Lettre d’un ancien de la DPJ à ses intervenantes

Chères intervenantes, gestionnaires et autres travailleurs de la protection de la jeunesse,

Je vous écris à titre d’ancien jeune de la DPJ. Ayant perdu mon père à l’âge de 8 ans et ayant été marqué par nombre de troubles de comportement, j’ai grandi sous la Loi de la protection de la jeunesse, de 11 ans jusqu’à ma majorité. J’ai connu la plupart des centres jeunesse des Laurentides, de Lanaudière et de Montréal.

Aujourd’hui, j’ai une épouse exceptionnelle et un magnifique petit garçon, qui s’apprête à fêter son premier anniversaire. Je viens de mettre sur pied une organisation qui oeuvre au bien commun, avec une équipe talentueuse de cinq, bientôt six personnes. Je termine également un doctorat en science politique à l’Université de Montréal et j’ai récemment publié deux livres, dont l’un portant justement sur cette expérience en centre jeunesse.

Mes succès, j’ai certes travaillé fort pour les obtenir, mais je n’aurais jamais pu y arriver sans l’apport des travailleuses et travailleurs du système de protection de la jeunesse. À travers ces séjours, j’y ai trouvé du réconfort, de l’écoute, de l’encadrement et le soutien nécessaire pour travailler sur moi-même. Il n’y a pas un jour qui passe sans que je mette à profit les leçons que j’y ai apprises.

Je vous écris pour vous remercier de consacrer votre vie professionnelle à cette noble cause.

Comme un très grand nombre d’anciens, je tiens à vous rassurer : vos contributions ont une immense influence dans la vie des jeunes que vous aidez au quotidien. Cette influence positive peut toutefois prendre du temps avant de montrer ses effets, même parfois plusieurs années après avoir quitté son foyer de groupe ou son unité de vie. C’est ingrat de ne pas voir le fruit de ces efforts, mais sachez que ces gestes font un monde de différence dans le parcours de ces jeunes.

L’horrible drame de Granby nous rappelle l’importance de la protection de la jeunesse, de la nécessité d’un système efficace pour y arriver, ainsi que les graves enjeux posés par un manque criant de ressources et de personnel. Les baisses d’impôt à répétition ont un prix. Espérons que les partis politiques s’en souviendront.

Cela dit, il y a plusieurs bonnes raisons de garder espoir. Enfin, l’attention du public s’attarde aux enjeux qui minent la protection de la jeunesse. Enfin, la valeur essentielle de vos contributions et le coût que porte l’inaction sont soulignés à grands traits. Enfin sont reconnues l’importance de privilégier les approches qui fonctionnent, l’agilité de vos équipes, mais surtout, les ressources nécessaires pour accomplir cette noble mission que vous a donnée le Québec, il y a maintenant plus de quatre décennies. Merci d’exister.

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5 commentaires
  • Claire Dufour - Abonnée 15 mai 2019 05 h 51

    Monsieur,

    Votre fierté et votre humilité vous honorent et sont un baume pour le commun des mortels. La DPJ produit de bons résultats et vous en êtes la preuve. Bonne chance dans la continuité, vous faites ma journée!

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 15 mai 2019 08 h 00

    Une bonne lettre

    Bravo !

  • Alain Roy - Abonné 15 mai 2019 08 h 34

    Bravo

    SVP faire parvenir cette excellente lettre aux lecteurs de nouvelles/gérants d'estrades du téléjournal de Radio-Canada, qui semblent abonnés depuis quelques mois aux cours de démagogie 101. Quand ce n'est pas Patrice Roy qui suggère à une gestionnaire de fonds publics, pas très populaire bien sûr, de dépenser 15 millions de dollars et de mettre le gouvernement devant le fait accompli, c'est son remplaçant, dont le nom m'échappe, qui perd son sang froid et qui hurle ses commentaires à son invité. Désolant amateurisme.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 15 mai 2019 18 h 49

    … évitée !

    « Merci d’exister. » (Nicolas Zorn)

    De cette honorable citation, l’importance est comme de se rappeler que, de la tragédie de Granby, son existence aurait pu être comme ,,,

    … évitée ! - 15 mai 2019-

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 15 mai 2019 20 h 51

    Cette lettre complaisante sent le service commandé



    Pour un de sauvé, combien de centaine de jeunes orphelins se sont retrouvés à la majorité (18 ans) sur le trottoir, sans formation, sans diplôme et sans autres ressources que la mendicité et la prostitution, avec un sac-poubelle rempli de leurs effets en guise de bagage.