Jouer à la femme

Enfant, dans les années 1950, j’aimais jouer à la femme. Nous avions hâte d’être comme les grandes et nous les imitions. Mes copines et moi accumulions un trésor de déguisements emprunté à notre maman, à nos tantes. La métamorphose du jour était incomplète sans le port de talons hauts, à nos risques et périls.

Je suis passée de ce sport extrême au sport de haute voltige en tant que ballerine de fin de semaine durant plusieurs années. Les pointes, ses instruments de torture. Les orteils assurément ensanglantés à la fin de chaque séance et récital. Adorer la danse est parfois masochiste. L’été, j’ai porté des sandales à semelle plate en bois. Au cégep et à l’université, faible budget oblige, je me contentais de chaussures plutôt plates, au sens propre et figuré. Pour la jeune femme de carrière que je fus, les talons hauts étaient de bon aloi.

À 40 ans sonnait le glas de ma féminité, à en croire mon entourage. Finie, l’envie des talons vertigineux afin de préserver ma santé lombaire ; admis, les escarpins sages pour les virées culturelles. Ma décision était sans appel, ma vie de femme n’était pas un défilé mais un parcours. Paradoxale émancipation que cette importance accordée au paraître par pression sociétale. Nous étions bien avant 2019, même si l’hypersexualisation et des codes de séduction subsistent.

D’autres choix s’imposent : pas de Botox, ni chirurgie esthétique, fini le fond de teint. Reste l’épineuse question existentielle et contemporaine : cheveux blancs ou colorés ? On tolère tellement mal encore les femmes qui assument pleinement leur vieillissement. Mais osons, nous les sexagénaires, osons sans y voir de l’audace, en pensant à notre propre besoin de liberté ainsi qu’aux filles et aux femmes de demain. Je rêve du jour où des cheffes d’antenne aux cheveux gris ne feront pas sourciller.

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6 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 9 juillet 2019 00 h 53

    Bravo!

    Mais chacune peut bien choisir ce qu'elle veut.

  • Hélène Lecours - Abonnée 9 juillet 2019 07 h 06

    Moi aussi

    Moi aussi je rêve du jour où les femmes s'autoriseront à être elles-mêmes côté cheveux et où on trouvera la beauté dans les rides naturelles. Comme on peut la trouver dans une fleur flétrie, qui perd ses pétales mais sent encore bon. Même la mort peut être belle. Je rêve en couleur? Tout ça ce sont des codes, on peut les refuser, les modifier, les changer. C'est déjà une grande liberté que j'apprécie énormément. Le mimétisme ne mène nulle part.

  • Jacinthe DiGregorio - Abonnée 9 juillet 2019 08 h 40

    cheveux gris ou pas gris

    Dans la soixantaine. Cheveux courts poivre et sel. Parfois, pour changer, je me mets une teinture temporaire qui disparait après 6 à 8 lavage de cheveux.

  • Gilles Théberge - Abonné 9 juillet 2019 10 h 43

    Mais les « chef d’antenne » aux cheveux gris, ne feraient sourciller que les dinosaures madame.

  • Simon Grenier - Abonné 9 juillet 2019 12 h 02

    Une de mes amies, fraîchement quarantenaire, a récemment demandé à sa coiffeuse de cesser de teindre ses mèches grises mais de plutôt blondir quelques mèches autour pour faire une transition douce entre les cheveux gris et le reste de sa chevelure châtaine. La rétroaction de son entourage professionnel, pratiquement toutes des femmes de 25 à 65 ans, fut immédiate et abondante: "Wow, tu es dûe!", "Laisse-moi te donner le numéro de ma coiffeuse, elle est excellente." et "Hein, pourquoi?" lorsque le projet capillaire était expliqué. Effectivement, il faut encore bien de l'abnégation et de la confiance pour être femme aujourd'hui. Sans vouloir pénispliquer quoi que ce soit: allez-y mesdames, lancez-vous, montrez-vous, soyez heureuses et laissez les gens vous admirer, vous respecter, puis éventuellement, vous imiter.