Une ministre qui n’est pas à la hauteur

La ministre Sonia LeBel (sans lien de parenté avec le soussigné) a voté pour le projet de loi 21 sur la laïcité. J’ai toujours cru qu’un ou une responsable du ministère de la Justice se devait de défendre l’État de droit. Mais la partisanerie semble l’avoir ici emporté. Comment une telle ministre peut-elle défendre une loi qui suspend des droits et libertés et qui interdit préventivement tout contrôle judiciaire par l’usage de dispositions dérogatoires ? J’aurais pensé que Me Sonia LeBel aurait eu au moins la décence de s’abstenir de voter sur le projet de loi. En agissant ainsi, la ministre ne me semble pas être à la hauteur de son importante fonction.

Le long silence de celle-ci durant les consultations et l’étude du projet de loi 21 m’a rappelé cette interjection (vraie ou fausse) lancée par Maurice Duplessis (ancien premier ministre du Québec) à son solliciteur général, Antoine Rivard : « Toé, tais-toé ». Les mânes de Duplessis rôderaient-ils toujours… ?

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18 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 20 juin 2019 01 h 59

    La loi 21 sur la laïcité est juste et constitutionnelle. Nous ne sommes pas le seul pays à légiférer sur la laïcité.

    Vous avez tort, monsieur Lebel. La neutralité de l'État n'a rien à faire le refus de la religion. C'est bel et bien ce que la Commission européenne à statuer: «Même si elle choque certains musulmans, l’interdiction du port du voile intégral dans l’espace public est une « mesure nécessaire » dans une société démocratique pour « garantir les conditions du vivre-ensemble dans la société », a confirmé la Cour européenne des droits de l’Homme».
    «Les juges ont retenu que la loi belge, comme la loi française, visait à assurer « la sécurité publique, l’égalité entre l’homme et la femme et une certaine conception du vivre-ensemble dans la société ».
    Le voile est interdit sous certaines formes dans plusieurs pays du monde, tant musulmans que non musulmans. «Le voile est à la fois un vieil instrument d’oppression des femmes, en même temps qu’une arme politique entre les mains des fondamentalistes religieux.»
    L’exemple français a été suivi par la Norvège. Récemment, plusieurs pays européens, comme l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, la Bulgarie et le Danemark ont interdit le voile intégral en public ou son port par les fonctionnaires.»
    Pourquoi légiférer ?
    «Le voile, qu’il soit total ou partiel, envoie des messages. Son message social est que les femmes valent moins que les hommes et que les femmes non voilées sont immorales. Son message politique est que l’islamisme étend son emprise petit à petit. Il faut toujours se souvenir que le voile n’est que le symptôme d’un endoctrinement culturel et politique.»

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 20 juin 2019 09 h 39

      Madame Alexan, les jugements de la CEDH ne sont pas du tout fondés sur le motif religieux mais sur les exigences de la sécurité. Quand à cette fameuse « conception du vivre-ensemble », elle met expressément en garde contre une interprétation exagérément contraignante de celle-ci.

      « Elle se dit d’ailleurs « très préoccupée » par « les propos islamophobes » qui ont marqué le débat sur le voile, et souligne « qu’un Etat qui s’engage dans un tel processus législatif prend le risque d’encourager l’expression de l’intolérance » : « des propos constitutifs d’une attaque générale et véhémente contre un groupe identifié par une religion ou des origines ethniques sont incompatibles avec les valeurs de tolérance qui sous-tendent la Convention ». » (Le Monde, 1er juillet 2014)

      Ah puis tiens donc... Si « Le voile, qu’il soit total ou partiel, envoie des messages » dont la signification ne fait pas de doute une fois qu'on en a décidé à la place de celles qui le portent, pourquoi ne pourrait-on pas décréter que la jupe et les talons hauts envoient « le message » que les femmes sont sexuellement disponibles voire qu'elles lancent implicitement une permission de les violer, comme bien des gens le présument encore ? Moi je dis qu'il faudrait les interdire au moins aux enseignantes, histoire de préserver l'innocence des petits....

      Il aurait déjà été judicieux de faire état de cela dans vos incessantes évocations des jugements de cette cour, mais la simple honnêteté intellectuelle vous aurait commandé de ne pas confondre les avis de celle-ci avec ceux d'un chroniqueur respecatble (Loïc Tassé), mais dont le point de vue s'en écarte sensiblement.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 20 juin 2019 09 h 40

      P.S.: les deux derniers paragraphes ont été malencontreusement inversés.

    • Nadia Alexan - Abonnée 20 juin 2019 09 h 57

      À monsieur Richard Maltais Desjardins: Vous passez sous silence l'essentiel de mon commentaire: «Le voile est à la fois un vieil instrument d’oppression des femmes, en même temps qu’une arme politique entre les mains des fondamentalistes religieux. «Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir».

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 20 juin 2019 11 h 04

      Ce que je ne passerai certainement pas sous silence, c'est l'usage totalement démagogique et frauduleux que vous faites des jugements de la CEDH. Une fois cela dit, je me ferai un plaisir de « passer sous silence » les préjugés que vous prétendez justifier de cette manière.

  • André Joyal - Inscrit 20 juin 2019 07 h 24

    Précision non nécessaire

    Le «représentant» du LQP sur ce forum écrit : «La ministre Sonia LeBel (sans lien de parenté avec le soussigné)». Or, on savait qu'à Entre-les Lacs Lebel s'écrit sans majuscule pour le «b». Étant donné la notoriété de mon collègue universitaire retraité, cette précision s'avère donc hors d'ordre.

    • Claude Bariteau - Abonné 21 juin 2019 06 h 50

      Ce point est secondaire. L'est moins que Me Lebel soit devenu l'homme des billets du Devoir, probablement pour qu'il se sente en bonne compagnie avec des commentateurs qui partagent ses vues.

  • Cyril Dionne - Abonné 20 juin 2019 07 h 29

    Misère à la puissance du googolplex (10 à la puissance de 100)

    Bon. On semble préférer le gouvernement des juges non-élu. Oui, les courtisans du pouvoir qui réécrivent les lois selon leur bon vouloir. Qu’est-il arrivé au gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple pour les opposants politiques qui affichent une certaine ferveur religieuse sur le sujet? Enfin, nous avons un gouvernement qui se tient debout pour faire face à ces faux prêtres de la démocratie.

    • Christian Montmarquette - Abonné 20 juin 2019 09 h 05

      « Les opposants politiques qui affichent une certaine ferveur religieuse.. » - Cyril Dionne

      Cette prétendue « ferveur religieuse » que vous et vos acolytes tentez de nous accoler n'existe qu'entre vos deux oreilles. 

Vous-même, vous appuyez une loi qui maintien le financement des écoles confessionnelles et les exemptions de taxes et d'impôts pour les organismes religieux.. - Seriez-vous d'une «ferveur religieuse» pour autant? Ou mieux, un «islamo-fasciste» dont vous ne cessez de targuer vos opposants?

    • Cyril Dionne - Abonné 20 juin 2019 16 h 43

      Bon. Nos grands défenseurs des religions monothéistes à l’œuvre. N’est-ce pas les candidats de Québec solidaire qui ont fait campagne il y a seulement quelques mois de cela, où ils défendaient la position Bouchard-Taylor qui admettait que l’on puisse interdire le port de signes religieux à certains employés de l’État. Comme une girouette au vent, Sol Zanetti s’est ridiculisé à un point qui a dépassé le burlesque et le grotesque. Il disait, il n’y a pas si longtemps de cela, qu’il trouvait qu’il serait vraiment antidémocratique que des gens se fassent élire sur un programme politique et qu’après, ils fassent le contraire. C’est exactement ce qu’ils ont fait après les élections. En fait de malhonnêteté en politique, difficile de trouver pire. Zanetti et Québec solidaire n’ont plus aucune crédibilité. C’est pour cela qu’un tiers de leurs supporteurs les ont lâché.

      Le Parti multiculturaliste-socialiste des islamo-gauchistes, mieux connu sous le nom de Québec solidaire, aime bien faire la morale aux autres, se poser en grand défendeur des opprimés, des minorités attaquées, de la vertu quoi. En fait, son politburo se fout bien des pauvres et des laissés pour contre; tout ce qu’il veut, c’est le pouvoir. C’est pourquoi qu’on les voit beugler pour une proportionnelle mixte afin d'accroître leur nombre de députés qui va rétrécir comme une peau de chagrin à la prochaine élection. Mais en même temps, ils ne veulent rien savoir d’une proportionnelle à deux tours. Dire qu’ils se sont permis de critiquer la CAQ parce qu’il honorait leurs promesses faites à la population bien avant la dernière campagne politique. Comme disait l’autre, le ridicule déshonore plus que le déshonneur.

      Misère.

    • Christian Montmarquette - Abonné 20 juin 2019 18 h 02

      @Cyril Dionne,

      On le connait par coeur votre chapelet d'insultes et de faussetés au sujet de QS, mais vous ne répondez-pas à la question:

      - Vous-même, qui, contrairement à QS, appuyez une loi qui maintient le financement des écoles confessionnelles et les exemptions de taxes et d'impôts pour les organismes religieux..

      - Seriez-vous aussi un «islamo-fasciste» dont vous ne cessez de targuer Québec solidaire qui pourtant s'y oppose?

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 20 juin 2019 09 h 51

    Une ministre qui n'est pas à votre hauteur

    Vous croyez être dans votre bon droit, comme si le droit était une science.
    Pour citer M. Rabelais que vous connaissez peut-être : «Science sans conscience n'est que ruine de l'âme.»

  • Claude Gélinas - Abonné 20 juin 2019 11 h 31

    En l'absence de réforme parlementaire la Ministre n'a pas l'obligation de s'abstenir.

    Puisque le recours aux dispostions dérogatoires n'a rien d'illégal et ne constitue pas un précédent pourquoi faire un tel reproche à la Ministre. Fallait-il être plus catholique que le Pape et refuser à la Ministre le droit de voter pour cette loi du Gouvernement. Car, comme vous le savez, tant que la Ministre fait partie du Cabinet, rien ne l'empêche de voter. À ce jour, l'abstention d'un Ministre ne semble pas faire partie de la tradition parlementaire québécoise et canadienne. Ce qui nous ramène sur le rôle de la Ministre de la Justice du Canada dans l'affaire Lavalin.

    Car, laisser à la Cour suprême le soin de décider du bien fondé du projet de loi aurait conduit nécessairement, chat échaudé craint l'eau chaude, de voir la loi charcutée. comme l'a été la Loi 101.
    Faut-il rappeler qu'avec une majorité de juges anglophones, le Québec n'est pas maïtre chez Lui.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 20 juin 2019 11 h 38

      Faut-il rappeler que la possibilité d'invoquer la clause dérogatoire atteste une fois de plus que le Québec EST maître chez lui, ce qui n'a pas pour conséquence qu'il n'ait pas à payer le prix politique du choix qu'il fait de l'utiliser. Il y a des limites à se postitonner constamment dans la posture de la victime dont les actions ne constitueraient jamais par conséquent qu'autant de cas de légitime défense contre les autres...