Penser globalement et agir localement pour prévenir la maltraitance des enfants

Depuis la semaine dernière, l’histoire de la fillette de Granby soulève, avec raison, de l’indignation, de la tristesse, des questionnements… On se demande pourquoi cela est arrivé. On cherche la, le ou les coupables, la ou les causes… À partir d’informations partielles, plusieurs semblent juger négativement des individus, tout en portant un regard réducteur sur la situation. Si juger les autres et simplifier la réalité est « normal », cela n’aide aucunement à comprendre cette situation complexe et, ultimement, à trouver des solutions pour qu’une histoire semblable ne se reproduise pas. Au contraire, on gagnerait à aborder cette situation en tenant compte du contexte social élargi, voire sociétal.

Si l’on s’attarde au contexte social élargi, on peut d’emblée mettre en question l’organisation des services en enfance/jeunesse au Québec. D’abord, l’organisation hypercentralisée et sur-rationnalisée de notre système de santé et de services sociaux devrait être mise en cause. Pourquoi n’offre-t-on pas davantage de services de proximité, y compris de réadaptation, pour les enfants et les familles, axés sur leurs besoins dans leurs milieux de vie ainsi que sur la collaboration interprofessionnelle et intersectorielle ? D’ailleurs, travailler en collaboration interprofessionnelle et intersectorielle devrait être incontournable dans des situations complexes comme celle de la fillette de Granby. Quant au milieu scolaire, pourquoi ne bénéficie-t-il pas des ressources et des services éducatifs complémentaires requis, dont l’ergothérapie, pour soutenir la participation, la réussite et le bien-être des élèves, avec ou sans difficulté, et ce, en collaboration avec le personnel enseignant, les parents et les autres acteurs du milieu ? On peut également se demander quelles autres mesures devraient être élaborées et mises en place pour s’assurer que les droits des enfants sont respectés.

De surcroît, on aurait intérêt à s’interroger sur la prise en charge médicalisée des problèmes sociaux, comme la maltraitance des enfants. À vrai dire, la maltraitance des enfants devrait être considérée comme un véritable enjeu de société, qui nécessite des actions collectives préventives, d’autant plus qu’une hausse des signalements faits à la DPJ est notée. L’effritement de la cohésion sociale, en raison notamment des inégalités socioéconomiques, devrait aussi être pris en compte.

Si vraiment nous avons à coeur la sécurité et le bien-être des enfants, il importe d’analyser leurs besoins de manière globale (et systémique), de même que d’investir et d’agir dans leurs milieux de vie, en mettant en place les ressources et les services requis. En d’autres mots, nous devrions penser globalement et agir localement pour prévenir la maltraitance des enfants.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

1 commentaire
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 8 mai 2019 11 h 34

    … Culture-Mentalité

    « Si vraiment nous avons à coeur la sécurité et le bien-être des enfants, il importe d’analyser leurs besoins de manière globale (et systémique), de même que d’investir et d’agir » (Emmanuelle Jasmin, Ergothérapeute et Professeure)

    Bien que ce « Si » soit « louable », il demeure que le Drame de Granby lui dépasse en ce qu’il touche à une problématique relevant, notamment, de questionnement entourant le Domaine de la « Culture-Mentalité » desdits Milieux d’attribution d’aide ; des Milieux comme à repenser et moderniser, et ce, compte tenu des avancées du monde de la Recherche-Pratique !

    En effet, si on a vraiment « à cœur la sécurité et le bien-être des enfants », il semblerait convenir d’urgence et d’intérêts de revoir, des milieux concernés ou impliqués à l’Enfance-Adolescence (DPJ, Autres), leur philosophie en matières de Protection-Prévention et d’Intervention-Accompagnement, surtout, de …

    … Culture-Mentalité ! - 8 mai 2019 -