Au-delà du savoir des enseignants

La compétence d’un enseignant ne se réduit pas à la connaissance de la matière et des méthodes pédagogiques.

Ces connaissances sont essentielles, mais il y a autre chose, des choses, au-dessus, qui englobent tout l’acte d’enseigner et lui donnent son sens.

D’abord, l’enseignement est un service. Même s’il est évidemment souhaitable que l’enseignant trouve son bonheur dans l’exercice de sa fonction, le but de l’exercice n’est pas son épanouissement personnel. Alors, je ne peux m’empêcher de sourire tristement quand j’entends un prof en formation dire qu’il veut réaliser son rêve. À vrai dire, vous pouvez m’en croire, aspirants profs, il est possible qu’à certains moments, ce métier vous rende bien malheureux. Vous ferez bien de vous rappeler, en ces moments, que vous êtes là d’abord pour servir, voire seulement pour servir, le reste étant un bonus. En tout cas, vous pouvez être certains que vous aurez tôt ou tard à travailler sur vous-mêmes pour pouvoir bien servir, et si vous n’êtes pas prêts à le faire, renoncez tout de suite.

Il faut aussi être bien conscient du fait que ce que le prof doit apporter aux élèves dépasse de beaucoup le simple contenu du programme. L’école, en tout cas dans nos sociétés, doit amener l’élève à prendre, pour ce qui est de la pensée, une distance par rapport à lui-même. L’élève doit apprendre, par exemple, que ce qu’on lui a appris dans son milieu familial n’est pas nécessairement un savoir universel, une vérité absolue, il doit apprendre à distinguer ses opinions personnelles, ses impressions, ses intuitions, d’un élément de savoir vérifié et admis. Une telle attitude n’apparaît pas clairement dans un programme de langue seconde, par exemple, mais elle doit émaner clairement et constamment de l’attitude du prof. C’est un lieu commun, mais le fait est qu’un bon enseignant doit d’abord se donner en exemple. Cela implique qu’il doit lui-même, au premier chef, faire abstraction de ses opinions et croyances personnelles. Les afficher délibérément d’une manière ou d’une autre viole de façon flagrante le sens profond de sa mission et, à mon sens, un prof qui ne comprend pas cela n’est pas un prof vraiment compétent.

Entre autres effets de la loi 21, il est à souhaiter qu’elle favorise une reprise de conscience des fondements de la profession d’enseignant. Malheureusement, je doute que cet aspect de la question pèse pour beaucoup devant un éventuel tribunal. En tout cas, il semble qu’il ne soit pas du tout abordé dans la formation des futurs profs, et c’est infiniment déplorable.

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7 commentaires
  • Alain Bissonnette - Abonné 5 juillet 2019 07 h 22

    Des profs exemplaires

    Il y en a plein d'enseignants et de professeurs exemplaires. Qui n'a pas en mémoire celle ou celui qui lui a permis de mieux maîtriser telle règle de grammaire, l'art de patiner ou celui de décortiquer un texte difficile ? De l'école primaire jusqu'à l'université, nous avons bien besoin d'eux. Et de leur attention. Celle qui s'arrête et encourage lorsque la difficulté décourage. La maîtrise de leur savoir n'est pas tout, mais elle demeure essentielle. Car c'est par elle que nous accédons à ce qui les anime. Dont, entre autres, le pur bonheur d'apprendre et celui de voir d'autres personnes s'épanouir en apprenant.

  • Marc Therrien - Abonné 5 juillet 2019 07 h 24

    Et en-deça de la capacité d'apprendre des élèves


    Si le fait est «qu’un bon enseignant doit d’abord se donner en exemple», j’imagine qu’il peut se donner en plusieurs exemples selon les différents contenus et contextes d’enseignement. En plus que «cela implique qu’il doit lui-même, au premier chef, faire abstraction de ses opinions et croyances personnelles», en contrepartie, de s’afficher tel qu’il est dans le monde des apparences tout en démontrant son excellence dans l’enseignement du français, de l’anglais ou des mathématiques, par exemple, pourrait être un belle démonstration de ce qu’est le respect de l’intégrité. On ne tient pas toujours compte du fait que parfois l’humain est ouvert et prêt à apprendre autre chose que ce qu’on veut lui enseigner.

    Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 5 juillet 2019 10 h 07

      M. Therrien, enseigner c’est plus que démontrer son excellence dans l’enseignement du français, de l’anglais ou des mathématiques. En fait, les bons enseignant.e.s apprennent toujours de leurs élèves.

      Oui, l’enseignement n’est pas seulement l’épanouissement des individus qui choisissent cette vocation, mais bien d’être au service des autres. Les enfants sont toujours au cœur de l’éducation. L’enseignement n’est pas pour servir ses convictions personnelles, mais pour servir comme le dit si bien M. Meunier.

      L’école n’est pas seulement les compétences et les connaissances, mais bien d’amener l’élève à être autodidacte vis-à-vis les idéologies qui pullulent partout autour de lui tout en lui donnant les affinités et les filtres nécessaires pour devenir compétent, indépendant tout en étant conscient de son rôle social en devenir comme citoyen à part entière. Or, lorsqu’un.e enseignant.e affiche ses convictions personnelles silencieusement ou bien verbalement, l’équilibre pédagogique est rompu dans la salle de classe. L’apprenant, surtout en bas âge, est fédéré et se déprécie intériorisant le jugement de l'enseignant.e, parce qu’il se croit incapable d’une pensée unique et personnelle.

      L’enseignant.e pour qui l'application du droit pour tous représente pour lui ou elle une grande violence à son droit personnel et des restrictions importantes à ce qu'il considère comme son plus-être et sa liberté, cesse d’être un pédagogue. Dans cette situation d'oppression, l’enseignant.e a tendance à penser qu’il/elle a atteint un degré d’humanité plus élevé et que cela lui est réservé. Le reste n’est que subversion. Lorsqu’on est plus au service des autres dans la salle de classe, on garde les élèves dans un état d’infériorité. Et attention, être au service des autres attend que la relation élève-enseignant.e soit teintée de respect de la part des apprenants. « In loco parentis » est toujours la devise des enseignant.e.s dans la salle de classe.

      Et merci M. Meunier.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 5 juillet 2019 07 h 34

    … intelligence !

    « Entre autres effets de la loi 21, il est à souhaiter qu’elle favorise une reprise de conscience des fondements de la profession d’enseignant. » (Sylvain Meunier, Écrivain et Prof de carrière)

    Effectivement, une telle « reprise de conscience » demeure nécessaire dans la mesure où l’enseignement donne l’occasion à tout le monde d’apprendre à apprendre, avec ou sans « signes religieux » ?!?, ce vers quoi les choses s’apprennent d’elles-mêmes !

    Entre-temps, on-dirait que la « chicane » est « pognée », dans certaines Commissions scolaires, pour savoir s’il est possible de porter au rang de l’incompétence une quelconque Neutralité !?!

    De ce genre de chicane, arbitraire ou d’intérêts questionnables, les compétences professorales le dépassent, et ce, avec passion et …

    … intelligence ! - 5 juillet 2019 –

    Ps. : Il n’apparaît pas de nécessité de se présenter, en classe, avec une tenue vestimentaire de type « religieux », pour enseigner aux élèves, d’exemple, que tous les d.ieux existent, sauf D,ieu ! Pas nécessaire pantoutt !

  • Pierre Langlois - Inscrit 5 juillet 2019 10 h 45

    La L21 est discriminatoire

    « Entre autres effets de la loi 21, il est à souhaiter qu’elle favorise une reprise de conscience des fondements de la profession d’enseignant », écrit Sylvain Meunier.

    La L21 est discriminatoire.

    Les personnes engagées avant le 23 mars pourront continuer de porter des signes religieux ; les autres, non.

    Dans le privé, il est immoral et illégal d'exiger une tenue sans signes religieux. Au gouvernement, c'est devenu moral et légal.

    Les Amérindiens pourront porter tout ce qu'ils veulent. Selon le Premier ministre leurs signes ne sont pas religieux, mais spirituels...

    Des personnes sincèrement croyantes n'ont plus accès à certains postes de la fonction publique et para-publique parce que le port de signes religieux chez eux est prescrit. Par exemple, les Sicks ont cinq objets religieux à porter en tout temps et tout lieux.

    Dans ces conditions, je vois mal comment une loi discriminatoire pourrait favoriser « une reprise de conscience des fondements de la profession d’enseignant ». Elle favorisera plutôt une prise de conscience de xénophobie institutionnelle chez les personnes à qui elle ôte la liberté de conscience et de religion.

  • Michel Virard - Inscrit 5 juillet 2019 13 h 20

    Merci

    Merci Monsieur Meunier. Il fallait que ce soit dit, tellement certains ont tendance à l'oublier: l'enseignement n'a pas à être fait pour satisfaire d'abord les enseignants, mais à être fait pour le développement de nos enfants. Que cette vérité élémentaire ait été perdue dans la cacophonie des «I, me and myself» ne surprendra guère mais ce n'est pas une raison pour l'escamoter. Contrairement aux affirmations gratuites vues sur ce forum, la loi 21 ne brime aucunement la liberté de conscience et si elle limite certaines pratiques religieuses, il n'y a là rien de bien nouveau: tous les états modernes et démocratiques limitent les excès des religions d'une façon où d'une autre.