’espace. C’est d’une clarté obscure leur position sur les changements climatiques. C’est pour cela qu’ils signent des Pactes sur l’environnement.

      Enfin, l’humanité risque de ne pas voir le prochain siècle, non pas à cause des changements climatiques, mais bien à cause d’un hiver nucléaire. Mais de cela, il ne faut pas en parler parce que les jeunes en sont inconscients et ne connaissent rien de cela. Maman, c'est quoi ça une ogive thermonucléaire?

      Et je suis d'accord avec vous M. Martel.

    • Nadia Alexan - Abonnée 12 août 2019 11 h 11

      Il faudrait utiliser toutes les stratégies incitatives et coercitives pour contrer les changements climatiques et le comportement individuel égoïste.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 12 août 2019 14 h 40

      Encouragez vos Maires à joindre l'organisation internationale: Moyors for Peace.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 12 août 2019 14 h 41

    Du positif

    Il existe un Anthropocène positif: https://goodanthropocenes.net/?fbclid=IwAR0GyrIXaaPwprdwaYEMYtttuKoe4BwC37L5dlYYycm78OC32Plf-mJz3SA