Cannabis: un autre amendement souhaitable

Nous venons d’apprendre que le gouvernement Legault a reculé sur la prohibition de fumer le cannabis dans certains endroits publics. Il a ainsi démontré qu’il est disposé à entendre la raison et à modifier ses projets de loi.

Le gouvernement devrait maintenant abandonner le projet de rehausser l’âge minimal de possession et de consommation du cannabis à 21 ans et suivre les conseils de la Santé publique, qui prône comme limite l’âge de 18 ans. Que le gouvernement veuille protéger la santé des jeunes est louable et il est, en effet, vraisemblable que la consommation du cannabis soit particulièrement nocive avant l’âge de 25 ans environ.

Toutefois, ce n’est pas la prohibition qui est le meilleur moyen de protéger les jeunes adultes. Elle s’est avérée inefficace en général et pour ce groupe d’âge en particulier. L’Enquête québécoise sur le cannabis de 2018 a révélé que 36,5 % des adultes de 18 à 24 ans ont consommé du cannabis durant l’année précédente, pour la plupart de manière occasionnelle. Comment peut-on croire que maintenant, alors que la substance se trouve sur le marché légal, ils cesseront d’en consommer ? Non seulement ils vont continuer à en consommer, mais, n’ayant pas accès à la vente légale, continueront à fréquenter les milieux criminels avec le risque d’être exposés à d’autres drogues, plus dangereuses. Pourquoi veut-on refuser à ces jeunes l’accès à un produit contrôlé et standardisé ? Pourquoi pense-t-on qu’ils sont incapables de prendre la décision éclairée comme on suppose qu’ils le soient pour l’alcool, la conduite automobile, le mariage, la cigarette, toutes ces choses permises dès 18 ans ?

N’est-il pas préférable de renseigner les jeunes sur les dangers de la consommation du cannabis plutôt que de leur créer un casier judiciaire ? Certains rétorqueront que la police ne va pas commencer à vérifier si un jeune possède du cannabis. Mais une loi que l’on n’entend pas mettre en vigueur ridiculise le législateur.

Le gouvernement peut-il se montrer raisonnable et favoriser l’éducation plutôt que la répression ?

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3 commentaires
  • Pierre Deschênes - Abonné 16 mai 2019 03 h 42

    De la raison raisonnable

    Si j’étais un gouvernement raisonnable, je suivrais effectivement votre raisonnement et votre recommandation.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 16 mai 2019 13 h 32

    Du Mme Jana Havrankova à son meilleur

    Bravo !

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 17 mai 2019 21 h 34

    « (il est) vraisemblable que la consommation du cannabis soit particulièrement nocive avant l’âge de 25 ans environ.» (Jana Havrankova, médecin à la retraite)

    Les études concluent que seuls ceux qui ont des prédispositions aux psychoses risquent de connaître des épisodes psychotiques sous l'effet de la marijuana…

    Bref! Si vous êtes psychotique sans fumer, eh bien! vous risquez d'être psychotique en fumant du cannabis…

    Le même raisonnement s'applique pour le gin: si vous êtes fou à jeun, vous êtes susceptible de l'être itou après avoir bu…

    Par ailleurs, ce délire des psychoses reliées à la consommation de cannabis fait abstraction du «model psychosis» temporaire qu'induisent les psychodysleptiques majeurs.

    Si le cannabis était le vecteur de psychoses tel que certains le croient, depuis le nombre d'années qu'il s'en consomme et considérant le nombre de consommateurs, depuis belle lurette nous serions confrontés à des déferlements de psychotiques…