Montréal et la francophonie

Mme la Mairesse,

J’ai rempli récemment avec enthousiasme le sondage que vous faites circuler sur les réseaux sociaux concernant l’horizon souhaitable de développement de la ville, d’ici à 2030. S’y succèdent des questions à développement telles que « en quoi êtes-vous fiers de votre ville ? », tandis que d’autres nous demandent de choisir plusieurs mots parmi : développement durable, famille, mixité sociale, propreté, convivialité, diversité, etc. Ces questions à choix multiples sont les plus nombreuses.

Nous sommes invités à resserrer nos attentes envers la ville et à énoncer des valeurs, des axes de développement. Beaucoup de mots, beaucoup d’intentions et une omission importante. Là précisément où mon enthousiasme s’est démenti. En effet, de toutes ces locutions ou propositions, aucune ne fait référence au caractère francophone de la ville. Il n’est nulle part suggéré, proposé ou même insinué que le fait que Montréal soit la plus grande ville française en Amérique du Nord puisse être considéré comme un atout, un axe de développement.

Une seule question : pourquoi ?

Il est beaucoup question de développement durable dans le sondage, ce qui est très bien. Nous voulons une ville plus verte, plus propre et conviviale, en phase avec les meilleures approches urbanistiques. Mais dites-moi, ces approches à la fois novatrices et politiquement correctes ne pourraient-elles pas aller de pair avec un vaste mouvement de mobilisation et de mise en valeur du fait français à Montréal ? Imaginez : un mouvement duquel découlerait une toponymie rafraîchie, qui mettrait l’histoire à la une, des initiatives qui célébreraient notre caractère unique en Amérique du Nord, le chériraient et le mettraient en valeur, l’utiliseraient comme un levier de visibilité, notamment touristique. Quelle formidable carte de visite et, en plus, voilà de quoi rebâtir les ponts entre Montréal et le continent !

Je ne suis pas naïve. Juste à voir comment Montréal se Torontoïse, ne serait-ce que linguistiquement parlant, on comprend que votre sensibilité politique est semblable à celle de vos prévisibles collègues de gauche… Mais là, le jupon commence à dépasser en diable. Je rêve du jour où nous pourrons marcher et mâcher de la gomme en même temps ! Mettre en avant des pratiques environnementales audacieuses. Et faire preuve d’un protectionnisme de bon aloi, décomplexé, visant à protéger notre caractère unique et distinct. Je suis déjà lasse de votre administration si Canadian qu’elle n’ose pas dénouer cet inextricable lien entre une certaine gauche urbaine et ce maudit multiculturalisme qui nous avilit et nous humilie sous des oripeaux faussement inclusifs. Décevant. Voilà le mot de la fin, Mme Plante.

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7 commentaires
  • Paul Gagnon - Inscrit 4 mai 2019 08 h 16

    Une ville plus (beaucoup plus) française

    d'accord mais, SVP, n'en faisons pas pour autant un musée pour touristes, cette plaie airbnbesque...

  • Danièle Jeannotte - Abonnée 4 mai 2019 08 h 23

    De la suite dans les idées

    Vous n'êtes sûrement pas étonnée de voir que le caractère francophone de Montréal indiffère à peu près totalement l'administration de Mme Plante, cette dernière ayant montré la voie en prononçant un discours en anglais seulement, soi-disant sans s'en apercevoir, devant ses concitoyens éberlués qui, face à ses explications, ont eu l'impression qu'on les prenait pour des valises. Projet Montréal ressemble de plus en plus à une succursale municipale de Québec solidaire, un parti dont les représentants considèrent visiblement la promotion du français comme un relent du passé et qui n'a pas de temps à perdre avec autre chose que la lutte aux changements climatiques. L'administration Plante s'est aussi unanimement opposée au PL21 (et tant pis pour les très nombreux citoyens montréalais qui l'appuient), démontrant ainsi son amour inconditionnel du multiculturalisme. Dans ce contexte, inclure dans ce sondage la moindre allusion à la promotion du français à Montréal aurait été contraire à ses intérêts puisque les réponses n'auraient peut-être pas fait l'affaire de Projet Montréal. Elles auraient peut-être révélé que les Montréalais attachent plus d'importance au français que ne l'espère Mme Plante.

  • Jean-François Trottier - Abonné 4 mai 2019 08 h 53

    C'est en effet très étonnant

    Je reste pantois devant le comportement de notre "gauche-à-gauche-et-vous-nous-prendrez-pas-à-aller-le-moindrement-à-droite-bon".

    Plante fait bien partie de cette, disons, "gauche à gauche".

    Réglons le premier point : Une gauche qui refuse seulement de regarder à sa droite est extrémiste.
    Une gauche dont la pire accusation est de ne pas être assez à gauche est radicale.
    Il ne suffit pas d'être à gauche, il faut l'être de plus en plus pour le prouver... mais gentiment : faut pas avoir l'air radical.

    Heu... Lénine était TRÈS gentil. Il souriait tout le temps, autant que Valérie ou Manon.
    Il était bourré de bonnes intention, sûr à 100%.
    C'est quand il a réalisé que certains humains ne fonctionnaient pas comme prévu dans sa grille d'analyse pourtant parfaite, malgré un système d'éducation "conscientisant", que son sourire s'est fané. Des fous, oui!
    Les organisations de quartier "par et pour le citoyen" avaient déjà le mandat de détecter "pour le mieux-être de tous" les anti-sociaux qui cadraient mal dans le plan. On a détecté, on a cerné. Les proches sont devenus suspects, puis cernés, puis leurs proches, et la suite est prévisible. L'État a pris charge de ces fous détectés par un chef d'îlot " au grand coeur" et les a traités. Pour leur bien, hein.
    C'est ce que les "bons" font.

    Avec sourires, gentillesse et beaux sentiments.

    Notre gauche à gauche est internationaliste. Comme dans Internationale, oui oui!
    Toute notion de nationalisme, donc de nation (sauf Premières, hein!), donc d'identité, est suspecte... sauf pour les VRAIES minorités, PAS les Québécois quoi.
    La langue est identitaire, out la langue. On la cache, juste un peu.
    Ça sent l'ancien Parti Communiste Canadien Marxiste-Léniniste à plein nez.

    Ben non, Plante n'est pas communiste! Elle est à la mode, c'est bien mieux.
    Seulement, jamais elle ne parlerait français à Toronto, alors pourquoi le ferait-elle à Montréal ?

    • Jean Langevin - Abonné 5 mai 2019 06 h 54

      Vous frappez la cible plein centre.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 4 mai 2019 09 h 04

    Super lettre. C'est exactement ce que je pense

    En 2009, le maire Gérald Tremblay devait perdre, mais il a gagné. La défaite crève-cœur de Louise Harel et de son parti, Vision Montréal, a prouvé qu’un candidat nationaliste, peu importe son programme, ne peut plus triompher dorénavant à Montréal. Considérant l’exode des francophones vers les banlieues, le vote anglophone et le vote allophone sont devenus ensemble trop importants. Elle est belle la ville de Montréal.

    Oui, le drame de Montréal et de plusieurs autres villes avoisinantes, c'est que les francophones y sont minoritaires. Comment voulez-vous que les maires prennent fait et cause pour le français quand leur but est de se faire réélire?

    Québec devrait mettre ces villes au pas, mais comment? Une chose est sûre, elles ne devraient plus obtenir de nouveaux pouvoirs.

    François Legault estime que la Ville de Montréal a trop d’élus. Mais s'il envisage de faire comme Doug Ford en Ontario, qui a diminué le nombre d’élus à Toronto, je lui suggère de faire avant une chose capitale, soit de refaire de l’île de Montréal une seule et même ville.

    Nous savons que la CAQ n’est guère populaire sur l’île de Montréal. Alors, électoralement parlant, elle n’a rien à perdre à « refusionner » les villes « défusionnées » par le libéral Jean Charest entre 2003 et 2007. Ce geste pourrait même être payant pour elle dans le reste du Québec, pour qui Montréal a la tête enflée.

    La situation actuelle sur l’île de Montréal, avec tous ses petits fiefs égoïstes (comme Hampstead et son maire sympa) et ses tonnes d’élus, est intolérable.

    Si la CAQ refait ce que le Parti québécois a voulu faire durant son dernier plein mandat (M. Legault y était), ce sera probablement son legs le plus important.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 4 mai 2019 10 h 44

      Pour comprendre ce qui se passe à Mtl, j'invite les lecteurs à lire le livre de Jacques Houle : « Disparaître ? », publié chez Liber. https://www.journaldemontreal.com/2019/04/23/disparaitre

      «Le Devoir» va-t-il en faire la critique ? Ce serait bien.

  • Claire Dufour - Abonnée 4 mai 2019 11 h 32

    Les mots de la bouche

    Madame,
    Vous mettez les mots où le bât blesse. Nous quittons Montréal mais les dernières années ont été pénibles avec cette mairesse multiculturaliste à outrance et accoquinée avec la go-gauche. Désolant! Possiblement que je serai censurée..