Quand la potence n’est jamais un crucifix!

Étant donné que Le Devoir publie des articles d’une qualité exceptionnelle, la décision de publier une édition de fin de semaine de Pessah-Pâques, qui présente exclusivement Pâques, est une façon profondément irresponsable d’atteindre un lectorat élargi constituant le paysage diversifié de Québec.

Bien que j’applaudisse à l’explication de « Pâques, passage de la mort à la vie » par Jean-Claude Ravet (20-21 avril 2019) sur Pâques comme un défi spirituel contemporain, son choix de faire référence à La nuit, d’Elie Wiesel, et à cet enfant « pendu, ici à cette potence » comme une typologie de la crucifixion contemporaine est profondément troublant. Transposer une mémoire de l’Holocauste en une christologie est un geste théologique erroné, aussi choquant pour la mémoire des victimes des camps de la mort que quand l’Église en détresse tente de créer un couvent de carmélites en dehors du périmètre de Dachau. Peut-être que Ravet aurait pu se concentrer sur la déplorable mission du couvent en tant que « forteresse spirituelle et garantie de la conversion des frères égarés de nos pays ainsi que preuve de notre volonté de gommer les outrages si souvent fait au vicaire du Christ ».

La mention d’infractions contre le vicaire du Christ fait allusion à des accusations selon lesquelles Pie XII n’a pas aidé les Juifs autant qu’il aurait pu le faire pendant la Seconde Guerre mondiale, ce que ces religieuses espèrent effacer par la prière. Malgré la complicité du Vatican avec les camps de la mort en tant que leçon théologique distincte que les chrétiens devraient pouvoir contempler aujourd’hui, en particulier à Pâques, Ravet aurait dû être plus sage qu’égaler l’image de Wiesel de Dieu « pendu à la potence » comme une crucifixion. Un crucifix ne remplacera jamais « la potence » sur laquelle 6 millions de personnes ont été « pendues » lors de l’extermination imminente du peuple juif d’Europe. J’espère que ces omissions seront corrigées et qu’il y aura à l’avenir un point de vue contrebalancé qui traite également du calendrier juif.

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2 commentaires
  • Paul Gagnon - Inscrit 23 avril 2019 09 h 32

    Rien...

    à foutre des religions.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 23 avril 2019 10 h 27

    … ?!? …

    « la décision de publier une édition de fin de semaine de Pessah-Pâques, qui présente exclusivement Pâques, est une façon profondément irresponsable d’atteindre un lectorat élargi constituant le paysage diversifié de Québec. » (Dr Aubrey L. Glazer, Rabbin, Congrégation Shaar Zion)

    Certes, mais ce genre de décision, demeurant possiblement conforme à l’esprit éditorial du Le Devoir, étonne, d’autant plus qu’elle publie une seule fête pascale (celle du christianisme), et ce, en cherchant à établir lien de « parenté spirituelle » d’avec un des écrits de Wiesel (La nuit) sur ou concernant l’association fautive ou intolérable de cet « Enfant pendu à la Potence » avec le « Crucifié de la Croix » ; une association suspecte et dangereuse !

    De ce qui précède, et avec inspiration, vaut mieux sortir d’Égypte, s’en sortir plutôt que …

    … ?!? … - 23 avril 2019 –

    Ps. : Merci pour votre honorable plume !