«De la francophobie»: bravo, M.André Ségal

Ce 29 juin, cette libre opinion d’André Ségal, professeur retraité de l’Université Laval au propos mesuré, m’a semblé faire un bel écho au « Nous et les “pas nous” » de M. Mahmoud Mezhoud.

Les « pas nous » perçoivent-ils une part qui leur revient dans ce qu’on nomme les « pas nous »… ? Le multiculturalisme à la Trudeau ne contribue-t-il pas à installer beaucoup de « pas nous » en vase clos… du moment que ça ne fait pas de bruit ?

Arrivera-t-on à apaiser les points de vue et à créer un vrai climat de rencontre ? Le multiculturalisme cloisonné ne crée pas la rencontre ni le fameux vivre-ensemble, qui n’empêche pas les ghettos. Peut-on se souvenir que, pour qu’il y ait rencontre, il faut que de chaque côté, un mouvement sincère parte réellement vers l’autre ? Au-delà des tensions et des points de vue arc-boutés, y compris tous les mots gentils faisant la morale au Québec, n’y a-t-il pas l’impasse juridique créée par l’obsession des droits individuels, manne pour les avocats prêts à monter des causes juteuses en honoraires ?

Les concitoyens anglophones des autres provinces qui font la morale au Québec se rendent-ils compte qu’ils imposent leur vision de la suprématie des droits individuels ? On n’en est pas à l’apartheid au Québec.

Oui, il est incontournable d’être attentifs aux minorités, mais aussi de se rappeler notamment de la situation minoritaire du Québec en Amérique du Nord, où les communautés anglophones, pour reparler des deux solitudes, jouissent d’un espace de liberté que bien d’autres provinces canadiennes n’offrent pas aux minorités francophones. Et ça y est, c’est reparti… La ligue d’impro, « mes minorités sont mieux traitées que les tiennes… »

Y a-t-il des créatifs formés en médiation pour sortir de ce labyrinthe et de la réactivation sempiternelle des divergences culturelles et identitaires jamais clairement nommées et parfois habilement instrumentalisées ?

Pendant ce temps, les icebergs fondent, les pipelines gagnent les batailles juridiques, les monarques et les abeilles succombent aux pesticides. Pendant ce temps, l’emploi n’est pas accessible de façon égalitaire, et le voile n’est pas seul en cause. Les Uber de ce monde écrasent Mohamed et Réal en prétendant faire de l’économie de partage au nom de la modernité ? Peut-on en conclure ainsi ? Ou faut-il plutôt créer un canal de dialogue continu et chercher des façons d’améliorer la façon de vivre ensemble en cessant d’alimenter et d’exacerber les divergences stériles ?

Y a-t-il des citoyens de bonne volonté prêts à participer à une démarche de rencontre et d’amélioration continue ? N’est-ce pas ça, participer à la vie démocratique ?

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5 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 8 juillet 2019 07 h 04

    Bravo Mme Huberlant

    Le multiculturalisme de Trudeau a créé le communautarisme de toute pièce. Il n’y a pas de rencontre ou vivre-ensemble dans une communion sociétale; chacun à créer son propre petit pays avec sa culture et même sa langue à l’intérieur d’un plus grand. Il ne peut y avoir aucune intégration lorsqu’on importe des idéologies politico-religieuses qui ont semé mort et destruction partout dans le monde. Il y a des religions qui sont incompatibles avec nos systèmes démocratiques ou prime l’égalité homme-femme et des minorités sexuelles tout en composant avec la liberté de conscience et d’expression. Cette ghettoïsation des cultures ne présage rien de bon pour cette nouvelle Tour de Babel linguistique et culturelle qu’est le Canada.

    Curieux tout de même que les adeptes de la culture dominante sur le continent nord-américain se permettent de critiquer les Québécois. Ils prêcheront les droits individuels en autant que le tout se fasse dans la langue de l’oppresseur, la leur, l’anglais. Cette dichotomie entre les droits de la collectivité sur les droits individuels est vraiment à géométrie variable dans ce multiculturalisme malsain. En fait, c’est le racisme latent des anglophones envers les francophones qui est la pierre d’assisse de ce mouvement de critique de la classe dominante envers les Québécois.

    Et Mme Huberlant a raison tout comme M. Ségal. Pendant ce temps, on détourne l’attention des vrais enjeux qui façonnent notre société. Les changements climatiques, la mondialisation qui inclut la libre circulation des biens, des services et des personnes, les accords de libre-échange, l’immigration illégale, la stagnation des salaires sont toutes des choses qui sont occultés par l’establishment aux souliers cirés qui sirotent leur café à 20$ la pièce en imposant les technologies de la 4e révolution industrielle qui aliéneront les citoyens encore plus.

    • Nadia Alexan - Abonnée 8 juillet 2019 11 h 22

      La discrimination et l'aliénation se trouvent dans le communautarisme et la ghettoïsation. Quand les droits individuels identitaires et religieux piétinent sur le droit à la liberté de conscience et sur l'égalité homme/femme, la cohésion sociale s'effrite.
      Entre temps, au non du multiculturalisme, la mondialisation sauvage et son capitalisme crasse, sa cupidité et ses attaques effrénées contre la nature s'imposent, sans problème.

  • Françoise Labelle - Abonnée 8 juillet 2019 07 h 39

    faire écho à, redire, répéter

    M.Segal note, comme plusieurs, que le repli sur le ghetto, s'il est sans doute réconfortant, peut être aussi un boulet. Je cite:
    «Pour certains, la communauté d’origine présentait la sécurité. On la retrouve avec plaisir pour y partager des traditions anciennes. Parfois, cependant, cette communauté accueillante peut devenir un obstacle à l’inclusion. Elle peut former un écran entre le citoyen et la société.»

    M.Mezhoud ne se fait pas l'écho de M.Segal:
    «En effet, dans un pays ayant une forte tradition de dialogues et de consensus, est-il moralement convenable de ressusciter un débat tempétueux tel que celui des « signes religieux » ?»
    Outre le fait que le consensus concerne également les traditionalistes rigoristes, ce n'est pas une question morale mais de simple bon sens, comme en témoigne ce fait divers récent: une jeune femme s'est étouffée en go-kart avec son hidjab inamovible, qu'on lui avait pourtant conseillé d'enlever pour sa sécurité.

    La rigueur intellectuelle est notrre seule chance de survie dans le monde des réseaux «sociaux».

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 8 juillet 2019 13 h 25

    « une jeune femme s'est étouffée en go-kart avec son hidjab inamovible, qu'on lui avait pourtant conseillé d'enlever pour sa sécurité» (Françoise Labelle)



    Oui, mais ! L'ayant retiré, au paradis aucune des deux cents verges ne l'attendrait.

  • Simon Grenier - Abonné 9 juillet 2019 12 h 10

    On ne fait pas loi pour une anecdote, pas plus qu'on n'impose un débat de société de plus d'une décénnie pour une personne imprudente qui n'a pas retiré son hijab en allant faire du go-kart. De plus, l'interdiction des signes religieux par les fonctionnaires ne concernait pas cette personne, qui n'était clairement pas en train d'offrir un service public. Par ailleurs, à la quantité de bon petits québécois catholiques (vraiment?) qui se noient en allant stupidement se baigner dans les lieux où la baignade est interdite en raison de sa dangerosité universelle - contrairement au go-kart - il y a longtemps qu'on aurait dû bannir les rivières, les piscines et le fleuve Saint-Laurent du territoire québécois.