Le saut de puce des jeunes libéraux

Ils ont décidé en réunion et annoncé à grand fracas qu’ils passaient du multiculturalisme à l’interculturalisme comme s’ils avaient réussi leur révolution culturelle : le formidable bond en avant n’aura été qu’un pas de clerc. Le multiculturalisme définit une société comme un assemblage de communautés ethnoculturelles alors que l’interculturalisme définit le Québec comme la juxtaposition d’une majorité ethnoculturelle (les Canadiens français) et des minorités ethnoculturelles. Les deux conceptions ont la même approche ethnoculturelle qui disqualifie toute tentative de différenciation entre elles : pour faire court, l’interculturalisme n’est que la version OGM du multiculturalisme. Le Québec n’est ni un assemblage disparate de communautés ni la juxtaposition irrévocable d’une majorité canadienne-française et de minorités dont on voit mal leurs contours précis. Le Québec a tous les attributs d’une nation.

Que le parti d’Adélard Godbout, de Jean Lesage et de Robert Bourassa, hommes d’État réformateurs (René Lévesque était membre du gouvernement Lesage), attachés aux libertés et au bien public (la res publica), soucieux des aspirations nationales de leur peuple, en soit rendu à n’être plus qu’un parti de substitution propre à faire de la figuration dans les cercles cossus du West Island et de l’Outaouais nous laisse pantois, et ce n’est pas en agitant la bannière de l’interculturalisme qu’il nous convaincra du bien-fondé de sa pertinence. Tant qu’il ne renouera pas avec la ligne de ses illustres prédécesseurs, il ne sera qu’un parti, certes appuyé par les Anglo-Québécois et la plupart des néo-Québécois, voué à représenter des intérêts sectoriels et à défendre des signes religieux incompatibles avec le bien public.

Depuis un quart de siècle, le Parti libéral du Québec nous entraîne de déception en déception parce qu’il a rompu avec sa raison d’être, celle d’un parti de pouvoir capable d’assumer les fonctions de l’État et les aspirations de la nation.

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9 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 10 août 2019 00 h 54

    Je trouve cette lettre triste

    «l’interculturalisme n’est que la version OGM du multiculturalisme»

    Quand on n'a comme argument que le sarcasme, cela n'aide pas à favoriser la discussion. Pourtant, l'interculturalisme fut longtemps un liant au Québec entre tous les partis politiques du Québec. Je me souviens d'une activité organisée par l'Institut du nouveau monde qui avait réuni des ancien.nes ministres du PQ et du parti libétal qui vantaient l'exception québécoise réunie autour de ce concept. Cela date pourtant de moins de 20 ans, avant la poussée du nationalisme identitaire. C'est triste qu'on ridiculise ainsi ce qui nous réunissait.

    • Gilles Théberge - Abonné 11 août 2019 13 h 02

      Ha ha ha qu’est-ce qu’il ne faut pas lire, ha ha ha ! Y’a du QS là-dedans.

      C’est beau la danse du ventre, Mais ça a ses limites...

  • Nadia Alexan - Abonnée 10 août 2019 04 h 03

    Le communautarisme et la ghettoïsation ne conduisent pas à une cohésion sociale et une vision pour le bien commun.

    Le Parti libéral qui traite les groupes ethniques comme une banque de votes, ne peut pas aspirer à la création d'une société cohésive avec une vision commune. Le problème avec le multiculturalisme est le fait qu'il encourage le communautarisme et la ghettoïsation ethnique et religieuse qui divise la population au lieu d'unir les esprits autour d'un projet de société.

  • Gilles Bonin - Inscrit 10 août 2019 06 h 22

    Saut de puce

    de «lit-béraux»?

  • Paul Gagnon - Inscrit 10 août 2019 09 h 20

    @Mario Jodoin - Abonné 10 août 2019 00 h 54

    Quand on regarde ce qu'il est advenu du PLQ et du PQ, on peut voir ce qu'il adviendra de votre parti, le QS.
    Le plutôt sera le mieux.
    On a des choses sérieuses à faire... au lieu de disparaître comme certains l'ont programmé.

  • André Joyal - Inscrit 10 août 2019 09 h 43

    «Le triomphe de la médiocrité»

    Hey oui! malgré les milliers de livres de ma bibliothèque et ma liste de publications longue comme mon avant-bras, je lis (aussi) le «JdeM» et son chroniqueur vedette Richard Martineau. Ce dernier se réfère aujourd'hui à un discours de Solzhenitsyn datant de 41 ans. Le célèbre opposant à Staline, avec beaucoup de prémonition, s'élevait contre la priorité accordée de plus en plus aux droits individuels aux dépends des droits collectifs. Une évolution non étrangère à ce que défendait il y a 20 ans l'Institut du Nouveau-Monde (dixit Mario Jodoin). C'est ainsi, effectivement, que l'on pave la voie vers la médiocrité : tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil «Monsieur le juge! J'ai droit à ma tonte bikini».

    Marci à mon collègue Sam Harroum pour cette, ô combien pertinente lettre. Oui, ce parti politique pour lequel je n'ai jamais voté (j'avais 19 ans en 1962) est aux antipodes de ce qu'il a déjà été, mais on l'appuie néanmoins sans réserve aucune surtout dans le West-Island et dans certaines campagnes telle celle d'Entre-les-Lacs.

    Et puisque j'évoque le «JedeM», j'invite la gogauche chroniqueuse Émilie Nicolas à s'y référer aujourd'hui si elle veut fournir à ses lecteurs un dossier complet (oui, les deux côtés de la médaille) sur le sort de nos travailleurs agricoles latinos. L'idéologie qu'elle défend va en prendre pour son rhume, mais l'objectivité doit être la marque des bons(es) chroniqueurs(eures). On appréciera mon effort d'écriture ...inclusive.