Le douloureux reflet de notre fragilité

Si on permet que des signes ostentatoires soient portés par des personnes, on pourrait aussi permettre que des crucifix s’installent », nous expliquait doctement Guy Rocher en commission parlementaire sur le projet de loi sur la laïcité.

C’est vrai qu’un symbole aussi fort de don de soi, de sacrifice et d’amour a de quoi faire frémir.

Permettons-nous alors une question toute simple : hormis des représentations de Jésus cloué au gibet, qu’est-ce qui met réellement en péril l’éducation nationale ?

Les tableaux blancs abrutissants dans toutes les classes ? Les cours de récré décorées d’asphalte craqué, avec un seul ballon de soccer pour 75 enfants ? Le fait que ce soit aussi facile d’entrer au baccalauréat en enseignement que de pénétrer dans un Costco un mardi après-midi pour s’acheter un parasol ?

Bien sûr, rien de tout cela.

Pour notre plus célèbre sociologue, les menaces sont à chercher du côté de Rachida, Latifa et soeur Gertrude.

Je ne partage pas cette crainte.

D’abord parce qu’une distinction s’impose entre l’institution et les personnes qui y oeuvrent. Ensuite, parce que la neutralité de l’État comprise comme une absence d’expression dans les institutions et dans l’espace public est, en soi, contradictoire ; elle est, dans les faits, un parti pris pour l’athéisme d’État.

Enfin, ce qui pose problème, à mon sens, c’est bien davantage la vulnérabilité de la culture d’accueil — la nôtre — face à ses nouveaux arrivants au bagage culturel si riche ! À bien des égards, il me semble que c’est la richesse d’autrui qui nous pétrifie.

On tremble parce que cette richesse nous reflète notre grande pauvreté, notre culture fastfoodisée et walmartifiée, nos familles fragmentées, nos écoles soumises au culte de la technolâtrie.

Ainsi, les principales menaces à la cohésion nationale se cachent du côté du déficit de transmission culturelle, de l’hégémonie de la société de consommation qui réduit les citoyens au titre de consommateurs, et de la précarité des structures familiales comme lieux premiers d’éducation.

Légiférer pour tenter de résorber un malaise historique et culturel me semble maladroit et contre-productif. Ouvrir un chantier de réconciliation historique avec nous-mêmes et de guérison de notre mémoire nous permettrait non seulement d’accueillir à bras ouverts, mais aussi de compléter l’embrassade en intégrant les nouveaux arrivants à une culture et à une histoire pleinement assumées.

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44 commentaires
  • Marc Pelletier - Abonné 14 juin 2019 08 h 24

    Cette réflexion en vaut bien d'autres

    Hier, à TV5, j'ai regardé comme je le fait occasionnellement l'émission '' Des racines et des Ailes '' qui nous présentait la Toscane. J'ai été émerveillé, non seulement par le paysage, ses monuments dont sa tour de Pise, mais bien plus par son l'histoire, la culture et l'attachement indéfectible des habitants pour leur coin de pays.

    Au Québec, mis à part nos grands espaces et nos clochers en voie de disparition, nous n'avons que bien peu à discourir.

    Notre Province, notre nation francophone est bien jeune et malgré tout le respect que j'ai pour notre histoire et nos ancêtres, il est un fait qu'elle n'est sortie de sa torpeur que depuis les années soixante. Cette courte période, bien trop courte période laisse à ses citoyens encore un goût amer, difficile à effacer, des années de survie que notre nation a vécu : il faut le comprendre.

    Quel contraste avec ce que je disais auparavent !

    En lisant la lettre de Antoine Malenfant, titrée '' Le douleureux reflets de notre fragilité '', je comprends mieux son propos et nos réactions collectives :

    -- ''.... la richesse d'autrui qui nous pétrifie ''.
    -- ''.... cette richesse nous réflète notre grande pauvreté, notre culture fastfoodisée et walmarttifiée, nos familles fragmentées, nos écoles soumises au culte de la technolâtrie ''.
    -- ''.... vulnérabilité de la culture d'accueil , la Nôtre ''.

    Ceci peut nous blesser , mais ne vaut-il pas mieux faire face à cette réalité et aller de l'avant, tout en reniant pas notre passé ?

  • Claude Bariteau - Abonné 14 juin 2019 08 h 54

    Quant parle Le Verbe, Dieu se fait chair !!!

    Vous invitez à une « cohésion nationale » un « nous » imaginaire à un chantier de réconciliation et de guérison pour accueillir et intégrer en assumant « sa » culture et « son » histoire.

    Pourquoi ? Parce que vous affirmez qu’elle serait devenue un bric-à-brac hétéroclite, quasi un foutoir, dont les tenants sont des ignares incapables, comme M. Rocher, de faire une distinction « entre l’institution et les personnes qui y œuvrent ». Pire : leur incapacité les incite à prôner une absence de l’expression des personnes « dans les institutions et l’espace public », question d’affirmer un athéisme d’État.

    Votre délirium post-mortem souhaite donc une réconciliation au passé dans lequel les dirigeants britanniques et leurs associés locaux du pouvoir colonial ouvraient les bras aux Mgr x, y, z et à leurs protégés des deux sexes, dont sœur Gertrude, pour que les membres de votre « nous » fêtent dans leur cabane loin du pouvoir.

    Comme hymne au passé, c’est la remise en cage, le lieu où curés, grands frères et bonnes sœurs exprimaient leur don de dieu et accueillaient et invitaient les membres de votre « nous » à les embrasser comme signe de leur soumission pleinement assumée.

    Monsieur, vous vous faites Mgr à genoux devant le Canada, ses découpages ethnoculturels et sa conception de l’ordre politique au Québec, voyant en M. Rocher le porte étendard d’un « nous » de bric-à-brac. Ce faisant, vous faites de vous la réincarnation de Mgr Bourget.

    Vous le faites parce que, comme lui, vous lisez religieusement le politique au Québec pour maintenir dans leur cabane les membres de votre « nous ». Or, avec les habitants du Québec, les « tabarnacos » et tous les autres ont construit une maison politique et non ethnoculturelle dans laquelle la neutralité des employé/e/s assure le respect en son sein de la diversité qui s’exprime dans les espaces publics.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 juin 2019 09 h 41

      « voyant en M. Rocher le porte étendard d’un « nous » de bric-à-brac »

      Il n'est manifestement pas d'accord avec sa conception de la laîcité de l'État, mais je ne vois pas qu'il lui adresse un tel reproche. Cela appartient plutôt à la mise en récit à laquelle vous vous adonnez à nouveau. De même, il est bien commode d'évoquer les figures devenues familières des gardiens de l'ordre canadien et du clergé, dont il ne parle pas, mais de lui reprocher pourtant d'en faire, lui!, la trame d'un hymne au passé.

    • Claude Bariteau - Abonné 14 juin 2019 10 h 16

      M. Maltais-Desjadins, vérifier ce qu'est Le Verbe dont M. Malenfant est le directeur.

      Vous comprendrez mieux mes propos si vous faites aussi un effort pour décoder l'histoire du Québec à laquelle M. Rocher a contribué à élaguer le pouvoir du clergé.

      Or, c'est précisément, selon lui, ce bric-à-brac du « nous », dont il voit les effets pervers de l'américanisation, qu'il entend revigorer (???) comme le fit religieusementle clergé, ce même clergé que M. Rocher ne souhaite pas le retour par la porte arrière pour faire la maison québécoise l'affaire du Canada.

      En me répétant ad infinitum que je joue une musique qui ne convient pas à oreilles, je découvre que vous préférez ne pas l'entendre, branché que vous êtes sur des musiques qui ont comme caratériques d'oublier le politique alors que leur sens se nourrit de cet oubli.

    • Nadia Alexan - Abonnée 14 juin 2019 10 h 33

      Je pense que l'auteur, Antoine Malenfant, se trompe lourdement quand il nous explique «qu'à bien des égards, il me semble que c’est la richesse d’autrui qui nous pétrifie».
      De quelle richesse d'autrui parle-t-il? De la misogynie, de la peine de mort pour blasphème, de la polygamie, de l'excision, du port du voile pour les fillettes à la maternelle, de l'interdiction de la danse et de la musique, du mariage des petites filles de neuf ans, de l'imposition de la Charia en lieu de nos lois, et j'en passe?
      La richesse se trouve dans la liberté de toutes ces superstitions nocives à une société civilisée.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 juin 2019 10 h 40

      Je me doutais bien que vous alliez évoquer l'origine des propos de monsieur Malenfant plutôt que leur contenu. L'oubli est une chose, l'occultation en est une autre. Vous montez ici de toutes pièces une battaille de petits soldats de plomb.

    • Claude Bariteau - Abonné 14 juin 2019 13 h 06

      Vous voilà général qui, de sa plume, passe à tabac les soldats de plomb de son imaginaire, quasi en Don Quichotte avec son écuyer Sancho Panza, pour s'élever au-dessus du « nous politique» dont il rêve de ressusciter le « nous » d'antan qui renvoie à une phase de l'histoire du Québec marquée par des événements que vous refusez de considérer parce qu'ils perturbent votre champ de vision.

      Un que vous voyez M. Malenfant chantre du contenu qui vous sied.

      Cela dit, je n'occulte d'aucune façon l'auteur, car il se présente le rédacteur en chef journal « Le Verbe », ce que vous n'avez probablement pas noté.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 juin 2019 13 h 48

      « il rêve de ressusciter le « nous » d'antan »

      Personne ne dit rien de tel. Parlant du journal « Le Verbe », j'ai déjà relevé que cela vous semblait plus déterminant que le contenu du texte.

    • Hélène Lecours - Abonnée 14 juin 2019 13 h 51

      Qu'est-ce que ça veut dire "être pétrifié devant la richesse culturelle d'autrui", quand ce n'est pas devant sa richesse matérielle. Pour ma part de femme de 74 ans, et compte tenu de ce que nous connaissons de la misère de nos ancêtres, je trouve que nous devons au contraire être FIERS, très fiers même de ce que nous avons accompli collectivement et en si peu de temps. Certainement des erreurs et beaucoup d'essais, surtout en éducation, mais un grand effort, un immense effort. Nous dévaloriser, ça c'est bien québécois et se laisser dévaloriser par les autres. Nous sommes loin d'être racistes et encore moins méchants, voilà ce qu'il faut dire et répandre et enquêter largement.

    • Marc Pelletier - Abonné 14 juin 2019 14 h 05

      Facile de démolir comme le font aussi une dizaine d'autres commentateurs, mais qu'apportez-vous de constructif ?
      À part de grands mots pour épater la galerie et d'autres dont il n'y a pas lieu d'être fier, je ne vois que de la rancoeur accumulée depuis les référendums perdus.

      Malgré tout le respect que je voue à M. Guy Rocher, sa phrase que cite M. Malenfant, au tout début de son article, manifeste une PEUR qui en ronge plusieurs.

      Les fiers québécois francophones que nous sommes doivent aller de l'avant comme nos ancêtre ont su le faire : nous nous devons de constater que nous avons fait collectivement tout un bout de chemin depuis les années soixante. Faisons-nous confiance pour le futur du Québec et de notre langue !

      PS : je vous réfère à la page 31 du Journal de Montréal de ce jour ( voir en haut, à gauche ) : autre matière à réflexions qui relativise nos problèmes existentiels au Québec.

  • Cyril Dionne - Abonné 14 juin 2019 09 h 35

    Allez prêcher ou pêcher ailleurs

    Bien oui, c’est vrai qu’un symbole de torture a de quoi faire frémir les élèves dans les salles de classes. Seulement les chrétiens vénèrent un instrument de torture. C’est vrai qu’un symbole aussi fort de don de soi, de sacrifice et d’amour a de quoi faire frémir et terroriser les enfants.

    Ce sont toujours les non-dits qui sont tonitruants. Évidemment, si on est un chrétien qui fait la promotion de sa religion à tous les jours, on pourfendra tous ceux qui ne sont pas d’accord avec notre idéologie politico-religieuse. On ridiculisera les enseignants et leurs outils technologiques et on les abaissera quand cela ne fait pas notre affaire.

    Sûrement nos chrétiens ne partageront pas la crainte de croyances venues d’ailleurs qui font fi de l’égalité homme-femme et des minorités sexuelles et qui sont contre la liberté d’expression. On les décrira comme porteur de bagage culturel immense alors qu’ils n’ont même pas pu s’organiser chez eux afin que tous leurs citoyens aient une qualité de vie. C’est pourquoi qu’ils sont ici aujourd’hui. Et de quel bagage culturel parle-t-on? De leurs amis imaginaires? Évidemment, nos chrétiens n’ont pas compris que les gens venus d’ailleurs veulent goûter à cette société de consommation et une liberté qui est consacrée par la séparation des églises de l’État. C’est pour cela qu’on les retrouve plus souvent qu’autrement, dans les « Fast-food », dans les Wal-Mart et les centres d’achat.

    La loi 21 qui deviendra en vigueur lundi prochain, continuera le processus enclenché dans les années 60 de la Révolution tranquille pour la laïcisation de nos institutions. Cette loi assurera l’égalité de tous et la liberté de conscience et d’expression. Plus d’endoctrinement hypocrite dans les écoles SVP.

    Dans un deuxième temps, on pourrait commencer à revoir les subventions accordées aux cultes religieux via les taxes, les impôts et les tarifs qu’ils ne paient pas. On pourrait aussi commencer à enlever toutes subventions aux écoles religieuses.

    • Diane Boissinot - Abonnée 14 juin 2019 13 h 29

      @ Monsieur Dionne
      J'en ai manqué un bout, je crois. Vous faites souvent allusion aux «amis imaginaires». D'où vient le concept des «amis imaginaires». Qui a développé ce concept? Quand? Vos commentaires ne mentionnent jamais l'origine et le sens de cette expression. Cela m'intrigue. Pardonnez mon ignorance. Je fais appel à votre métier de pédagogue.

    • Cyril Dionne - Abonné 14 juin 2019 16 h 42

      @Diane Boissinot

      Vous pouvez aussi les appeler les esprits magiques ou bien tout simplement, des extraterrestres vu qu'ils habitent en quelque part supposément dans l'éther sidéral. La journée que vous nous présenterez un de ces dieux, vivant et bien assis sur une chaise, là on pourra parler de quelque chose de tangible. En bref, quelqu'un qui existe vraiment et qui nous manifeste sa présence en temps réel. Sinon, ils ne sont que le fruit de l'imagination certains hommes. Pour les écrits qui datent de l'âge de bronze, eh bien, ils ont été réécrits par des hommes durant les siècles.

    • Christian Roy - Abonné 14 juin 2019 18 h 56

      Dans le cas qui nous occupe Mme Boisinnot, il est question des "amis imaginaires" des croyants, toutes confessions confondues, Dans le modèle du monde de M. Dionne, ces gens ne vivent pas dans la Réalité et leur éthique ainsi que leur sotériologie sont sans fondement objectif.

      Curieusement, la notion "d'ennemis imaginaires" semble peupler les montées de lait de ce coloré débatteur - que j'affectionne, n'ayez crainte.

      Ces ennemis logent un peu partout, Ils lorgnent le pouvoir. Ils ont des visées intenationales et le Québec est pour eux, Terre d'élection. Ils sont même encore plus effrayants lorsqu'on peut les distinguer, notamment dans le monde scolaire.

      "Les ennemis imaginaires" finissent par pourrir la sérénité d'esprit et ultimement abîmer la paix sociale.

      Amis imaginaires et ennemis imaginaires... quelle différence ? Tout dépend de ses prédispositions ou de son baggage d'expérience. Dnas les deux cas, il faut avoir la foi !!!

    • Cyril Dionne - Abonné 14 juin 2019 22 h 05

      Non M. Roy.

      Les amis imaginaires ne sont pas les croyants, mais bien les dieux qu'ils ont créés à leur image et qui veulent imposer aux autres, dogmes, doctrines et accommodements déraisonnables obligent. On trouve cela bien « cute » pour un enfant de quatre ans lorsqu’il a un ami imaginaire, mais pour les adultes, c’est une autre paire de manches. Lorsqu’on entend une personne nous dire qu’il parle à un dieu et celui-ci lui répond, on pense à le faire interner. Mais lorsqu’il s’agit d’un groupe, on appelle cela une secte ou une religion. Cette distinction que vous ne faites pas est comme dire, intellectuellement malhonnête pour demeurer poli.

      Avoir la foi, ce principe qui repose sur l'émotion d'avoir un besoin inné de croire et non pas les faits irréfutables et inaliénables, reflète bien votre idée des amis imaginaires.

      Misère.

    • Claude Bernard - Abonné 14 juin 2019 22 h 58

      «Les êtres imaginaires» pour nommer les dieux vient du même auteur qui écrivit:
      «Les convictions sont une prison» et «dieu est mort»
      Nietzsche n'employait pas cette expression pour ridiculiser les croyants mais par humanisme athée...

    • Christian Roy - Abonné 15 juin 2019 00 h 18

      @ M. Bernard,

      L'athéisme se porte très bien au Québec par les temps qui courent.

      Pour ce qui est de l'humanisme, bien du chemin reste à faire dans la reconnaissace de l'Autre en tant qu'Autre. Le respect des différents points de vue semble devenu une vertu passéiste.

      Disons que ce n'est pas à la lecture des pamphlets antireligieux de M. Dionne que j'aurai perçu toute la subtilité de la philosophie nietzchéenne.

    • Cyril Dionne - Abonné 15 juin 2019 06 h 31

      @Christian Roy et Claude Bernard

      C'est bien des « amis imaginaire » et non pas des « êtres imaginaires ». Toute une différence. Nul besoin de glorifier ceux qui seulement hier, se prosternaient à quatre pattes pour le dieu soleil en lui offrant des sacrifices humains. C’est l’infantilisme qu’on découvre dans les sectes religieuses où les croyants ont besoin de béquilles psychologiques pour vivre. Vous nous faites penser aux druides avec le solstice d’été avec leurs menhirs et leurs sacrifices humains à coup de flèches et crucifixions. Bien oui, l’instrument de torture dont vous vénérez, il était connu il y a longtemps.

      Et lâchez-nous avec vos philosophes morts et enterrés. Misère. Nous sommes bien en 2019?

    • Marc Therrien - Abonné 15 juin 2019 11 h 27

      M. Dionne,

      Pourquoi vous acharnez-vous ainsi sur les philosophes morts et enterrés? Vous n'avez pas peur des esprits quand même? Pourtant, le matérialisme scientifique duquel relève votre pensée ne date pas d'hier ni d'avant-hier, mais d'un passé plus lointain aussi. Il y a sûrement des scientifiques morts et enterrés qui ont contribué à l'évolution de votre pensée dont je me demande pourquoi vous omettez de leur rendre hommage en ne les citant pas.

      Marc Therrien

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 juin 2019 17 h 43

      D'ailleurs, parlant du matérialisme scientifique, il traîne encore comme un boulet les relents d'un « cartésianisme » d'opérette qui ne sert qu'à pratiquer les exorcismes et le mécanisme plein de verdeur mais peu avisé des LaMettrie et d'Olbach. On entend les bruits de kékanes à la suite des envolées de monsieur Dionne. Et pourtant, dieu sait s'il a à coeur de ne pas se laisser hypnotiser par les fantômes...

  • Jean-François Trottier - Abonné 14 juin 2019 09 h 36

    Les bourgeois, c'est comme...

    M. Malenfant,

    vous reprenez le discours des anglophones du Québec qui allaient en France pour apprendre le "vrai" Français, celui des notables de village qui se prenaient un petit sherry le dimanche après-midi en citant Hugo ou Lamartine et ceux qui criaient contre les Belles-Soeurs en '68 pour leur langage trop roturier.

    Vous réduisez la culture populaire pour faire l'apologie de la culture officielle... et même là, vous êtes dans le champs!

    La culture Québécoise plonge ses racines chez les Normands et les Bretons, la Perche et le Maine.
    Elle est redevable des Vikings et des Francs, des Gaulois, des Romains et des Grecs comme pour toutes les populations d'origine européenne.

    Ils ont aussi l'esprit métissé par la bonne entente avec toutes les Premières Nations, dont les Iroquoiens après la Grande Paix de Montréal, jusqu'aux Rocheuses canadiennes et le milieu des Plaines américaines. Par les milliers d'arrivants de partout depuis la conquête, sauf le Anglais qui les rejetaient et pas le contraire.

    La culture québécoise ainsi que l'identité québécoise sont très fortes. Que vous les trouviez peu louables est pour le moins bizarre.
    Combien de nations ont produit autant d'auteurs de premier plan, de voix d'opéra extraordinaires, de compositeurs brillants, de sculpteurs, de poètes, d'inventeurs de tout poil, de comédiens, etc? Tout ça par 6 ou 7 millions d'individus?

    Mais surtout, l'identité y liée est extraordinairement forte. Il n'est pas nécessaire de se définir quand on sait ce qu'on est, et c'est le cas des Québécois collectivement, qui se reconnaissent comme tel sans avoir à se vanter d'être meilleurs que les autres.

    Contrairement aux anglos du Québec et à moindre mesure du Canada, qui ont besoin des franco-Québécois comme repoussoir pour se trouver une identité. La fragilité, elle est là.
    L'étroitesse d'esprit qui se reflète dans cette lettre pourrie démontre un esprit colonisé à l'os.

    • Christian Roy - Abonné 14 juin 2019 19 h 07

      @ M. Trottier,

      Votre description de l'identité québécoise est trop belle pour être vraie. Comment expliquer qu'un peuple si grand se soit dit deux fois NON lorsqu'il a s'agit de sa souveraineté ?

      Ajoutez à cela que ce peuple est un champion de la Stakose... et le maquillage que vous y appliquez en abondance aura vite fait de se fragmenter.

    • Jean-François Trottier - Abonné 15 juin 2019 07 h 41

      Meuh non!
      Relisez je vous prie.

      Où dis-je que les Québécois sont une force en contrôle du capital ? Nous sommes sous la moyenne occidentale de ce point de vue.
      En sciences ? Nous avons plusieurs bons pĥysiciens, de bons ingénieurs, mais rien d'extraordinaire par rapport à ce qui se passe ailleurs.
      Nous avons plusieurs bons inventeurs, on dit souvent "patenteux", comme Bombardier ou Jean St-Germain, et alors ?
      Et côté réseaux, le Québec n'a été que dans le "main stream" avec quelques précurseus commeil y en a eu un peu partoput en Amérique.
      Dois-je continuer la liste, ou bien vous êtes capable de lire les manques et les silences? En fin de compte, êtes vous capable d'esprit critique?

      On ne parle pas d'un peuple de "champions" toujours vainqueur. Il n'y a pas de paradis au bout de la ligne. Je ne suis pas Américain quoi.
      Le peuple québécois a été en ébulliion pendant plusieurs décennies. Je souhaite que ça continue mais je ne l'en aimerai pas moins pour autant.
      Le même genre d'ébullition s'est vécue en Espagne après Franco. Ça fait partie de l'évolution des peuples.

      Je décris un peuple plutôt sain, à l'identité solide, malheureusement en situation de minorité, ce qui le brime, et qui n'a pas besoin de se comparer même s'il a la couenne un peu tendre quand il se fait critiquer, comme toutes les minorités,
      Ce peuple mérite globalement certains compliments.
      Pour ce faire il est rare qu'on parle des manques. N'empêche que chaque peuple a ses caractéristiques souhaitables ou pas selon les circonstances.

      Si vous êtes incapable de supporter les compliments, si vous tenez à être au ban des nations, libre à vous.
      Simplement, n'entraînez pas les autres dans votre déprime sociale je vous prie, parce que ce serait fausser la réalité.

      Je retiendrai que nommer quelques compliments correspond chez certains lecteurs à un claironner un panégyrique idolâtre.
      Ben coudon.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 juin 2019 10 h 41

      Sur celle-là, monsieur Trottier, je suis plutôt d'accord avec vous. Je ne suis pas sûr que votre critique de monsieur Malenfant lui rendait justice, mais l'éloge mesuré que vous faisiez de l'identité québécoise ne méritait pas la critique de monsieur Roy. Je ne sais pas si les autres sont à ce point occupés à nous dénigrer, mais nous devrions avoir la dignité de ne pas le faire nous-même en se plaçant au-dessus de la mêlée.

    • Christian Roy - Abonné 15 juin 2019 12 h 02

      @ M. Trottier,

      J'ai apprécié votre réponse mesurée. Vous ne manquez pas d'esprit critique.

      C'est probablement par dépit que je suis si dur envers le peuple québécois. Je nous crois meilleurs que ça. J'ai tant d'espoirs déçus dans ma besace.

      Cela me ramène à la question primordiale: que puis-je faire pour contribuer au bonheur des uns et des autres tout en laissant à chacun sa part de responsabilité ?

  • Alain Roy - Abonné 14 juin 2019 10 h 22

    Revanchard

    Les propos sont un brin revanchards, pas trop édifiants pour un bon chrétien, mais effectivement, les nouveaux arrivants proviennent de cultures fortes, plusieurs ayant été de grandes puissances mondiales. Mais c'était il y a longtemps, et la plus grande puissance mondiale aujourd'hui, elle est à 75 kilomètres de Montréal. Et que nous soyons toujours là, malgré cette puissance, en dit beaucoup sur la résilience de notre culture, pas si fragile que ça finalement. Par contre, l'idée d'ouvrir un chantier de réconciliation historique avec nous-mêmes et de guérison de notre mémoire, pour reprendre confiance en ce que nous sommes et ce que nous pourrions devenir, j'aime bien.

    • Claude Bariteau - Abonné 14 juin 2019 13 h 19

      M. Roy, cette reconciliation, que vous souhaitez, montrera que le « nous » politique recherché a toujours reflété des liens entre les habitants du Québec, après ceux tissé avec les Autochtones sous Pontiac et les Américains entre 1774-1783, que des petits-bourgeois associés aux Britanniques ont défait à l'époque des Patriotes et ceux associés aux Canadiens ont vilipendé en 1995.

      C'est cette réconciliation qu'il importe de faire pour recréer, entre les habitants du Québec, des liens qui conduiront à créer un devenir à l'image des gens qui se sont investis historiquement à créer un pouvoir politique indépendant du Royaume-Uni et du Canada, son bébé.

    • Claude Bernard - Abonné 14 juin 2019 23 h 18

      Un chantier de reconciliation avec nous-mêmes, l'expression est en effet forte et impressionnante de réalité.
      Je ne sais pas si notre culture est fragile ni même comment la décrire, il n'en demeure pas moins que nous ne semblons pas désireux de la défendre avec agressivité et désir de vaincre et laissons souvent les accommodement dépasser les bornes (voir l'affaire du solstice d'été).
      M. Legault , à mon avis, à pris le taureau par les cornes à ce point de vue avec PL21 que je combats depuis le début mais qui a au moins cette qualité d'imposer notre culture même si c'est par une injustice.
      Y aurait-il été possible de faire autrement, on ne le saura jamais.
      Ce n'est pas là le signe d'une culture fière d'elle-même, à la fois athée et croyante, ouverte et fermée; peut-être est-ce un début de ressaisissement de notre passé et d'une reprise de notre marche vers la liberté ou l'égalité .