Pourquoi se font-ils élire?

Justin Trudeau ira de l’avant avec l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain, sous le prétexte fallacieux de générer des profits qui seraient investis dans une éventuelle transition verte. D’un strict point de vue économique, cela ne tient pas la route, surtout quand on l’entend dire qu’il ne veut pas augmenter la capacité de production, mais seulement ouvrir de nouveaux marchés. Difficile de concevoir qu’un investissement d’environ dix milliards de dollars serait rentabilisé sans une augmentation de la production quand Kinder Morgan ne trouvait pas la situation assez intéressante pour conserver ses actifs.

Si on ajoute des considérations environnementales, rien ne va plus. Toutes les études scientifiques, auxquelles Trudeau prétend adhérer, nous conjurent de sortir le plus rapidement possible des énergies fossiles. Les rapports les plus récents nous somment de réduire les émissions de CO2 de près de 50 % d’ici 2030. Onze ans.

Pourquoi investir de telles sommes pour des infrastructures dont la vie utile devra être la plus courte possible, si jamais elles servent ? Le scénario rose bonbon de Trudeau ne peut se réaliser. Au lieu de compter sur d’hypothétiques revenus de quelques centaines de millions par année, si tout va très bien, pourquoi ne pas investir dès maintenant, ne serait-ce qu’une partie de ces montants, dans des solutions durables et écoresponsables.

Cette décision est en fait une non-décision, dictée par la loi du moindre effort, le calcul politique, et une certaine incompétence. À court terme, rien ne va bouger. Le gouvernement fédéral est en conflit d’intérêts, à la fois juge et partie, et les opposants vont continuer à taper sur ce clou-là, pour commencer. Mais il faut agir maintenant.

Il faut concéder que le poids politique de Jason Kenney fait pencher la balance vers la catastrophe. Son discours, dont le seul mérite est la franchise, est tellement déconnecté de la réalité et du monde qui entoure l’Alberta que ça fait peur. Cette volonté de maintenir ce qui est, revenir à un âge d’or fantasmé et local, sans considération pour la communauté humaine, et sans réaliser qu’il n’y a pas d’existence possible sans cette même communauté humaine. Ce refus de considérer qu’un monde meilleur mais différent peut exister pour le bien de tous, est-ce dû à un manque d’imagination, ou à un égoïsme crasse ?

Pourquoi ces personnes cherchent-elles à prendre le pouvoir, peu importe le niveau de gouvernement ; pourquoi se font-elles élire ? Par ambition, pour imposer leur vision du monde ? Pour servir la société ? Ce serait bien si c’était vraiment ça.

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8 commentaires
  • Julien Thériault - Abonné 25 juin 2019 06 h 24

    Peut-être parce que...

    Peut-être parce que le Canada (celui de la soi-disant « confédération » a d'abord été créé pour des raisons commerciales et économiques : décloisonner les anciennes petites colonies britanniques (Canada-Uni, Nouvelle-Écosse, etc.), ouvrir aux capitaux (d'abord britanniques, puis américains, puis mondiaux) des espaces libres pour l'exploitation de la forêt, des terres, des mines, des pêches. Dans leur plan, ni la nature, ni les ethnies, ni les cultres, ni les langues, ni les religions n'avaient d'importance, si ce n'est dans la mesure où elles servaient leur plan. La terre était considérée comme une source infinie de ressources et de profits. Sur cela, tout le monde s'entendait et les différences entre les libéraux et les conservateurs, qui se passent le pouvoir depuis plus de 150 ans, ne sont que des nuances sur le même thème. Ajoutez à cela un système monarchique qui ne donne pratiquement aucun pouvoir au peuple et tout le pouvoir à l'exécutif, et vous avez un Canada. On a beau jouer les « cool », on est, au fond, au service du grand capital. Comme le reste de l'Occident, d'ailleurs.

  • Cyril Dionne - Abonné 25 juin 2019 08 h 09

    La couleur vert-brune de nos politiciens

    Les libéraux, de couleur vert-brune, disent une chose et son contraire en même temps. Justin, notre acteur de 2e rôle, ne pourra pas nous en passer une petite vite sur celle-là. Justin veut juste se faire élire pour avoir le pouvoir. C’est tout.

    Nous ne pourront pas réduire les émissions de CO2 de près de 50 % d’ici 2030 au Canada. En fait, elles vont augmenter à la hauteur de plus de 10% d’ici 2030 et peut-être plus. Ailleurs, sur la planète, ce sera un beau 30% d’augmentation d’ici 2030. La part du Canada ne sera pas plus de 2 ou 3% et seulement 0,1% pour les Québécois dans cette équation climatique qui fera augmenter la température mondiale par plus de 4,5 degrés Celsius. En d’autres mots, ne nous sommes pas responsables comme nous n’y pouvons rien.

    Dans un scénario d’une augmentation de trois degrés de la température mondiale, ce qui est très possible dès 2050, ceci actionnerait le cycle du carbone, mais en marche arrière. Au lieu d'absorber le C02, les mers, la végétation et les sols commenceraient à le libérer et déposeraient le carbone dans l'atmosphère jusqu'à des concentrations atmosphériques de plus de 250 parties par million en 2100, augmentant du même coup, le réchauffement climatique par un autre 1,5 degré Celsius. En d'autres termes, les rétroactions du cycle du carbone pourrait faire pencher la planète en réchauffement climatique extrême de façon exponentielle au milieu du siècle, beaucoup plus tôt qu'on ne l'avait prévu.

    Les fluctuations extrêmes de la température, les tempêtes, la sécheresse, les feux de forêt, la famine, la mort des animaux domestiques, le manque d’eau potable, la fin de l’agriculture, l’élévation du niveau des mers et j’en passe sont les cavaliers de l'Apocalypse que nous allons peut-être envisager d’ici une génération ou deux si nous ne nous prenons pas en main comme population mondiale. Et ce n’est pas les conférences sur le climat avec 10 000 jets privés des participants parqués sur le tarmac qui feront la différence.

  • Marc Pelletier - Abonné 25 juin 2019 08 h 16

    Question à un million !

    Elle s'applique partout, au Québec, à Ottawa et.........

    La seule façon de décoder les véritables intentions des premiers ministres ou des chefs d'État est de regarder leurs réalisations ou encore de découvrir leurs motivations, une fois qu'ils sont élus majoritaitement. N'est-il pas sage de juger un arbre à ses fruits ?

    Ces réalisations peuvent nous révéler des surprises par rapport aux dits et aux non dits des campagnes électorales : on peut alors y retrouver parfois des agendas cachés, bien camouflés et qui risquent de nous faire déchanter ou encore de conforter l'opinion que nous nous étions déjà faite du personnage.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 25 juin 2019 08 h 37

    «Pourquoi ces personnes cherchent-elles à prendre le pouvoir?» (Robert Lortie)



    Bien! Pour avoir le pouvoir, non?

    Le pouvoir d'achat, le pouvoir d'avoir du Whisky et des P'tites Pépées.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 25 juin 2019 09 h 52

    Ils se font élire parce que nous le voulons

    Des citoyens se portent candidats parce que des machines partisanes les sollicitent. Et ceux qui sont élus le sont parce que nous avons voté pour eux.

    Les Libéraux, les Conservateurs et les Néo-Démocrates ne se distinguent qu’avant d’être au pouvoir.

    Après, ils doivent se soumettre à la raison d’État, défendue par la machine de l’État canadien. Celle-ci est dirigée par de grands mandarins anglophones, beaucoup plus compétents que les néophytes nommés ministres.

    Voyez, au Québec, comment le ministre de l’agriculture s’est fait enfirouâpé par son sous-ministre. Ce dernier serait encore en place si, dans ce cas particulier, il n’avait pas ruiné la crédibilité du ministre (qui ne s’en remettra jamais).

    Le bilan environnemental du gouvernement Trudeau est négatif comme il l’aurait été si les Conservateurs avaient été réélus.

    Pour bien comprendre quelqu’un, il faut se mettre à sa place.

    Le Canada est au troisième rang mondial quant aux réserves pétrolières (conventionnelles ou non). Or tous les États-pétroliers (y compris la Norvège) estiment qu’ils ont intérêt à vendre leur pétrole pendant qu’il a de la valeur.

    Et nous, Québécois, avons le choix entre financer de nos impôts la construction de l’État pétrolier canadien ou consacrer notre argent à bâtir un nouveau pays qui soit juste, écologique et laïc.

    Ceux qui choisissent de se soumettre aux dictats de l’ethnie dominante du pays devraient cesser de radoter en tentant de nous faire croire qu’en changeant d’interface ministérielle fédérale, on change grand-chose.

    • Marc Pelletier - Abonné 25 juin 2019 17 h 07

      M. Martel,

      Petite question comme ça : en tant que nouveau pays, avec quelle ressource le Québec sera-il capable de payer au gouvernement fédéral la part de sa dette qui nous appartient ? Il n'y aura pas de baguette magique lorsque l'indépendance du Québec sera décrétée.

      Vous dites : ''...... consacrer notre argent à bâtir un nouveau pays...... '' : d'une part, comment pourrait-on y arriver alors qu'on a encore besoin de plus de 10 milliards venant de la péréquation ? D'autre part, la vente de nos surplus d'électricité aux USA est, jusqu'à preuve du contraire, un voeu pieux !

      Tout en étant un fier nationaliste francophone, peut-on aussi être un peu réaliste ?

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 26 juin 2019 15 h 37

      Merci M. Pelletier pour votre commentaire.

      La dette sera négociée et payée à long terme comme toute dette gouvernementale.

      Le Québec paie au fédéral 50 milliards en taxes et impôts. Or la part du Québec dans les dépenses d’Ottawa est habituellement de 3% (sauf dans les domaines artistiques).

      Pour plus de détails, je vous réfère au texte suivant…
      https://jpmartel.quebec/2018/12/16/le-colonialisme-economique-canadian/

      …dont la conclusion est la suivante : « En dressant la liste des dépenses d’Ottawa au Québec, même en y incluant la péréquation, on arrive à une somme inférieure à ce que les contribuables québécois versent au fédéral. Cela signifie que la péréquation, au fond, c’est notre argent que nous redonne le fédéral en nous faisant croire qu’il nous fait l’aumône.»

    • Marc Pelletier - Abonné 26 juin 2019 19 h 13

      Et......., malgré notre fierté bien légitime, nos routes sont encore les plus pitoyables en Amérique du Nord. Ce doit être encore la faute des autres !

      Si votre argumentation tenait la route, il y a fort longtemps que les Québécois, à qui tout le monde reconnait leur gros bon sens, auraient choisi la direction que vous nous souhaitez.