Cachez ce monstre que je ne saurais voir

« Ça prend vraiment des monstres pour avoir fait ça. » Cette phrase, prononcée par un premier ministre « en beau maudit » à propos du drame de « la fillette de Granby », me revient au fur et à mesure que l’histoire se dénoue, que notre système de protection de l’enfance apparaît dans toute sa complexité et, surtout, dans son insoutenable érosion. On le dit et c’est vrai, notre nouveau premier ministre et son gouvernement ont bien géré ce dossier jusqu’à maintenant. Ils ont été rapides à réagir et ils l’ont fait avec juste ce qu’il faut de compassion et de mesures souhaitées. Le rare moment d’unanimité qui s’en est suivi à l’Assemblée nationale en témoignait, même si la suite, on le sait, sera encore plus déterminante.

On pouvait aussi très bien imaginer ces monstres lorsque notre premier ministre les a évoqués. Il y avait là des coupables présumés et facilement identifiables. Mais si les monstres auxquels il faisait allusion étaient eux-mêmes d’ex-victimes que le système n’avait pas réussi à récupérer ? Et si le seul véritable monstre à pointer était, au final, l’appauvrissement graduel du filet social québécois et l’épuisement des ressources au détriment de tous ces gens qui tombent perpétuellement dans les craques du système et que cette enfant anonyme personnifie désormais cruellement ?

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1 commentaire
  • Yvon Pesant - Abonné 7 mai 2019 05 h 09

    Monstre et demi

    On ne saurait mieux dire en l’écrivant si bien.

    Les décideurs gouvernementaux, et tout particulièrement ceux et celles d’un passé récent disant couper dans le gras à grands coups de hachoir dans l’os, ont tout intérêt à se regarder dans ce miroir de la honte.

    Les travailleurs et travailleuses de la santé avaient beau crier que cela faisait mal sans bon sens et que le système saignait de toutes parts que ces gens de pouvoir décisionnel continuaient de frapper sourdement à l’aveugle.

    Austères d’un bord, au nom d’une rigueur budgétaire et pour la saine gestion des fonds publics, nous disaient-ils. Et, oh combien bien libéraux de l’autre bord, aux noms d’une amitié intéressée et pour l’enrichissement de fonds privés, nous est-il apparu dans les faits. Un héritage lourd de conséquences pour le Québec et sa population.