Les Québécois et les signes religieux

Jagmeet Singh, le chef du NPD, était de passage à Drummondville au milieu de la semaine dernière pour rencontrer les gens et se faire connaître. À une dame lui demandant ce qu’il portait sur la tête, il répondit avec le sourire qu’il s’agissait d’un signe religieux sikh, ce à quoi elle ajouta « j’aime ça votre look », et ils se tapèrent dans la main. Puis, Radio-Canada a mis en perspective les propos du candidat du Bloc québécois Martin Champoux, qui faisait lui aussi la promotion de son parti et qui en profita pour dire aux futurs électeurs que le NPD et son actuel député, François Choquette, n’étaient plus dans Drummond une option à considérer puisque les Québécois, selon lui, « ne veulent plus de signes religieux dans l’administration de l’État ».

À l’évidence, il s’agit d’une grossière exagération, et donc d’une fausseté. En effet, la loi 21 (l’a-t-il lue ?) fait de l’interdiction ciblée : ne sont visés que les juges, policiers, gardiens de prison, le personnel juridique de l’État, de même que les président et vice-président de l’Assemblée nationale, auxquelles personnes s’ajoutent les enseignants et les directeurs d’école tant au primaire qu’au secondaire. Donc, en vertu de cette liste limitée, ici au Québec, une dame voilée pourra à la prochaine élection se faire élire pour siéger à l’Assemblée nationale et donc, comme députée, continuer à porter le voile. Et ce, même si le ministre Jolin-Barrette a ajouté à sa loi, à la toute dernière minute avant son adoption, l’amendement suivant qui en contredit l’esprit : « Toute personne a droit à des institutions parlementaires gouvernementales et judiciaires laïques ainsi qu’à des services publics laïques. » Voilà l’heure juste. En fait, cette loi 21 traduit plutôt une certaine confusion quant à la laïcité voulue par les Québécois !

Je dénonce bien sûr cette conclusion simpliste et lapidaire du candidat du Bloc québécois dans Drummond, car elle ouvre la porte à une autre dérive possible, celle-là beaucoup plus grave. Celle, à des fins électorales, de diviser les Québécois sur la base de l’identité, où nous aurions, d’un côté, les bons Québécois soi-disant laïques et majoritaires, et de l’autre, les mauvais Québécois minoritaires qui portent, eux, des signes religieux surtout ostentatoires.

Si une telle approche se multiplie, au final, il se pourrait bien qu’au désavantage du Bloc et de son projet d’indépendance, les Québécois et Québécoises qui n’aiment pas la division pour la division, et surtout le non-respect des personnes quant à leur identité, finissent par voter pour Jagmeet Singh et le NPD pour son programme progressiste, le 21 octobre prochain, se disant qu’après tout, cet homme mérite le respect car il a le courage de son « look » et, surtout, comme Jack Layton, il aime les gens.

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29 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 24 juillet 2019 00 h 30

    Indépendance

    «il se pourrait bien qu’au désavantage du Bloc et de son projet d’indépendance»

    Tout comme la charte du PQ a nui à son article premier, à sa raison d'être.

    • Cyril Dionne - Abonné 24 juillet 2019 09 h 05

      Bien oui, on aime ça un chef religieux. Il ne manque plus que les imams, les cardinaux de Rome et les prêcheurs fondamentalistes chrétiens des États-Unis. Tellement, qu’on ne vote pas pour eux. Jagmeet Singh et le NPD vont prendre toute une « débarque » aux prochaines élections, non seulement au Québec, mais partout.

      Justement, les Québécois et Québécoises n’aiment pas la division pour la division et c’est ce que font les idéologies politico-religieuses. Ils sèment la zizanie partout dans les démocraties. Le néolibéralisme est inhérent aux religions comme au droit à la propriété privée et contraire aux droits collectifs, vous savez, ce ciment sociétal qui nous anime dans un vivre-ensemble. Mais le pire, c’est qu’il conjugue avec toutes les chartes de ce monde pour affirmer les droits individuels qui sont si propices justment à la concentration de la richesse. Et est-ce que les religions, ou contes imaginaires pour adultes, ne sont pas le summum du nationalisme? N’est-ce pas ce que fait Singh avec son turban, affirmer son nationalisme sikh? Idem pour les voiles et barbus religieux.

      75% des Québécois ne veulent pas de religion dans les affaires de l’État y compris leurs chefs politiques. Jack Layton était une fraude qui n’a jamais pu se faire élire maire de Toronto. En fait, au Canada anglais, il n’a jamais « pogné ». Seulement au Québec vous dites? Voilà où nous mènent les rêves chimériques de l’extrême gauche multiculturaliste ou de la gauche plurielle; nulle part.

      Adieu NPD et « don’t call us; we’ll call you if needed (not) ». On sait que vous ne parlez pas français. Misère.

    • Pierre Desautels - Abonné 24 juillet 2019 11 h 37

      "il se pourrait bien qu’au désavantage du Bloc et de son projet d’indépendance"

      Projet d'indépendance? La belle affaire. Yves-François Blanchet ne parlera pas jamais d'indépendance pendant la campagne électorale. Les pleutres du Bloc ont réussi leur "putsch".

    • Cyril Dionne - Abonné 24 juillet 2019 15 h 27

      Moi ce qui me fait rire, c'est quand j'entends les solidaires critiquer les autres sur l'indépendance du Québec. Bien oui pour eux, c'est l'indépendance si nécessaire, mais pas nécessairement. L'indépendance n'est pas très importante pour eux avec leur philosophie, dogmes, doctrine et crédo multiculturaliste religieux. Pardieu, Justin est moins pire. C’est pour cela que nos islamo-gauchistes appuient le NPD, un parti fédéraliste et centralisateur anglo-saxon.

      Moi, je vote pour le Québec, je vote Bloc.

  • Réal Boivin - Abonné 24 juillet 2019 06 h 17

    Ne soyons pas naifs.

    Tous les partis organisent leurs rencontres publiques pour mieux nous organiser. Qui vous dit que ce top-là de cette dame n'est pas de la poudre aux yeux? Dans mon quotidien, ce «j'aime votre look» n'existe pas. Alors un peu de sérieux.

    • Gilles Théberge - Abonné 24 juillet 2019 11 h 43

      Faut toujours compter sur Radio-Canada, pour répandre la bonne nouvelle...

  • Nadia Alexan - Abonnée 24 juillet 2019 06 h 18

    La laïcité de l'État s'impose.

    Il me semble que vous êtes complètement déconnecté de la majorité québécoise qui n'aime pas vraiment les signes religieux.
    Les Québécois ont choisi la laïcité au lieu du communautarisme ethnique et de l'intégrisme religieux. Ce sont les signes religieux qui divisent.
    Le choix de la séparation de la religion de la gouvernance démontre la sagesse des Québécois. La religion se pratique en privé. L'on a pas besoin d'étaler nos croyances sur la place publique à moins ce que l'on veut faire du prosélytisme.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 24 juillet 2019 08 h 42

      Généralisation et outrance. Le gouvernement n'a été élu que par 25% des québécois pour qui cet enjeu n'était pas déterminant. Même à supposer qu'ils aient eu une préoccupation pour la présence des signes religieux, ils ne sont pas non plus si nombreux à partager cette obsession chronique pour l'intégrisme et le communautarisme qui ne se prive pas de marteler les mêmes sermons prosélytes.

    • Jean Richard - Abonné 24 juillet 2019 10 h 30

      Étaler ses croyances ? Et si le plus grand risque à la laïcité venait de gens qui ne portent aucun signe physique, mais dont le discours est parfois inquiétant ?
      On ne peut pas se fermer les yeux : le Québec s'américanise rapidement, la langue et la religion n'étant plus de vrais remparts contre cette uniformisation continentale. Nos voisins du sud ont conservé un trait culturel que bien d'autres ont perdu : l'impérialisme. Cet impérialisme se manifeste au niveau de la langue (le Québec francophone traditionnel s'anglicise) et de la culture de masse (les géants américains contrôlent l'industrie du cinéma, de la chanson, du spectacle...). Or, la culture et la religion ne sont pas imperméables l'une à l'autre.
      Chez nos voisins du Sud, la volonté de séparer l'Église et l'État a-t-elle survécu à John F. Kennedy ? Il semble que non.
      Le religieux de nos voisins du sud ne porte que rarement des signes ostentatoires. Est-ce que ça le rend moins envahissant que ces autres religions ciblées par la loi 21 ? N'en soyons pas si sûrs.
      Ayant focalisé sur les voiles des dames musulmanes, nous oublions peut-être que la religion venue d'ailleurs pourrait facilement entrer par la même porte que la langue et la culture.

    • Nadia Alexan - Abonnée 24 juillet 2019 11 h 24

      Je suis d'accord avec vous, monsieur Jean Richard, l'intégrisme religieux est plus insidieux quand il se déguise avec la langue et la culture.
      Par contre, l'on ne peut pas banaliser l'intégrisme religieux qui veut s'imposer politiquement avec les signes religieux. Les deux méthodes détruisent notre démocratie.
      C'est la raison pour laquelle la neutralité de l'État nous protège contre les missionnaires intégristes de toutes les religions.

    • Gilles Théberge - Abonné 24 juillet 2019 11 h 52

      Monsieur Richard les américains sont des croyants christianophiles avec des politiques ethnocentriques qui n'on rien à voir avec la religion. La bible d'une main, un fusil dans l'autre... c'est un empire en décadence. Le problème c'est qu'on ne sait pas vraiment quand il finira par s'effondrer.

      Peut-être finira-t'il par nous emporter avec lui...

      En attendant, je suis d'accord avec madame Alexandre, la laïcité de l'État, s'imppose. C'est notre seule défense.

  • Michel Lebel - Abonné 24 juillet 2019 07 h 00

    Des dérapages possibles


    Ce qui risque d'arriver avec la loi 21 est l'impossibilité pour toute personne de porter un signe religieux en public. Seraient surtout visées les femmes musulmanes portant le voile. Il est pour le moins présomptueux de croire que tous les Québécois ont bien compris et assimilé la loi 21! Des dérapages comme celui du candidat du Bloc sont donc à prévoir. Il faut cependant espérer que le bon sens prévaudra.

    M.L.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 24 juillet 2019 08 h 54

      Vous avez raison. On aura beau dire que les restrictions sont très limitées au plan légal, elles instituent une norme morale que nos bons modérés s'empressent déjà d'invoquer. L21 implique ce glissement de l'ouverture vers la « tolérance », cette chose dont la nature est d'être limitée par l'aptitude de ceux qui en sont l'objet à obéir à notre volonté sous peine, autrement, d'être soumis à des lois un peu moins indulgentes. Il y en a qui sont déjà tout excités par cette perspective.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 24 juillet 2019 14 h 30

      « Des dérapages comme celui du candidat du Bloc sont donc à prévoir. » (Michel Lebel)

      De ce genre de « dérapage », in-volontaire ?!?, de compréhension de la Loi 21, celui d’une dame, née au Québec et semblant utiliser un langage fort coloré-musclé (A) pour désigner certains adeptes de cette Loi sur la Laïcité de l’État, le dépasse d’étonnements !

      De ces « étonnants » étonnements, sagesse ou …

      … dérapage?!? - 24 juillet 2019 -

      A : https://www.facebook.com/luc.desjardins.509/videos/160887071584151/ .

    • Jean-François Trottier - Abonné 25 juillet 2019 09 h 42

      @RMD
      Cette ouverture que vous présentez comme un quasi-contrepied à la tolérance-entre-guillemets est irrecevable dans un contexte législatif.

      En fait elle est dangereuse parce qu'elle représente une position morale, ce qui mène (très) rapidement à un esprit inquisitif très proche du totalitarisme et même pire, mille fois pire, de l'esprit religieux, juge suprême des confessionnaux de mon enfance et terreur de tous les Québécois 200 ans durant. Vous savez, ce lieu où un curé pouvait demander des détails croustillants sur ce qui se passait au lit?
      Ah! Vous ne savez pas?
      ...ou peut-être, vous savez et approuvez?

      Dans la réalité, c'est exactement le cas aujourd'hui! L'Église se prend vraiment(!) pour une spécialiste de la sexualité : elle ne tolère-avec-guillemets que l'abstinence comme moyen de contraception, et "discute" sur l'homosexualité... La religion couvre "absolument" tout.
      Elle ne connaît même pas la tolérance-avec-guillemets. Venez me dire que cette religion n'est pas totalitaire après ça!
      C'est à cette morale que réfère votre ouverture-bourrée-de-guillemets que vous exigez et croyez pouvoir imposer...
      Ne niez pas, c'est nettement ce que vous dites en posant cette fausse alternative.

      C'est une raison suffisante pour chasser au loin tout ces religions totalitairement non-tolérantes-sans-guillemet, avec leur inquisition qui exige les "bonnes dispositions mentales" forçant le comportement, démonstration de l'intolérance des docteurs de la bonne morale et de l'ouverture de façade.
      Mais voilà. le bon sens humain dit qu'il est impossible de chasser les croyances et ceux qui tiennent à les enchâsser dans un code de conduite et de pensée ritualisée, les monothéismes quoi. Donc, le gros bon sens est d'imposer la tolérance pour ne pas tomber dans la grosse morale, cette tolérance que vous ignorez avec superbe par guillemets qui l'embrassent. Comme Judas à Gethsémani?

      Votre "ouverture" est "fermement" stratégique.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 25 juillet 2019 22 h 15

      Vous avez raison, monsieur Trottier : sous couvert d'ouverture, ce que je prône, c'est de conférer aux églises les moyens de leurs visées totalitaires, qui m'échappent totalement...

  • Marc Therrien - Abonné 24 juillet 2019 07 h 18

    Jagmeet Singh, le non neutre


    En présence de Jagmeet Singh, le non neutre, on prend conscience que le processus électoral est tout le contraire de la neutralité. On choisit son camp et prend parti en considérant, entre autres, les caractères ou accents particuliers des apparences que les candidats exposent en vue de se démarquer pour gagner des votes.

    Marc Therrien

    • Jean-François Trottier - Abonné 24 juillet 2019 09 h 48

      Et c'est son droit le plus strict.

      Il se présenterait au Québec sans la moindre entorse à une loi : il est sain qu'un candidat puisse afficher ses croyances, parce qu'alors c'est discutable, contrairement à des signes religieux portés par un prof et dont même lui n'a pas le droit de parler directement sans faire du prosélytisme.
      La classe est un lieu de discours et de pensée discursive, pas de signes, qui sont du domaine du non-dit.

      C'est pourquoi cette lettre est totalement déplacée : elle ne fait qu'alimenter des préjugés qui ont déjà fait assez de tort merci.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 25 juillet 2019 22 h 17

      Il est bien connu que le discours discursif ne fait pas signe.