Une acceptation sociale aléatoire pour le projet GNL Québec

Avant de faire appel aux fils du premier ministre afin de savoir si leur père peut encore les regarder dans les yeux quand il est question de défendre l’environnement, on peut demander à M. Legault d’être cohérent lorsqu’il est question de ce nouveau projet GNL Québec. L’absence d’acceptation sociale l’a bien servi pour marquer son opposition à l’énergie sale, mais qu’en est-il aujourd’hui lorsqu’on évalue la pertinence d’un nouvel oléoduc ?

Il semble bien que l’acceptation sociale soit un concept à géométrie variable pour les politiciens, qui ne se sont jamais engagés formellement à la respecter. Énergie Est est parti à vau-l’eau parce que TransCanada n’y voyait plus que des ennuis et non parce que le gouvernement a imposé son refus conformément à la volonté populaire.

Cette fois, il serait bon d’être un brin plus exigeant et de refuser le projet qui traîne un vice de forme dès le départ. C’est que le gouvernement de l’Alberta, qui s’en fait un ardent promoteur, n’a aucun programme environnemental digne de ce nom destiné à combattre la détérioration du climat. Le projet GNL Québec n’est qu’un nouvel investissement privé dans les hydrocarbures. On aura beau évaluer l’impact du projet sous toutes ses coutures, il serait loufoque de le faire sans que l’Alberta se soit d’abord prononcée en l’incluant dans une véritable politique de développement durable et de préservation de l’environnement. Il en va de même pour M. Scheer qui nous a déjà annoncé sa volonté de relancer Énergie Est sans avoir adopté de programme environnemental sérieux.

Et si on faisait respecter nos priorités en matière de développement durable et, avant d’évaluer la faisabilité et la pertinence d’un autre projet d’oléoduc, on exigeait que les politiciens de l’Ouest fassent preuve de responsabilité en déposant d’abord une politique environnementale sérieuse et protectrice de notre avenir collectif ?

Le premier ministre pourrait alors, sans gêne, regarder ses fils droit dans les yeux.

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9 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 5 juin 2019 04 h 49

    Ce projet est inacceptable.

    Que l'Alberta se dote d'une politique environnementale sérieuse et protectrice de l'environnement mondial ne le rendra pas plus acceptable.

    En fait, en matière de politique environnementale sérieuse, le Québec en a-t-il une ? Et a-t-il un plan d'ensemble précis ?

    Il est difficile de répondre OUI.

    S'il en avait une, lui permettrait-elle d'être le maître à bord pour tout oléoduc sur son territoire aussi des bateaux et des trains de pétrole ?

    Encore difficile de dire OUI.

    Dans le Canada, ces transports relèvent du gouvernement canadien depuis 1867. Le Québec ne peut que s'indigner. Comme il peut s’étonner de l’absence de politique sérieuse de l’Alberta en matière de protection de l’environnement. Comme aussi peuvent s’indigner les provinces productrices des refus et des hésitations du Québec.

    Le Canada est le maître d’œuvre avec du pétrole à l’ouest et à l’est qu’il entend faire circuler au Canada et en vendre sur le marché international parce que cette production lui assure des revenus.

    Les provinces n’ont pas son pouvoir.

    Le Québec pays, il serait dans une meilleure position parce qu’il lui reviendrait de protéger son territoire, de décider de son aménagement, de le planifier en donnant la priorité à la protection de l'environnement, de planifier sérieusement une diminution de l'usage du pétrole et des produits du pétrole mais surtout de développer des énergies renouvelables.

    La proposition de l’auteur n’est pas de cet ordre. Elle demande à l’Alberta de faire ce que le Québec ne fait qu’en partie pour éviter d’accepter le projet GNL.

    Avec elle, les fils du PM Legault, s'ils regardent leur père dans les yeux, ils le feront avec des lunettes teintées noires et déformantes.

    • Cyril Dionne - Abonné 5 juin 2019 09 h 59

      D’accord avec vous M. Bariteau que ce projet est inacceptable. Mais que celui reçoive l’aval ou soit annulé, vous pensez que cela va résoudre un problème qui est d’ordre mondial? Encore une fois, on se pense le nombril du monde écologique. Misère.

      Ils regardent au mauvais endroit les fils du premier ministre Legault. Cette génération d’enfants rois qui compte tous les jouets d’un capitalisme débridé n’ont aucune leçon à faire à personne. En fait, le Québec n’a pas de leçons à recevoir de quiconque, que ce soit du point de vue démographique ou bien environnemental. La Norvège qui se veut un modèle vert de voitures électriques, a amassé plus de 1 000 milliards de dollars pour une population de 5 millions en vendant du pétrole. Ce sont les autres qui polluent à partir de leurs produits fossiles et eux se gardent une bonne conscience.

      Arrêtons de parler de développement durable parce que celui-ci n’est qu’une fable qu’on aime se compter pour avoir une bonne conscience écologique. Ce sont les humains qui polluent et si on augmente la population, on ne pourra pas contrôler quoi que ce soit. Et attention, l’impact de l’industrialisation des pays en voie de développement qui commence sera brutal sur l’échiquier environnemental mondial. Difficile à entrevoir une baisse de la production des GES lorsque personne ne réduit son empreinte carbone malgré toutes les belles paroles et promesses. Seulement pour la Chine et l’Inde, on parle d’une augmentation de 4 500 000 000 tonnes des GES (4 500 Mt) d’ici 2030.

      Si les fils de M. Legault veulent vraiment faire une différence environnementale, ils devront persuader des dictatures comme la Chine, l'
      Arabie saoudite et la Russie de restreindre leur empreinte carbone, sinon tout est foutu. Sur cela, on leur souhaite bonne chance. Encore une fois, même si le Québec aurait zéro d’émissions de GES ou bien devenait le pire pollueur par capita de la planète, cela ne ferait aucune différence dans l’équation climatique.

    • Pierre Fortin - Abonné 5 juin 2019 11 h 26

      Monsieur Bariteau,

      Je suis d'accord avec vous sur tous les points que vous avancez et le Québec serait en effet en bien meilleure posture s'il était un pays. Cela ne signifie pas pour autant qu'il n'y ait rien à faire d'ici là; les exemples de résistance du Québec au pouvoir fédéral sont nombreux.

      À défaut de pouvoir mettre l'Alberta en bouteille en serrant bien le bouchon, histoire de lui faire réaliser ce sur quoi elle fonde son économie, le Québec peut et doit s'appuyer plus fermement sur la non-acceptation sociale d'un tel projet pour rappeler aux politiques de l'Ouest leur irresponsabilité en matière d'environnement. Il est grand temps qu'ils apprennent que la destruction du climat et des milieux vivants a un prix très élevé qu'ils ne peuvent transférer aux autres comme s'il s'agissait d'une simple externalité. Exiger d'eux un véritable plan environnemental ne serait qu'un premier pas dans leur réhabilitation et, d'ici là, refuser l'évaluation de tout projet d'oléoduc.

      L'absence de conscience environnementale de messieurs Scheer et Kenney, entre autres élus, doit être mise au banc des accusés afin qu'ils justifient leurs actions.

      Le premier ministre Legault doit être beaucoup plus ferme sur les questions d'environnement s'il ne veut pas voir son soutien dans l'opinion publique partir en fumée. Il en a les moyens politiques, malgré toutes les contraintes constitutionnelles de partage des pouvoirs, et il dispose de l'appui d'une forte proportion de la population pour s'opposer à GNL Québec.

      En a-t-il le courage ? Ça, c'est une autre question, mais il doit réaliser qu'il fait face à l'histoire et que les mesures de protection de l'environnement sont devenues une question d'urgence dont il devra répondre devant le Québec. Il n'y a pas que des pouvoirs qui viennent avec le poste de premier ministre, il y a aussi des obligations et des responsabilités concrètes.

      « Je me souviens »

    • Cyril Dionne - Abonné 5 juin 2019 14 h 08

      Erratum

      C’est bien « conter » et non pas compter. lol

    • Claude Bariteau - Abonné 5 juin 2019 15 h 30

      M. Fortin, votre ajout précise que le Québec a un espace de manoeuvre, que je ne nie pas. Je dis qu'il est petit.

      J'ajoute, dans mon commentaire, que son espace serait plus grand s'il met en forme un projet global d'actions pour réduire le recours au pétrole. Il pourrait alors en faire l'assise de ses refus de faire du territoire du Québec un banal lieu de transition du pétrole de l'ouest, le plus polluant.

      M. Legault doit en avoir le courage, lui qui a déjà dit que le PLQ n'a même pas laissé une esquisse de plan.
      Se doter d'un tel plan serait la chose à faire dans le contexte actuel.

    • Claude Bariteau - Abonné 5 juin 2019 15 h 46

      M. Dionne, dire que le problème est mondial, que la Chine et l'Inde sont des pays maîtres pollueurs, que la Norvège joue au fin-finaud et que l’augmentation de la population est le principal moteur de la production de CO2 et de GES, ne doit pas nous empêcher de mettre l’épaule à la roue.

      Cela dit, le faire en innovant n’est pas se prendre pour le nombril du monde, mais seulement de dire que la situation est grave et de mettre en place des projets novateurs. En matière d ‘innovation, le Québec a un capital qui l’avantage. Il ne produit pas de pétrole de façon significative, mais en utilise de façon significative.

      Se détacher de cette dépendance, comme l’a fait le Costa Rica, implique de trouver des alternatives. Et cela a l’avantage de produire des biens en demande sur le marché international comme le sera d’ici peu le recours à l’énergie nucléaire.

      Quant au problème de la population, que vous associez à la hausse des GES, c’est un point soulevé par tous les chercheurs. Plutôt que le laisser faire, ils préconisent l’abandon de l’étalement urbain pour préserver l’environnement.

    • Cyril Dionne - Abonné 5 juin 2019 17 h 10

      M. Bariteau, le Costa Rica est un pays pauvre. Lorsque que j’y ai séjourné pendant deux semaines dans la jungle, j’y pu voir comment la plupart des autochtones de là-bas vivaient et ils n’avaient rien à envier avec leur cabane de « tôle » comme maison. La plupart des pays qui ne produisent pas des GES, eh bien, ils sont pauvres et sous-développés. Mais ils aspirent tous à notre niveau de vie et ils pollueraient autant que nous et même plus s’ils en avaient la capacité.

      Ceci dit, oui nous pouvons mettre l’épaule à la roue. Mais faisons-le de façon pragmatique et intelligente et nul besoin de signer des « Pactes ». La simplicité volontaire et le développement durable ne sont que des mirages écologiques dans notre société. Personne n’est contre la vertu environnementale mais aucun citoyen ne la pratique pas réellement incluant nos grands vizirs autoproclamés de l’autel de la très sainte rectitude écologique de Québec solidaire.

      Et l’abandon de l’étalement urbain pour préserver l’environnement ne réglera pas le problème de la surpopulation ou de la bombe démographique qui nous guette.

    • Claude Bariteau - Abonné 6 juin 2019 07 h 47

      Le Costa Rica, pays pauvres ? Son PIB par habitant est analogue à celui du Mexique, de l'Argentine et de la Chine. Il y a aussi une large portion de la population paupérisée.

      Ce pays a mis de l'avant une politique énergétique ambitieuse et n'a pas d'armée desrte qu'il investit les économies en machines de guerre en éducation et en santé. Chose certaine, il ne vise pas à un développement générateur de GES pour hausser le PIB, qui progresse en moyenne autour de 4 % depuis plusieurs années.
      En cela, il n'entre pas dans la catégorie des pays qui aspirent à polluer pour hausser leur niveau de vie.

      Pour contrer ce que vous désigner la bombe démographique, quelle approche privilégez-vous ? Un laisser-faire qui aura les effets qu,on imagine ? Un contrôle des naissances, dont les filles comme ce fut pratiquée en Chine ? Une politique limitant l'immigration ? Vos lumières seraient nécessaires.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 5 juin 2019 08 h 30

    D'acccord

    Bonne idée. Il y a un plan,montré dans le document Rebâtir le système énergétique Canadien. Soixante scientifique l'ont écrit, coordonnés par la biologiste Catherine Potviin. Il manque peut-être un plan précis de conversion de l'industrie des sables bitumineux en une économie verte. Le député Pierre Nantel s'y intéresse et regrette ce manque.Moi aussi! Le groupe Iron and Earth, fait de travailleurs Albertins, s'y intéresse.