Agir contre la pénurie de logements

Au début de la pénurie de logements des années 2000, j’étais président du FRAPRU et directeur d’un comité logement sur la Rive-Sud. En même temps que je coordonnais les mesures d’urgence dans mon coin, je contribuais aux représentations politiques auprès du gouvernement du Québec. C’est avec cette expérience que j’entends l’histoire se répéter avec les déclarations récentes du cabinet de la ministre Andrée Laforest et de la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

Pour la deuxième fois en 20 ans, la crise du logement s’amorce de façon identique : avec le déni des autorités politiques.

Des politiciennes telles que la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, et la mairesse de Montréal, Valérie Plante, brandissent les taux de vacances des logements et nous disent que nous ne sommes pas en crise du logement comme au début des années 2000. Elles ont raison sur au moins un point : à cette époque aussi les gouvernements avaient pris du temps à comprendre ce qui se passait et à adopter les mesures appropriées. Ainsi, au printemps 2001, le gouvernement du Parti québécois avait aussi été lent à réagir. L’année suivante, il avait appris la leçon. Puis, celui du Parti libéral du Québec, élu en avril 2003, adoptait comme premier décret en mai le renouvellement des mesures d’urgence pour les personnes sans logement du 1er juillet.

Au début de la pénurie des années 2000, comme maintenant, le gouvernement du Québec et les villes ne comprenaient pas le phénomène qui se déroulait sous leurs yeux et ignoraient les appels des comités logements, des associations de locataires et de leurs regroupements nationaux. J’étais président du FRAPRU à cette époque et j’ai eu l’occasion de voir avec mes collègues à quel point il est difficile de faire comprendre ce que vivent vraiment les locataires du Québec. Ces groupes, qui constituent ni plus ni moins que les canaris dans la mine, savent empiriquement ce qui se passe quotidiennement sur le terrain dans les quartiers et les municipalités du Québec. Cette connaissance explique en bonne partie la colère qui émerge lors d’actions collectives et lors de certaines prises de parole. La Société d’habitation du Québec (SHQ) sur laquelle s’appuie la ministre n’a pas, encore moins maintenant que le PLQ l’a éviscérée, cette capacité de lecture de la situation.

Quand les gouvernements ignorent les appels du FRAPRU et du RCLALQ pour des raisons idéologiques, comme le fait la CAQ actuellement (et comme l’a fait le PLQ au cours des 10 années précédentes), ou par manque d’affinités, comme le font plusieurs villes, dont Montréal, ils se privent d’une expertise précieuse. Ce faisant, ils se retrouvent à adopter une fraction des mesures nécessaires pour répondre à la situation. Ils le font à la dernière minute, aux dépens des locataires, des gens de terrain dans les offices municipaux d’habitation et des groupes communautaires, tout en laissant des dizaines de ménages à la rue ou dans des arrangements dangereux, voire précaires.

Airbnb, la spéculation et les hausses de loyer ne s’en iront nulle part. La stratégie 20-20-20 de la Ville de Montréal ne commencera à être en vigueur qu’en 2021 et nous n’en verrons les premiers résultats, au mieux, que deux ans plus tard. Attendre la relance de la livraison du programme AccèsLogis, c’est comme attendre Godot. Bref, nous ne sommes pas sortis du bois. En 2020, il faudra faire beaucoup mieux. Faisons en sorte que la ministre Andrée Laforest et la mairesse Valérie Plante en prennent note et agissent en conséquence.

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