Considérations sur un appui majoritaire

Les deux tiers des Québécois seraient toujours pour le projet de loi 21 (PL21). Je n’en suis guère surpris. Je vois essentiellement deux explications pour cet appui. La première, d’ordre général, me semble découler d’une problématique propre à l’Occident, à savoir la peur de l’islam et de l’immigration, principalement arabe, qui changerait en profondeur l’identité des peuples. Cette peur, fondée en partie, a été exploitée par plusieurs politiciens populistes de par le monde.

La seconde explication, proprement québécoise, est liée au fait relativement récent de la grande sécularisation de la société québécoise. La référence à Dieu est, tout compte fait, évacuée du discours public. Bien des Québécois sont devenus indifférents, voire hostiles pour plus d’un, à la question religieuse. La religion est ainsi considérée par plusieurs comme une affaire strictement privée, réservée aux lieux de culte. Dans pareil contexte, une limitation à la liberté de religion, comme celle prévue dans le PL21, est considérée comme bien secondaire ou petite. Dans la foulée, une utilisation d’une disposition de dérogation aux Chartes est vue comme ne posant pas problème et permet de passer à autre chose, les choses spirituelles ou religieuses étant de fait vues comme sans grande importance. C’est ainsi que bien des politiciens québécois voient les choses, reflétant assez justement ce que pense une majorité de Québécois. Mais ils oublient alors un fait capital en démocratie, soit la protection des libertés et des minorités. « La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité » (Albert Camus). Je doute donc fortement que ce projet de loi sur la laïcité soit un plus pour la société québécoise.

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26 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 14 mai 2019 02 h 41

    Les immigrants rejettent le communautarisme et la ghettoïsation.

    À monsieur Lebel: Vous dites: « La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité ». Avant nous le devoir de protéger une minorité même si elle prêche des valeurs fascistes et misogynes?
    Les immigrants sont venus ici justement pour échapper le fanatisme et le dogmatisme des sociétés d'où ils proviennent. Ils ne veulent pas retrouver ici de nouveau le totalitarisme pour lequel ils ont quitté. Ils ne veulent pas vivre dans une société où la division entre le gouvernement et la religion n’existe pas. Les immigrants rejettent le communautarisme et la ghettoïsation. C'est la raison pour laquelle les immigrants sont en faveur du projet de loi 21.

    • Christian Roy - Abonné 14 mai 2019 22 h 07

      Les immigrants sont en défaveur du projet de loi # 21. Il ne désirent surtout pas vivre dans un monde clivé et atomisé. C'est pourquoi les immigrants préfèrent le statu quo qui correspond à la laïcité "ouverte, pluraliste et qui favorise la réciprocité". Les immigrants veulent vivre dans un pays de droit et ils fuient comme la peste les religions d'État telle que le laïcisme intransigeant.

  • Robert Beauchamp - Abonné 14 mai 2019 05 h 28

    Qui est minoritaire?

    Premièrement en matière de religion il y a le symbole et le fond. Il n'y a donc pas lieu de parler ici de liberté de religion mais bien de la liberté d'exposer ou non un symbole. Il n'y a sentiment d'obligation que pour ceux qui y adhèrent ou pour ceux qui se plient à certaines pressions voire même diktats.. Ce qui est exigé par la loi 21 ne concerne que le symbole religieux durant les heures de travail pour les employés de l'état ce qui n'affecte en rien la pratique religieuse de façon plus globale. De plus qui est minoritaire ici? J'ai toujours cru que nous étions dans un pays où ce sont les francos qui sont minoritaires et que l'on nous fait souvent passer tendencieusement pour une majorité oppressante.

  • Réal Boivin - Abonné 14 mai 2019 05 h 33

    La démocratie d'Albert Camu

    La démocratie est bien la voie (ou la voix) du peuple qui vient avec le droit de voter. Et par le vote, c'est la majorité qui décide. La protection des minorités fait parti de la démocratie mais ne donne à aucune minorité le droit de supplanter le vote de la majorité.

    • Jean Thibaudeau - Abonné 14 mai 2019 13 h 28

      La fameuse phrase de Camus sur le traitement des minorités a été prononcée dans un contexte très différent du nôtre. Je suis absolument persuadé que Camus n'aurait jamais adhéré au discours "anti-raciste", parce que tout ce qui entoure cette idéologie a tout ce qu'il faut pour le rebuter. S'il avait à se reprononcer aujourd'hui sur ce point, je suis sûr qu'il s'exprimerait autrement.

  • Serge Ménard - Abonné 14 mai 2019 05 h 40

    Un rappel historique

    M. Lebel je vous invite à lire la chronique de Mme Fatima Houda-Pépin parue récemment dans le Journal de Montréal et qui fait un rappel historique des jalons que la société québécoise a posée depuis notre Révolution tranquille (et même avant).
    Nous en sommes donc rendus au PL21 qui constitue un jalon supplémentaire, et non pas le dernier jalon comme le dit Mme Houda-Pépin. Pour ma part je crois que ce projet de loi ne va pas assez loin; mais c’est un pas dans la bonne direction.
    Ce projet de loi sera adopté d’ici la fin juin (2019) car il s’agit d’une promesse électorale d’un gouvernement majoritaire et que la population l’approuve à près de 70%. Ceux qui ne sont pas d’accord n’ont qu’à nous quitter; quand on est à Rome, on fait comme les romains.

    • Claude Bariteau - Abonné 14 mai 2019 10 h 27

      Mme Houda-Pépin rappelle des débats majeurs qui ont marqué le Québec jusqu'en 1960 après l'écrasement du mouvement patriote. Pour répliquer à M. Lebel, il faut, je pense, référer bien avant, ce qui explique mon commentaire en deux temps.

      1. Pour ce dernier, en « démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité ».

      Or, en démocratie, la majorité décide et le fait généralement en respectant les minorités, ce qu'ont fait des pays européens en balisant des expressions religieuses dans les institutions publiques et l'enseignement pour assurer une étanchéité entre le religieux et l'État.

      Il sait ça et sait qu'il y a toutefois une avenue dont des écoles religieuses financées par les groupes religieux auxquelles sont associées certaines contraintes.

      Cette approche n'est pas exclue au Québec. Il en découle une protection des minorités inspirée des Traités de Westphalie de 1648 qui, en Europe, ont contraint le Saint-Empire roman germanique et favorisé des gouvernements souverains composant avec une diversité de religions.

      En 1763, les Traité de Versailles y font écho. Leur prise en compte a conduit à la reconnaissance de l’église catholique dans la colonie du Canada sous l’autorité du roi plutôt que celle de Rome.

      Sous cette autorité des églises catholiques et protestantes, aussi juives et musulmanes existent au Québec alors que s'est institué un enseignement assumé par des corporations catholiques et protestantes avec des obligations envers les étudiants d’autres religions, ce qui n'a pas empêché la présence d’écoles de religions autres. En cela, il s’agissait d’un cadre protégeant les minorités religieuses défini dans la constitution de 1867.

      Récemment, les commissions, de catholiques et protestantes, sont devenues de langue anglaise et française au sein desquelles les enfants y reçoivent un enseignement public non associé à un encadrement religieux.

    • Claude Bariteau - Abonné 14 mai 2019 10 h 39

      2. Cette modification n’a pas aboli les écoles privées et religieuses. Elles demeurent une voie financée par le gouvernement du Québec. Aussi, le cadre légal protégeant les minorités religieuses demeure et demeurent les exigences d’acquisition de compétences qui relèvent des obligations de l’État.

      Un problème s’est posé avec la présence dans des écoles linguistiques, aussi d’institutions qui assument des activités de l'État, d’employé/e/s affirmant par des signes visibles leurs croyances religieuses, comme à l'époque où Mgr Bourget avait réussi à contrer toute promotion d'un enseignement laïque.

      Cette présence modifie des règles tacites depuis la révolution tranquille présentes dans les institutions de l’État du Québec et introduit, dans les institutions publiques d’enseignement, l’expression de signes religieux qui modifient leurs mandats de neutralité religieuse au nom de la neutralité des institutions publiques.

      À titre d’exemple, le port de ces signes peut conforter les enfants dont les parents pratiquent ces religions et avoir des effets contraire auprès des autres enfants. Il s'agit d'une modification du cadre de formation dans les écoles publiques introduite par des enseignant/e/s.

      La solution, là où ce problème se pose, est de revaloriser l’enseignement public par des contraintes à l’expression de ces signes et de permettre la présence d’écoles religieuses. Elle assure un enseignement public sans empreinte de signes religieux et la protection des minorités.

      Cette solution est utilisée dans les institutions de l’État pour des motifs autres, dont l’affirmation d’un univers institutionnel différent de celui des groupes religieux.

      Lorsque le principe de la laïcité demeure sans incidence car non prioritaire, ce qui est le cas au Canada, ces solutions sont légalement sans fondement. Le PL21 octroie la priorité à la laïcité et à l’égalité des personnes. De là découle les solutions envisagées même si elles sont limitées et le recours à la déroga

  • Pierre Grandchamp - Abonné 14 mai 2019 06 h 50

    "Les Québécois ne souhaitent pas que la religion – la leur ou celle des autres – revienne s’immiscer dans leur vie"

    "La trajectoire historique des Québécois a été marquée au fer rouge par la domination de l’Église. Ils ne souhaitent pas que la religion – la leur ou celle des autres – revienne s’immiscer dans leur vie." -Fatima Houda Pépin musulmane-
    https://www.journaldemontreal.com/2019/05/12/la-laicite-une-trajectoire-de-deux-siecles-de-combat

    "Vous gagneriez à lire sur ce sujet que vous défendez au nom du droit à la différence. Le voile n’est pas musulman, c’est notre étoile jaune, à nous, femmes musulmanes et non islamistes. Il est imposé par l’islam dévoyé par l’alliance du politique et du religieux depuis près de 40 ans. C’est cette vision islamiste qui a fait que j’ai dû quitter mon Algérie pour me réfugier au Québec pour échapper à mon exécution, cette vision fondamentaliste que votre parti semble avoir adoptée en son sein sans même en comprendre les dangers."-Leila Lesbet musulmane-
    https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/543829/le-voile-est-un-moyen-de-controle-du-corps-de-la-femme