Pour retrouver le cœur à la fête?

Il est évident que la loi sur la laïcité, approuvée par une grande majorité de Québécois et érigée au rang de nouvelle fierté pour les Québécois par nombre de chroniqueurs à l’occasion de notre fête nationale du 24 juin, vise essentiellement nos jeunes et futures enseignantes voilées.

De ce fait, elle est discriminatoire et son but premier, en leur interdisant le voile, est clairement de contrer l’intégrisme religieux là où il peut être le plus pernicieux, selon nos experts en laïcité, soit dans les écoles devant nos enfants et nos adolescents.

Si j’étais une future enseignante et surtout une enseignante voilée avec un droit acquis m’évitant, par cette tolérance politiquement intéressée, la guillotine de l’interdiction, je militerais pour un modèle de laïcité de remplacement de la loi 21 qui n’interdit pas, mais qui, sur la base d’un code d’éthique, invite.

Oui, qui invite à placer la liberté de conscience avant la liberté religieuse, et qui permet à celle-ci de se manifester par l’abstention de porter le voile, ou tout autre signe religieux, une fois par année, un jour qu’on pourrait appeler Jour de la laïcité. Une laïcité qui évoluerait au fil de ces fêtes annuelles et qui, ainsi vécue, protégerait en particulier le voile contre tout intégrisme et l’inscrirait plutôt comme symbole de liberté — liberté de la personne au Québec, une liberté vécue à la hauteur de l’esprit de notre Charte des droits et libertés de la personne et à la hauteur donc de la dignité que chacun et chacune méritent au Québec.

Mais est-ce que je verrai bientôt des femmes musulmanes portant le hidjab revendiquer cette solution à la loi 21 ? Est-ce que je verrai le PLQ et QS oser entreprendre cette oeuvre de pédagogie sociale auprès de leur clientèle voilée afin qu’elle retrouve le coeur à la fête… et peut-être suggérer que le 24 juin soit aussi la célébration de notre liberté, en particulier de notre liberté de conscience, en laissant aussi pour ce jour, librement et dans un esprit de fête laïque et pluraliste à la Mariana Mazza, comme elle l’a démontré avec sensibilité, intelligence et un peu de folie hier soir, tout signe religieux à la maison ?

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7 commentaires
  • Denis Drapeau - Abonné 26 juin 2019 06 h 40

    La laïcité une fois par année

    Non mais c'est du délire. Pourquoi pas l'égalité homme/femme une fois par année et ainsi de suite pour la démocratie, la lutte au racisme et à l'homophobie et j'en passe. Si je suis pour l'égalité homme/femme un seul jour par année c'est que je suis contre. Pas la peine de nous berner avec une "laïcité de remplacementen" levant le voile sur la laïcité un seul jour par année.

    • Nadia Alexan - Abonnée 26 juin 2019 11 h 01

      Effectivement, le port se signes religieux est une régression selon le célèbre écrivain libano-français, Amin Maalouf: «Je considère que cette manière de couvrir les femmes dans la société musulmane est une régression. Il y a eu plusieurs générations de femmes qui se sont épanouies, qui ont enlevé les signes qu'on leur imposait dans les sociétés patriarcales et qui ont commencé à vivre comme citoyennes à part entière.»
      Selon le même écrivain toujours: « Partout dans le monde, bien des États forgés autour d’une langue commune ont été démantelés par les querelles religieuses». C'est à dire, le communautarisme et le fanatisme religieux empêchent la cohésion d'une société autour d'une vision universelle et commune.

  • Sylvain Rivest - Abonné 26 juin 2019 07 h 37

    Quelle naïveté

    La loi s’adresse aux intégristes. C’est gens ne s’intéressent qu’à leur monde et leur vision de celui-ci. Ils sont fermées sur eux-mêmes. Ils vont finir par vivre dans des ghettos comme les hassidiques, les témoins et autres sectes. Tout le monde s’entendent sur une chose, à Rome on fait comme les romains, sauf ceux qui se croient supérieurs.

    • Christian Roy - Abonné 26 juin 2019 21 h 53

      @ M. Rivest,

      (...) au Québec, on fait comme Elvis Gratton... on Think Big et on se croit déjà supérieur !

      Heureusement que les curés d'antant furent remplacés par les humoristes d'aujourd'hui. Québec: capitale mondiale de l'humour. Ça nous aide tous à tromper le vide existentiel. Est-il encore permis de ne pas faire partie de ce troupeau ?

  • Cyril Dionne - Abonné 26 juin 2019 08 h 13

    L’effusion oxymorique des religions organisées

    Va pour la liberté de conscience, mais pour la liberté de religion, c’est de jouer dans le jeu de ceux qui contrôle les rouages de croyances médiévales. L’impérialisme incontesté des religions monothéistes n’est plus à démontrer. Mais que dire de l'endoctrinement et de la restriction de la liberté de penser par et pour soi-même des croyances médiévales? En 2019, est-ce qu’on a de besoin de religion pour avoir une morale et une éthique personnelle et sociétale? Si au moins, les dieux existeraient et pourraient être prouvés, mais on le sait bien que ce n’est pas le cas.

    Il ne faut pas mélanger spiritualité et religions organisées avec les dogmes, dictats et doctrines. La liberté de conscience oui, mais pour la liberté de religion, c’est un oxymore. Le deuxième terme est la négation du premier. Et la religion la plus imbécile demeure toujours l’islam, elle qui amène que violence et destruction partout sur la planète.

    P.S. Le PLQ et Québec solidaire, les frères siamois fédéralistes, mondialistes, multiculturalistes et communautaristes, sont encore pris dans une faille spatio-temporelle. Peut-être un jour, ils nous rejoindrons au 21e siècle.

  • Danièle Jeannotte - Abonnée 26 juin 2019 10 h 38

    Sérieusement?

    L'été est enfin là et c'est une saison pendant laquelle on nous invite collectivement à mettre notre cerveau au ralenti et à être en toutes choses légers et festifs. J'espère que l'auteur de ce texte a pris cette invitation un peu trop au pied de la lettre et que l'automne le ramènera à des pensées un peu plus réalistes. En attendant, je l'invite à consulter la liste des «journées mondiales de...» pour se rendre compte du manque de sérieux du concept, que ce soit au niveau national ou international. Et je lui souhaite un bel été!

  • Marc Pelletier - Abonné 26 juin 2019 13 h 15

    Est-ce possible ?

    Les Québécois sont des fêtards, c'est bien connu !

    Mais pour avoir le coeur à la fête, pour plusieurs, ce sera une question de génération, car pour eux le Québec, tel qu'il est, n'a pas fini d'être indigeste.

    De fait, avec l'évolution et la prise en main du Québec par les francophone depuis 60 ans, je comprends mal qu'on ne profite pas plus du présent et qu'on ne se fasse pas plus confiance pour bâtir notre futur ! Heureusement que les jeunes sauront s'en charger.

    Qui sait, notre nouveau premier ministre fera peut-être sortir les nostalgiques de leur désert.