Laïcité: un peu de modération!

Les partisans du projet de loi sur la laïcité de l’État et ses opposants tiennent, aux deux extrémités, des propos grandiloquents qui n’aident en rien à une compréhension mutuelle.

D’un côté, les partisans du projet de loi 21 saluent une laïcité nouvelle tant attendue au Québec. Pour certains, il s’agit ni plus ni moins qu’une seconde Révolution tranquille ! C’est commodément faire fi du fait que la séparation de l’église et de l’État est chose faite au Québec depuis longtemps et que la neutralité de l’État est solidement implantée. De fait, le Québec est assurément l’État le plus séculier en Amérique du Nord. Il suffit d’assister aux prières qui précèdent les travaux de la Chambre des communes et d’autres parlements du Canada et des États-Unis pour s’en convaincre. Une telle chose serait impensable à l’Assemblée nationale. Dans un même élan, l’adoption du projet de loi 21 constituerait une victoire sur le multiculturalisme canadien et son porte-étendard, la Charte des droits et libertés. Encore une fois, on tait le fait que le projet de loi comporte, en premier lieu, une disposition de dérogation à la Charte des droits et libertés de la personne, une charte toute québécoise adoptée avant la Charte canadienne !

De l’autre, pour les opposants au projet de loi 21, son adoption marquerait le début d’une ère liberticide sans précédent. C’est passer sous silence le fait que plusieurs États européens ont des lois similaires sans pourtant que le Conseil de sécurité de l’ONU soit appelé en renfort ! Qui plus est, les opposants au projet de loi 21 peinent à expliquer ce qui fait de la liberté de conscience et de religion une liberté plus fondamentale que les autres. Rappelons qu’actuellement, la liberté d’expression et la liberté politique des employés de l’État sont brimées par le devoir de réserve qu’on leur impose. Pourquoi faudrait-il accepter ces contraintes tout en déchirant sa chemise afin de défendre la liberté de porter un signe religieux pour les fonctionnaires en position d’autorité ? Enfin, dans un dernier sursaut d’enflure intellectuelle, la Loi sur la laïcité de l’État viendrait ni plus ni moins consacrer le passage d’un nationalisme civique à un nationalisme ethnique ! Comme si nos positions théoriques sur la laïcité relevaient intrinsèquement de notre origine ethnique.

Il serait grand temps de prendre une grande respiration collective et de laisser en plan le grandiloquent, exacerbé par les médias sociaux, de nos propos respectifs. Ça tombe bien, la Fête nationale est à nos portes. Profitons-en pour nous rassembler, malgré nos divergences d’opinions, et célébrer notre capacité à tenir des débats collectifs qui ont minimalement le mérite d’être pacifiques. Ensuite, consacrons nos lendemains de veille à nous éloigner, tous tant que nous sommes, des hyperboles.

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22 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 21 juin 2019 03 h 24

    Le débat est devenu un tabou.

    Ce que je trouve triste dans cette polémique, c'est que le débat est devenu tabou. Les adversaires de la loi sur la laïcité grimpent les rideaux en ne voulant même pas entendre les raisons pour lesquelles l'on interdit les signes religieux dans la fonction publique. Ils lancent gratuitement les insultes de racisme et de xénophobie aux adhérents de la loi sur la laïcité sans pour autant les entendre.
    D'autres pays sont capables de débattre de sujets chauds avec sérénité, sans se déchirer les chemises, mais au Québec nous n’avons pas eu un seul débat organisé, ouvert au public, pour entendre les deux côtés de la médaille. C'est vraiment déplorable.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 21 juin 2019 07 h 07

    … QUÉBEC !

    « Il serait grand temps de prendre une grande respiration collective et de laisser en plan le grandiloquent, exacerbé par les médias sociaux, de nos propos respectifs. Ça tombe bien, la Fête nationale est à nos portes. Profitons-en pour nous rassembler, malgré » (Gabriel Danis)

    Oui, en effet, l’important est et demeure, qu’respirant et marchant de « rose » (A, avec ou sans Épines ?!) à l’aube de notre Fête Nationale (solstice d’été ?!?), de s’assurer un vivre-ensemble respectueux tout autant de la Laïcité de l’État que du …

    … QUÉBEC ! – 21 juin 2019 -

    A : https://www.youtube.com/watch?v=xqb8PAhxAK8 .

  • Marc Therrien - Abonné 21 juin 2019 07 h 10

    Dans cette lutte des "moi haissables"


    Tout ce qui génère du plaisir se répète. On disait qu’il ne fallait pas parler de politique et de religion dans les réunions de famille afin de ne pas générer des conflits. Il semble qu’on ne se prive plus de ce plaisir des passions tristes dans cette lutte des «moi haïssables» dont parlait Blaise Pascal dans les années 1600 qui veulent chacun « se faire le centre de tout ». Il en résulte que « chaque moi est l’ennemi et voudrait être le tyran de tous les autres ».

    Marc Therrien

  • Marc Pelletier - Abonné 21 juin 2019 08 h 04

    Un appel au gros bon sens

    Merci M. Danis,

    Bien d'accord avec vous concernant votre lettre, notamment en ce qui concerne la grandiloquence.

    N'est-ce pas Boileau qui disait : '' Ce qui se conçoit bien s'énonce aisément et les mots pour le dire arrivent facilement ''.

    Bravo pour votre conclusion !

  • Jean-François Trottier - Abonné 21 juin 2019 08 h 43

    Un petit bilan

    M. Danis,

    "la séparation de l’église et de l’État est chose faite au Québec depuis longtemps et [...] la neutralité de l’État est solidement implantée. De fait, le Québec est assurément l’État le plus séculier en Amérique du Nord."
    Fausse sécurité. Vous le dites, toute l'Amérique du Nord est religieuse, sinon hyper-religieuse.

    Le Québec n'est qu'une province dans un pays religieux maintenant envahi par l'hyper-puissant Bible Belt.
    Une loi sur la laïcité se fait en période "laïque" en prévision d'inévitables temps plus religieux.
    L'importance de cette loi tient uniquement dans son titre: le simple fait de dire "laïcité" est capital. La teneur en est beaucoup trop tiède malgré la démesure des réactions des opposants.

    Le débat a été l'occasion de jauger le profond racisme auquel les Québécois sont confrontés dans le ROC, ainsi que l'infiltration de ce racisme ici.

    Pour le PLQ on savait qu'il utilise et favorise en douce la division depuis longtemps. La bonne vieille malhonnêteté du vendeur de char usagé quoi.

    QS, pour qui tout est blanc ou noir, y a apporté une violence verbale empreinte de raideur morale, de coupes tranchantes, de vision hallucinée à la soviétique. Par un retournement de pensée dont seuls les dogmatiques sont capables, les Québécois sont devenus une sous-race identitaire, peureuse, haineuse et même encore accrochée à des vieilles valeurs catholiques!! Euh... wow.

    En reste quelques points:
    - Les religions sont toujours à l'affût, prête à prendre tout pouvoir possible.
    - La division selon une ligne linguistique est au pire depuis 40 ans au Québec. Il faudra bien un jour que les anglos analysent leur frilosité identitaire maladive et assument leur position de majorité écrasante, sinon cette brisure ira s'élargissant.
    - Nous nous préparons à de noires années avec la montée de l'extrémisme de gauche à qui tout est prétexte pour créer la crise.