Évolution historique

Elle est très brillante, cette juxtaposition de faits de 1934 et des victimes appréhendées du projet de loi no 21 établie par Dupuis-Déri. Elle serait même opportune si elle tenait compte d’un événement marquant survenu au Québec et qu’on a appelé la Révolution tranquille.

Cette étape importante de notre histoire a été notamment marquée par la volonté populaire de créer une distance réelle entre l’État et la religion (majoritairement catholique à l’époque). Cette orientation a, depuis, franchi plusieurs étapes, dont la modification du statut de notre système scolaire, jadis catholique/protestant, devenu anglophone/francophone.

Le projet de loi no 21 n’est que la plus récente mise en forme de cette orientation des années 1960, époque où, faut-il le rappeler, les membres de la communauté musulmane étaient fort peu nombreux. Et bien avant l’avènement de Khomeini en Iran (1979) et l’intensification (à coups de milliards) de la diffusion de l’islam rigoriste de l’Arabie saoudite.

Établir un étroit parallèle entre le Dr Rabinovich de 34 et les membres de l’islam d’aujourd’hui, comme le fait l’auteur de cet article, c’est manquer de perspective historique. On peut être en désaccord avec le projet de loi, mais on se doit de le situer dans un continuum historique. Le projet de loi no 21 n’est contre personne ni contre quelque groupe que ce soit. Il n’est que la dernière étape d’un cheminement remontant aux années 1960 et dont le sociologue Guy Rocher, qui appuie le projet, témoigne éloquemment.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

8 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 1 mai 2019 06 h 17

    Lettre courte et parfaite. Bravo !

    M. Dupuis-Déri devrait reprendre son bac.

  • Pierre Desautels - Abonné 1 mai 2019 10 h 18

    Contre personne?


    "Le projet de loi no 21 n’est contre personne ni contre quelque groupe que ce soit."

    La belle affaire. Sans le voile des enseignantes musulmanes, on ne parlerait même pas de laïcité, et le PL 21 n'aurait jamais vu le jour. Comme disait l'autre : Penses-tu que je m'en aperçois pas?

    • Jean-François Trottier - Abonné 2 mai 2019 07 h 34

      M. Desautels,

      Depuis 40 ans, quand la droite catho a hurlé contre "Les fées ont soif" et que le Québec a très ironiquement ri, aucun symbole religeux ne passe facilement dans le domaine public.
      Les Québécois ont souffert d'une religion pendant 200 ans. Ah! Vous ne saviez pas ? Ah ben coudon.

      Que dites-vous de la réaction générale devant la prière du maire Tremblay à Saguenay ?
      Prière pas très musulmane je crois, non?

      Si les cathos avaient continué à s'afficher de manière agressive, PL21 ne serait pas nécessaire parce qu'une loi existerait depuis longtemps.
      L'Église et ses tenants ont eu l'intelligence de se retirer très vite.

      Si l'on réagit devant le voile, c'est parce que EN GÉNÉRAL les cathos gardent leur foi pour eux et entre eux, comme il sied dans une société laïque.
      Le voile est le seul attribut religieux visible partout.

      Bon, maintennat qu'on a fait le tour de la question sociale, veuillez noter que :
      1- Aucune religion n'exige la port du moindre signe. Aucune. Le discours intégriste de quelques musulmans n'y change rien.
      2- On parle de quelques postes, et seulement au travail. Les fous furieux qui en font un complot anti-religieux ou anti-femmes trippent fort, ou défendent des intérêts qui n'ont rien à voir avec la religion.

      Par contre, les préjugés sur une société québécoise "à vieux fond catholique" sont ignobles.
      Les procès d'intention sur la base de "qu'est-ce va être la prochaine fois" tout autant, mais on y ajoute paranos.

      Tenter de victimiser les femmes musulmanes est soit délirant, soit un appui à l'intégrisme.
      Ceux qui prétendent que les signes religieux sont inoffensifs ne laisseraient pas passer un symbole du KKK, pourtant bien anodin en comparaison des atrocités liées à toutes les religions monothéistes depuis 3500 ans.

      Vouis remercerez le législateur quand le Bible Belt va tenter de s'immiscer au Québec. Il est déjà en Ontario, dans le Maine et au Vermont, juste à côté...

    • Claude Bariteau - Abonné 2 mai 2019 11 h 07

      Le problème n'est pas le voile des enseignantes de religions musulmanes, mais l'entrisme qu’il implique dans des institutions publiques où le port de signes religieux battait de l’aile.

      L’entrisme est une présence de personnes qui visent, par leur comportement, à modifier une ligne politique partagée. Quiconque a lu les explications de Mme Chabot sur l’approche des « Musulmans » dans les pays où ils sont minoritaires, l’idée de base ne consiste pas à s’adapter aux façons de faire reconnues mais à promouvoir celles qui caractérisent les « Musulmans ».

      Agir ainsi implique de recourir à l’entrisme et de qualifier les institutions publiques de discriminatoires si elles refusent de s’adapter aux vues des « Musulmans » .

      Si on ne peut pas faire dire que le PL21 ne vise pas le port du voile. Par contre, on peut par contre dire que ce port est le porte-étendard de l’idée valorisée par des « Musulmans » là où ils sont minoritaires.

      D’ailleurs, pour Mme Chabot, un refus de ce port conduira à la création d’écoles religieuses musulmanes parce qu’il en va de leur présence institutionnelle au Québec. Se poseront alors d’autres questions concernant le financement, l’habilitation à l’enseignement et la réussite d’examens témoignant d’apprentissages.

      Je ne suis pas opposé à l’existence d’écoles religieuses si les enfants réussissent les examens qui valident des apprentissages précis sans toutefois un financement autre que religieux de la part de l'État.

      Cela dit, je préfère des enseignants et des enseignantes qui acceptent les façons de faire au Québec parce qu’elles valorisent une formation et des apprentissages dans un contexte propice à former à la vie en société sans pour autant déraciner les enfants de leurs milieux d'appartenance.

    • Claude Bariteau - Abonné 2 mai 2019 13 h 42

      Il faudrait lire à l'avant-dernier paragraphe, « avec » plutôt que « sans » un financement autre que religieux de la part de l'État.

  • Denis Blondin - Abonné 1 mai 2019 10 h 37

    Quelques rappels "historiques".

    Monsieur Breault,

    Vous affirmez sans rire que « le projet de loi no 21 n’est contre personne ni contre quelque groupe que ce soit » et vous avez en même temps la candeur de préciser que « le projet de loi no 21 n’est que la plus récente mise en forme de cette orientation des années 1960, époque où, faut-il le rappeler, les membres de la communauté musulmane étaient fort peu nombreux ».
    Peut-être faudrait-il vous rappeler certains faits de cette « évolution historique » que vous invoquez.
    Des années 60 jusqu’aux années 2000, la question de la laïcité de l’État québécois a été considérée de façon très générale comme étant pratiquement réglée. Aucun débat acrimonieux sur la question n’a été tenu dans le Devoir ou ailleurs. Les membres des communautés religieuses et les Catholiques pratiquants ne semblent pas avoir senti le besoin de partir en guerre contre une orientation sociale supportée par la majorité de la population, sauf de façon très épisodique.
    Ce n’est qu’à partir du moment où l’immigration au Québec a commencé à se diversifier que le spectre des « invasions barbares » a commencé à poindre. Son exploitation a failli mener l’ADQ de Mario Dumont au pouvoir. Sans doute inspiré par l’inépuisable boîte à idées qu’a toujours été Jean-François Lisée, PQ a tenté d’exploiter le même filon avec sa Charte des valeurs « québécoises », sans succès. L’héritière de l’ADQ, la CAQ, y est finalement parvenu et l’annonce de son projet sur « la laïcité » a été son premier message public.
    Prétendre que ce cheminemen historique n’a aucun lien avec la diversification de l’immigration au Québec, dont le hijab constitue l’étendard, ce ne peut être que de l’inconscience ou de l’hypocrisie.

    • Jean-François Trottier - Abonné 2 mai 2019 07 h 56

      M. Blondin,

      " les Catholiques pratiquants ne semblent pas avoir senti le besoin de partir en guerre" est...
      Faux.
      Ils ont essayé.
      La dernière fois ça a été à l'occasion de "Les fées ont soif". La leçona a suffisamment porté pour que l'Église décide, dans sa "grande" sagesse très calculatrice, que c'était pas le temps pour un grand retour triomphant.
      Historiquement TOUS les monothéismes prennent TOUT le pouvoir possible dans TOUTES les sphères possible.
      TOUJOURS.

      La réaction générale contre la prière à Saguenay devrait vous permettre d'allumer si vous êtes le moindrement de bonne foi.
      L'êtes-vous ?

      Vous dites "diversification", je dis que la diversification religieuse est une marche obligée et restreignante. Les religions sont dichotomiques. Les Québécois le savent jusqu'au plus profond de leurs tripes et tiennent mordicus à leur actuelle justice sociale, qui ne regarde pas les péchés mais les humains. En fait ils veulent plus de justice sociale.

      La justice se pratique dans la neutralité. Une justice neutre, c'est aussi, pour respecter la paix sociale, l'apparence de justice.
      Il n'y a pas apparence de justice avec des signes religieux. Pas du tout.
      Il n'y a pas d'objectivité dans un enseignement où trône un symbole religieux. On a sorti les crucifix des classes depuis longtemps, c'est pas pour rien.
      Dire le contraire est insultant et même petit.

      Votre réécriture de l'histoire est biaisée. Vous glissez des qualificatifs qui conviennent à une vision étriquée, bourrée de préjugés envers notre société. Je pense carrément à l'influence du racisme sans ambage et patriotique du ROC envers les Québécois.
      Prêter des intentions comme vous le faites est sale.

      Puisque vous prenez le hijab pour étendard, je vous laisse à vos propos guerriers et enflammés.
      Sans les laisser pas passer..
      Y en a pas d'étendard. Y a des gens qui se côtoient et qui veulent le faire dans des règles simples, avec le sourire.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 1 mai 2019 18 h 08

    «Sans le voile des enseignantes musulmanes, on ne parlerait même pas de laïcité» (Pierre Desautels)



    En effet, tous les pays occidentaux qui ont reçu cette immigrations-là sont aujourd'hui aux prises avec le même débat.