La croyance religieuse à l’école

« La croyance aime l’ignorance, qui est le milieu où elle se développe de façon illimitée. Cette liberté de foi collective détourne de l’effort individuel et anxiogène de réfléchir à part soi. » — Pascal Quignard

Si le fait d’affirmer la liberté de croyance est fondamental dans une société démocratique, il ne faut surtout pas perdre de vue que c’est en même temps affirmer la liberté que de ne pas penser par soi-même, de privilégier l’ignorance, d’adhérer à l’opinion générale, de suivre la foule et d’accepter la servitude. Et cela vaut particulièrement pour la croyance religieuse.

La croyance est une entrave à la connaissance. Elle est une entrave à la liberté d’être de connaître et de penser de l’être humain. Or, la raison d’être de l’école est de combattre l’ignorance ; c’est également un milieu devant permettre à un enfant d’apprendre peu à peu à devenir qui il est, à avoir sa propre intelligence des choses de la vie, à penser par lui-même, à être libre.

L’éducation, comme le souligne Bertrand Russel, doit contribuer à créer des citoyens difficiles à gouverner, et j’ajouterai surtout impossible à dominer.

Imposer, même subtilement, même passivement, quelque signe de croyance religieuse que ce soit, c’est brimer au départ cette quête humaine en chaque enfant, en chaque être humain d’être librement qui il est. C’est imposer à l’enfant une direction à suivre dans son rapport à lui-même, aux autres et à la vie en général. C’est lui imposer une vision pourtant subjective de la vie, inventée par les hommes et qui n’a rien à voir avec quelque vérité que ce soit.

Or, le sens de la vie et le sens de son existence n’ont connu à ce jour aucune réponse objective et définitive. Ces questions demeurent irrésolues et le seront peut-être indéfiniment. Cette dimension d’incertitude qui fonde le paradigme de la pensée scientifique contemporaine s’avère la condition même de la connaissance du processus infini de la connaissance.

Une femme voilée pourra bien se retrouver devant une classe, mais une majorité de parents sauront corriger le message implicite qu’elle véhicule. Chacun saura dire à ses enfants, particulièrement à sa fille : « Au-delà du respect de la personne, ma fille, ici les femmes sont libres, égales aux hommes, fières de leur corps, vivant leur sexualité comme une célébration de la vie. Ici, ma fille, les femmes ne sont soumises ni aux dieux ni aux hommes. »

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12 commentaires
  • Jean Lacoursière - Abonné 10 mai 2019 06 h 57

    La croyance est une entrave à la connaissance

    Espérons que certains philosophes, dont le député Sol Zanetti, liront ce texte.

    • Cyril Dionne - Abonné 10 mai 2019 08 h 40

      Sol Zanetti est un philosophe? Le même qui avait écrit il y a deux ans qu’il ne fallait jamais admettre des signes ostentatoires religieux dans la salle de classe via les enseignant.e.s. Enfin. On comprend pourquoi maintenant. Le philosophe devenu politicien devenu girouette.

      Ceci dit, la girouette, si elle pouvait parler, dirait qu’elle dirige le vent (Jules Renard).

    • Jean Lacoursière - Abonné 10 mai 2019 14 h 25

      Monsieur Dionne,

      Sol Zanetti enseignait la philo au cégep avant d'être élu en octobre 2018. Il détient un baccalauréat et une maitrise en philo de l'Université Laval.

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 10 mai 2019 08 h 03

    Bien dit

    Merci.

  • Christian Koczi - Abonné 10 mai 2019 08 h 39

    Croire et savoir...

    Je crois que pour une majorité de québecois, croire ne suffit plus, ils et elles ont besoin de savoir !

    Christian Koczi

  • François Beaulé - Abonné 10 mai 2019 08 h 45

    Les croyances sont les fondements de l'humanité

    Madame Robert fait ici une profession de foi dans la science. Pour fonder sa vision du monde sur la science, il faut d'abord croire que la science est fiable. Il faut que des professeurs inculquent cette foi aux enfants. Les sociétés fonctionnent toujours comme cela, en inculquant des croyances à leurs membres. Sans croyances communes, il n'y a pas de société, que des individus isolés et déshumanisés.

    Les institutions politiques et les institutions économiques ne procèdent pas autrement que les institutions religieuses. Pour que l'argent ou des actions en bourse aient une valeur, il faut que la majorité des gens y croient. Si cette croyance est perdue, leur valeur disparaît. Cette valeur n'est donc pas objective, elle est relative à la croyance. Pour que les lois d'un État soit respectée, il faut que l'État impose sa respectabilité, il faut que les gens y croient. Par exemple, quand suffisamment de gens ont cessé de croire dans l'État socialiste de l'Union soviétique, cet État s'est effondré à une vitesse qui a étonné les analystes.

    Les institutions qui fondent notre humanité et qui permettent aux individus de collaborer, de se respecter et de construire des oeuvres communes reposent sur des croyances. La perte de toutes les croyances signifierait l'effondrement de la société et la ruine.

    Hier, l'ancien premier ministre Pierre-Marc Johnson a exprimé sa crainte face à la fragilité de la démocratie. Celle-ci aussi repose sur des croyances.

    • Raynald Goudreau - Abonné 10 mai 2019 16 h 07

      Je pense que vous aimez croire M . Beaule . Personne , sauf vous peut-etre , pense que la science est fiable . La science demontre et prouve , et, recommence s'il le faut .Cela n'a rien a voir avec la croyance . Vous melangez croyance et confiance a profusion dans votre texte .La croyance est aveugle . La confiance , regarde, etudie , jauge et enfin decide a la lumiere de certains criteres .

    • François Beaulé - Abonné 10 mai 2019 18 h 34

      Selon un dictionnaire en ligne:
      Croyance : Certitude plus ou moins grande par laquelle l'esprit admet la vérité ou la réalité de quelque chose.
      et selon Le petit Robert : L'action, le fait de croire une chose vraie, vraisemblable ou possible.

      La croyance n'est pas nécessairement aveugle. Même quand elle est religieuse.

      Certitude, confiance, conviction, foi et croyance sont des sentiments/ états d'esprit grandement apparentés.

  • Françoise Labelle - Abonnée 10 mai 2019 09 h 37

    Un vêtement «religieux» pour les esprits indépendants?

    La recherche de la vérité est exigeante. Il suffit d'écouter des physiciens comme Brian Green nous dire que tant pis s'il se trompe, le rejet navrant de sa théorie et tout son travail sera tout de même un progrès. Et voilà pour les preuves «rigoureuses» de M.Bouchard qui sont discutables, même en physique. Plusieurs préfèrent le confort de l'indifférence ou des croyances, imperméables à la réalité changeante.

    L'allusion à Bertrand Russell (et sa théière volante) est appropriée: comment convaincre l'enfant (l'ado ou l'adulte!) que le fardeau de la preuve revient à celui qui affirme ses croyances religieuses alors que l'enseignant affirme qu'il prend ces croyances pour acquises?
    Tout publiciste le confirmera: les messages implicites sont les plus efficaces et je doute que les parents pris par le travail aient le loisir de compenser le message implicite.
    Doit-on absolument décourager les enfants de cette recherche de la vérité alors que le chant des sirènes du confort et de la paresse intellectuelle est assourdissant?
    Il faudrait un vêtement pour rappeler, dans l'espace public, que l'indépendance d'esprit est une alternative au dogme.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 10 mai 2019 12 h 42

      Cette reformulation est vraiment capitale : « L'allusion à Bertrand Russell (et sa théière volante) est appropriée: comment convaincre l'enfant (l'ado ou l'adulte!) que le fardeau de la preuve revient à celui qui affirme ses croyances religieuses alors que l'enseignant affirme qu'il prend ces croyances pour acquises?»

      C'est vraiment une des manières les plus simples de mettre le doit sur le bobo : comment l'enfant peut-il distinguer du geste d'autorité de la prof qui pointe la lettre « c » du geste croyant, comme si la distinction entre ces deux catégories allait de soi.

      Pour ma part, plus que la question religieuse, c'est le phénomène de la boite noire ambulante qui pose problème.

      D'ordinaire un humain et un humain, un citoyen est un citoyen. Mais là, le citoyen devient « croyant » et il a le «droit» d'exprimer cette croyance, même en classe. Mais l'enfant n'a pas un droit égal à la liberté d'expression, le prof a le pouvoir de lui dire de se taire ou de se mêler de ses affaires. On a donc un message religieux exprimé à on ne sait qui, visible pour un public cible qui ne serait pas a priori les enfants, et qui voudrait dire quelque chose de subjectif, chacun ayant la signification qu'il veut, alors que d'un autre côté on comprend très bien ce à quoi le signe renvoie, mais sans qu'on puisse le dire, parce qu'il faut respecter la dignité des croyants.

      Je suis donc supposé voir votre hijab et faire comme si votre hijab était une boite noire dont je ne peux voir la signification et pour laquelle je ne peux tirer de conclusion à moins de vous le demander. Pourtant, la liberté d'expression c'est de pouvoir justement parler, contester, confronter. Donc pour ma part, quelqu'un qui porte un signe, c'est comme quelqu'un qui porte une pancarte politique. Dans la sphère publique ordinaire, je ne vais pas m'arrêter, mais dans l'institution étatique, je suis en droit de confronter ce sujet qui introduit un discours... mais pas les enfants en classe.