La fierté, antidote à la honte

Les fêtes et les défilés de la Fierté LGBT+ débuteront bientôt au Québec. Or, leur signification est encore mal comprise. La fierté dont il est question est celle de ne plus ressentir de honte, ne plus devoir se cacher ou supporter passivement le rejet. Il y a aussi la fierté d’avoir obtenu la reconnaissance de droits fondamentaux, d’avoir survécu à la discrimination et parfois à la haine. Beaucoup de gens n’ont toujours pas cette chance. Il importe de leur rappeler qu’il y a des alliés et des communautés pour les soutenir. Les jeunes LGBT+, en particulier, se trouvent parfois aux prises avec des formes insidieuses d’intimidation et de harcèlement. Montrer que la diversité humaine peut être célébrée plutôt que combattue, voilà un message encore d’actualité.

La Fierté LGBT+ célèbre de surcroît la diversité dans la diversité : semblables et différents, nous le sommes tous et toutes, quels que soient notre sexe, notre genre, notre sexualité et leurs expressions. Les identités que recouvre le vaste parapluie LGBT+ (au long, cela donnerait plutôt LGBTQQIP2SAA) sont plurielles et inventives. Elles remettent souvent en question la façon binaire de voir le monde, comme étant hétéro ou homo, masculin ou féminin, mâle ou femelle. La réalité est bien plus complexe. La diversité sexuelle et de genre a de multiples visages.

Célébrer la Fierté LGBT+, c’est forcément avoir une pensée pour les pionniers et pionnières dont la militance et la persistance ont porté leurs fruits. Plusieurs d’entre eux et d’entre elles n’ont pas vu leurs efforts récompensés de leur vivant. Méconnue, l’histoire de l’évolution des droits LGBT+ au Québec reste à faire et à raconter, par devoir de mémoire, certes, mais aussi pour rappeler que ce qui a été gagné depuis 50 ans le fut en général de haute lutte. Et ces acquis peuvent être fragiles. On voit ces derniers temps, aux États-Unis et au Brésil notamment, que de sérieux reculs se produisent quand des politiciens cherchent à désigner des boucs émissaires. Cette stratégie n’est hélas pas nouvelle…

Il y a assurément une fierté de vivre dans un des rares endroits au monde, le Québec, où l’État lutte activement contre l’homophobie et la transphobie par une politique comprenant plusieurs mesures et impliquant plusieurs ministères. Que des responsables de tous les grands partis (au Québec et au Canada, à une notable exception près dans ce dernier cas) marchent à la tête des grands défilés de la Fierté LGBT+, cela ne se voit pas beaucoup ailleurs dans le monde et mérite d’être souligné.

La fierté, ce n’est pas tant un sentiment qu’un processus d’affirmation personnelle et collective, dans le respect des autres, bien évidemment, desquels la réciprocité est attendue. Rien de plus, rien de moins.

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9 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 7 août 2019 06 h 52

    Comprends pas !?!

    « La fierté dont il est question est celle de ne plus ressentir de honte, ne plus devoir se cacher ou supporter passivement le rejet. Il y a aussi la fierté d’avoir obtenu la reconnaissance de droits fondamentaux » (Michel Dorais, Sociologue et auteur)

    Bien sûr que certes, mais une question :

    Pourquoi la Communauté LGBT+ devrait-elle ne plus ressentir, ou s’y abstenir ?!?, de honte-rejet si ses membres affirment, de fierté, leur présence libre et volontaire au et parmi le monde ?

    Pourquoi ?

    Comprends pas !?! - 7 août 2019 –

    Ps. : Bien que, de notre enfance (celle du temps de Duplessis-Léger), nous étions considéréEs comme la « honte nationale du Québec » des suites de notre naissance en dehors des liens sacrés du mariage (et de père-mère inconnuEs), il demeure comme plaisant de savoir et reconnaître que nous n’avons jamais éprouvé aucune « honte » tout autant de notre statut social que de ce que nous étions appeléEs à vivre ! Jamais !

    • Jean-François Trottier - Abonné 7 août 2019 11 h 53

      M. Blais,

      La réponse est simple : la parade est une commémoration et non une manifestation.

      Tout comme on "commémore" la naissance du ti-Jésus, pour les Américains la déclaration d'indépendance et pour les Canadiens la signature de l'AANB.
      On commémore ensemble ce que chacun(e) a vécu séparément, le moment où l'on a osé le dire et défendre sa position. Parce que ce n'est facile pour personne, même aujourd'hui. Suffit d'être allé une fois dans une cour d'école pour savoir comment les enfants et ados peuvent être durs, volontairement ou pas.
      Et au nombre de parents qui en font une crise narcissique : Non!!!! Pas MON enfant!
      Ou bien qui ont besoin de clamer la "différence" de leur enfant comme une contrepied à leur propre déconvenue.
      C'est triste, c'est presque drôle, et c'est comme ça. Aucune réaction n'est mauvaise en soi.

      Il appert que l'on utilise plusieurs journées différentes pour commémorer, parce qu'aucune date n'est un anniversaire précis qui touchera tout cet ensemble de communautés regroupées.
      Il n'existe pas de journée internationale "À soir on sort du placard".

      Et puis ça attire les touristes.
      Donc chaque ville, et pour beaucoup les propriétaire de bars dans le secteur, choisit "sa" date.
      Faut bien vivre.

      En tout cas je préfère la parade de la "fierté", et je préférerais "assomption" puiqu'on parle de s'assumer (non, je ne parle pas de la Vierge Marie) que le dégoulinage d'ornementation de Noël. Pas que celles-ci soient choquantes, c'est que vraiment, à partir du 1er novembre? Wooooo!

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 8 août 2019 06 h 35

      Grands mercis, M Trottier, pour votre simple réponse !

      De cette réponse, douceur matinale :

      Si cette Fierté-Parade constitue une Commémoration de quelque chose plutôt qu’une manifestation, pourquoi devrait-on la thématiser comme d’un antidote à la honte ?

      En effet, lorsque, d’exemple, telle ville commémore sa naissance, elle invite son monde à célébrer, de fierté plutôt que de honte, tout autant ses origines que son devenir vers l’avenir ou son histoire-mémoire en devenir d’avenir !

      Bref ! - 8 août 2019 -

    • Jean-François Trottier - Abonné 8 août 2019 09 h 35

      Ben.... parce qu'il faut sortir de la honte pour sortir du placard. Assez évident, non?

      Tout comme il faut sortir pour pas rester en-dedans. N'importe quel taulard vous le dira : c'est en-dedans qu'un gars en-dedans se sent en-dedans. Merci RBO.

  • Pierre Boucher - Inscrit 7 août 2019 08 h 12

    Fierté = Lust?

    L'an dernier, une journaliste de Toronto a assisté à la Pride Parade. Son constat? Indécence, grossièreté, grivoiserie, obscénité. Bref, ça ressemblait plus à une Lust Parade.

  • Paul Gagnon - Inscrit 7 août 2019 08 h 47

    Soyons fier de la honte

    Excellent slogan...

    Heureusement que Monsieur fafoin y a compris quelque chose.

  • Marcel Vachon - Abonné 7 août 2019 09 h 12

    Quelqu'un peut m'expliquer?

    Quand on écrit LGBT+, nous savons tous et toutes ce que signifi ces lettres sauf (pour moi d'où ma question): + et B. On connaît les mots suivants:
    - hétérosexuel,
    - homosexuel,
    - guai,
    - transexuel.
    .... mais je ne comprend pas:
    - + ???
    - B (bisexuel pour moi signifi: le sexe pour le sexe, peut importe avec qui, en autant que j'ai du plaisir sexuel). Ça n'a rien à voir avec un aspect scientifique, hormonal ou physiologique.
    Vous avez une explication sérieuse et scientifique à mon questionnement?
    Merci.

    • Loraine King - Abonnée 7 août 2019 11 h 29

      Au diable la science! On a qu'a se fier à la loi canadienne qui depuis C-16 définit l'identité sexuelle comme étant le fait de se sentir femme, homme, les deux, aucun ou autrement, selon où l’on se positionne sur le continuum de l’identité sexuelle. L’identité sexuelle d’une personne peut correspondre ou non au sexe qui lui a été assigné à la naissance, et est fondamentalement différente de l’orientation sexuelle.

      Dorénavant, je pourrai donc me présenter comme étant un homme puisque j'ai un vagtin et que j'ai donné naissance à quatre enfants, et si vous nn'acceptez pas ma prétension je pourrai vous poursuivre.

      http://www.ohrc.on.ca/fr/identit%C3%A9-sex

  • Hélène Lecours - Abonnée 7 août 2019 14 h 19

    MOI

    Née en 1945, époque de Duplessis et Léger, tout le monde a su bien avant moi que mon "identité sexuelle" n'était pas conforme. On a fait semblant de l'ignorer tout en me le reprochant sans dire un mot. LE mot homosexualité avait d'ailleurs été banni du Larousse bien catholique. J'ai tout fait pour être "normale", Pas réussi. Je suis devenue suicidaire à 23 ans. Pour ma part, je suis fière, oui fière, de l'exemple d'ouverture que nous donnons ici, même si elle peut parfois paraitre exagérée. Vaut mieux trop que pas assez. Croyez-moi, le rejet et le silence - les non-dits - sont des armes souvent fatales. Alors, il n'y a rien à "comprendre", sinon que la liberté rend parfois un peu fou et c'est bien ainsi.