L’expropriation de Mirabel, 50 ans plus tard

27 mars 1969. Ce jour-là, les habitants de ce vaste territoire qui deviendra Mirabel en 1972 apprenaient par la radio qu’ils étaient expropriés par le gouvernement fédéral pour la construction de l’aéroport international de Montréal.

Un demi-siècle plus tard, de quoi se souvient-on au juste ?

J’ai demandé à ma fille âgée de 40 ans ce que cet événement évoquait pour elle. « Ce qui me frappe dans cette affaire-là, dit-elle, c’est la démesure. Tout était démesuré, y compris les injustices envers la population. »

Empruntons cette voie. La démesure de ces 97 000 acres de terrain que le fédéral s’est appropriés. La démesure du nombre de personnes touchées, ces 12 000 agriculteurs, commerçants et résidents dont la vie venait de basculer. La démesure des injustices commises, des souffrances vécues. L’ampleur du mouvement de résistance et de solidarité, orchestré par le Comité des expropriés, soutenu par les centrales syndicales et par un grand nombre d’artistes du Québec, en lien avec d’autres regroupements d’expropriés (Forillon, Kouchibouguac, Pickering). La démesure des tensions entre le fédéral et le provincial, et les conséquences sur toute la population. L’immense victoire que cette rétrocession de 80 000 acres de terres gagnée en 1985. L’ampleur de la fierté des expropriés, cette dignité que procure le fait de s’être tenus debout, solidaires dans l’adversité. L’immense fierté ressentie à leur tour par les descendants des expropriés à l’égard de leurs ancêtres. La démesure des défis de revitalisation de cette vaste municipalité. La démesure de l’échec du projet aéroportuaire prévu à l’origine. La démesure des défis de reconversion de la zone aéroportuaire de 6000 acres, toujours propriété fédérale, désormais recentrée autour du développement aéronautique et de l’aviation privée.

27 mars 2019. Quel est le sentiment dominant chez ceux et celles qui soulignent ce 50e anniversaire ? Peut-être est-ce surtout cette fierté d’avoir affronté la démesure des épreuves et des défis, dans cette Mirabel devenue au fil des ans à la fois un territoire agricole bien vivant et une des banlieues les plus attractives de la couronne nord de Montréal. Les descendants des expropriés garderont ce sentiment en mémoire.

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8 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 27 mars 2019 08 h 28

    Un rappel judicieux

    Le Québec n’a pas connu d’expropriations massives depuis des décennies, soit depuis Mirabel et le parc Forillon.

    Le rappel de ces dépossessions brutales est de mise alors qu’un pipeline doit traverser le Québec d’ici 2030.

    À cette fin, le gouvernement Couillard a accordé la droit d’expropriation aux pétrolières et se lave donc les mains à l’avance des drames humains que cela provoquera.

    Le PQ a décidé qu’il abolira ce droit s’il était élu, mais a conservé secrète cette décision, laissant à QS la primauté du discours politique environnementaliste. Avec le résultat qu’on sait.

    • Claude Bariteau - Abonné 28 mars 2019 08 h 54

      Avec ce rappel, il faudrait aussi informer que le choix de Mirabel fut une décision uniltérale du gouvernement canadien, celui du Québec ayant insité pour que cet aéroport soit localisé sur la rive-sud de Montréal ou, à défaut, au nord-est de Montréal plutôt qu'au nord-ouest comme lien avec Ottawa.

      Qui plus est, il faudrait montrer les incidences de la décision canadienne sur l'aménagement à la canadienne du territoire du Québec, ce que conforte le REM 50 ans plus tard en branchant l'aéroport de Dorval, devenu un aéroport régional dénommé Pierre-Elliott-Trudeau, au centre de Montréal et à celui de Toronto après que l'aéroport Pearson soit depuis reocnnu le lieu de transit international du Canada.

      On banalise ces points en ciblant surtout les expropriations démesurées alors qu'ils sont des avancées stratégiques du Canada pour modeler le Québec à ses vues centralisatrices.

    • Suzanne Laurin - Abonné 28 mars 2019 09 h 01

      M. Bariteau, vous trouverez cette analyse détaillée et documentée dans le livre L'Échiquier de Mirabel, Boréal, 2012.
      Là, il fallait faire court et cibler un angle. Si vous voulez discuter du contenu du livre, ça me fera plaisir ;-).

  • Gilbert Troutet - Abonné 27 mars 2019 09 h 50

    Récompenser l'incompétence et le mépris

    Je me souviens d'avoir entendu à l'époque Gérald Godin nous dire : « C'est quoi le French Power à Ottawa ? Exemple : Mirabel ? » En effet, où sont les politiciens qui ont décidé d'exproprier les habitants de Mirabel pour en faire un soi-disant aéroport international, pour décider ensuite de se rabattre sur Dorval ? C'est Mirabel, et non Dorval, qu'on aurait dû affubler du nom de P-E Trudeau. Au contraire, on a décidé de récompenser l'incompétence et le mépris.

  • Claude Gélinas - Abonné 27 mars 2019 10 h 16

    Soutenons la lutte des Pollués de l'aéroport Montréal-Trudeau.

    On ne répétera jamais assez que cette décision d'exproprier les plus belles terres du Québec sans l'aval du Gouvernement du Québec fut une démonstration évidente de ce signifie une dépossession du territoire et le règne de l'arbitraire. Une expression sans lendemain suivie de l'abandon de ce projet pour se poursuivre en pleine métropole par le développement de l'aéroport Montréal-Trudeau.

    Un aéroport qui impose une pollution sonore à toute une population alors que le Pollués de Montréal-Trudeau se voient refuser une cessation de mouvement la nuit alors que malgré les recommandations de la Santé publique, le Gouvernement tarde à adopter une Loi pour un environnement sonore sain.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 27 mars 2019 15 h 09

    Le bien nommé « PET-Airport »

    Et toutes ces maisons de ferme inutilement brûlées...

    Les jeunes n'ont pas l'idée de l'ampleur de cette coûteuse et inutile démesure.

  • Gilles Gagné - Abonné 27 mars 2019 15 h 56

    Démesure et déshonneur

    Merci de ce rappel et j'y ajouterais que la bassesse des tenants de la démesure libérale en a rajouté une couche en rebaptisant l'aéroport que l'on voulait fermer au nom de celui qui voulait la fermer. Et ça passe encore, ahurissant!