Les temps changent

À la fin des années 1950 et au début des années 1960, les collèges classiques, dirigés par les congrégations religieuses, manquaient de professeurs dans différentes disciplines. Ils ont donc recruté des professeurs laïques. C’est dans ce contexte que j’ai été engagé comme professeur de mathématiques au collège Sainte-Croix.

Lors de l’entretien d’embauche, on ne m’a pas demandé si j’étais catholique, on a simplement vérifié mes compétences en mathématiques. Au bout de deux ans, on a fondé, tout naturellement, l’Association professionnelle des professeurs laïques de l’enseignement classique (APPLEC) pour défendre nos conditions de travail. Parmi ces professeurs laïques, il y avait des catholiques, des juifs et des athées qui acceptaient toutes les règles imposées par les congrégations (comme la prière avant le premier cours du lundi). Durant ces années, il n’a jamais été question de proclamer notre foi ou notre absence de foi. C’est pourquoi je regarde avec une certaine incompréhension ces personnes qui veulent enseigner mais qui refusent de se conformer à la loi et placent avant tout leur appartenance à leur foi. À quand la fondation de l’Association des professeures islamiques de l’enseignement laïque ? Cela dit avec un grain de sel politiquement incorrect.

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5 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 19 juin 2019 08 h 51

    Aviez-vous fait Philo I et Philo II ?

    M. Déri,

    votre comparaison, toute ironique qu'elle soit, est pour le moins odieuse.

    Les années '50 et '60 étaient l'époque de "La langue, gardienne de la foi" depuis... Mgr Bourget de fort triste mémoire.
    Tout français était catholique, bin quin.
    Et jamais on ne vous aurait laissé enseigner la religion!

    On ne demande pas plus la religion d'un prof aujourd'hui. On s'en fout complètement.

    Si jamais vous aviez arboré quoi que ce soit laissant croire que vous n'étiez pas cartholique ou tout signe politique, vous n'auriez mêmne pas pu utiliser vos pieds pour vous retrouver dehors. Oui monsieur, un vol plané.

    Paul Gérin-Lajoie a étudié à St-Laurent avec les pères Stainte-Croix. Il y a rencontré le père Lavallée qui depuis longtemps fomentait une "remise en question" du non-système d'éducation au Québec, En clair, il souhaitait un système non-confessionnel tout en gardant, pour quelques années seulement (!) pour un passage en douceur, les collèges privés.
    Ils n'ont pas tout cassé, contrairement au ministère à chaque réforme.

    Par la suite, vers 1957, Lavallée a créé un groupe de réflexion sous l'égide de PGL vers un futur système d'éducation relevant d'un ministère qui, quel hasard, a échu à PGL par la suite!
    Mon père, professeur laïc à St-Laurent, en était,
    Il était le seul père de famille à l'époque alors les réunions se tenaient chez lui dans le salon, presque tous les dimanches, et aussi pendant l'été, dans un chalet des Laurentides.
    Barbeau, Larochelle, l'abbé O'Neil plus tard défroqué et ministre sous Lévesque, quelques autres y ont participé. Tout jeune j'ai entendu parler des "écoles de polyvalence" et des Collèges pré-uiniversitaires dès 1958. On préparait la commission Parent quoi.

    Beaucoup de pères souhaitaient la laïcisation du système. Pourquoi vous auraient-ils empêchés de créer une association des enseignants laïcs?

    Aujourd'hui ils applaudiraient à la loi 21. You bet!

  • Cyril Dionne - Abonné 19 juin 2019 09 h 01

    Mon dieu !

    Il y a un monde de différence entre l’idéologie catholique et l’idéologie de l’islam. La religion catholique fait des compromis et la deuxième, eh bien, ce mot n’apparaît pas dans son vocabulaire. C’est la loi de leur dieu inventé de toute pièce par les hommes qui doit primer en tout temps et partout. Dans les années 60, les catholiques ont enlevé leurs soutanes et leurs voiles dans les écoles publiques et une idéologie venue d’ailleurs voudrait qu'on les remettre. Difficile d'instaurer la charia avec la laïcité.

    Tout le monde le sait, la fondation de l’Association des professeures islamiques de l’enseignement laïque n’arrivera jamais. Une croyance qui institue la ségrégation des femmes, qui emprisonne, torture et ostracise les minorités sexuelles, où l’apostasie est passible de la peine de mort, qui n’accepte aucune critique de son prophète, de son livre de l’âge de bronze et de sa religion et que sa guerre de religion (schisme) dure depuis qu’elle a été inventé, il ne faut s’attendre qu’on va y retrouver des progressistes au sein de cette idéologie en 2019. En tout cas, il n’y avait pas beaucoup dans la guerre civile de Syrie entre le sunnites et les chiites.

    Le pire de tout cela, c’est que la réformation effectuée au 20e siècle au sein de cette religion nous a donné entre autre, les Frères musulmans, les djihadistes, le wahhabisme et le salafisme. En bref, une rétrogradation de la civilisation. Misère.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 19 juin 2019 09 h 14

    Le retour du balancier.

    "Durant ces années, il n’a jamais été question (pour les enseignants laïques) de proclamer notre foi ou notre absence de foi. C’est pourquoi je regarde avec une certaine incompréhension ces personnes qui veulent enseigner mais qui refusent de se conformer à la loi et placent avant tout leur appartenance à leur foi. " - Thomas Déri

    Merci pour votre témoignage fondé sur le vécu. Après avoir évacué le domaine de l'enseignement il y a plus de cinquante ans, le religieux et son aile fondamentaliste s'apprêtent à le réinvestir en force avec la complaisance des néo-libéraux mondialistes et de leurs alliés Solidaires pseudo-progressistes. Curieuse époque en vérité où les pôles idéologiques sont inversés et où tout semble aller à l'envers de la simple logique.

  • Réal Boivin - Abonné 19 juin 2019 10 h 35

    Oui les temps changes.

    Vous avez vécu l'évolution de la société à une époque où la société cherchait à s'unir autour de grands projets et de grands idéaux. Aujourd'hui, le multiculturalisme anglo-saxon divise la société en de multiples communautés qui ne se parlent que pour se défier. Diviser pour mieux régner. La vieille méthode de l'ancienne empire britanique s'est répendue avec la mondialisation.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 19 juin 2019 20 h 36

    Lettre originale et étonnante

    Bravo.