Aide municipale à mourir…

Le village de Pointe-Claire est l’un des deux derniers qui restent sur l’île de Montréal. Témoin de l’histoire de l’île de Montréal, il est toujours debout et bien vivant.

Or, le jeudi 21 mars 2019 à minuit moins une, trois élus de la ville de Pointe-Claire (membres du comité de démolition) ont accepté qu’une copropriété de 15 logements soit érigée en lieu et place du Pionnier, en plein coeur du village. L’édifice proposé va à l’encontre du plan particulier d’urbanisme dont la ville s’était dotée en 2016 et, de ce fait, signe l’arrêt de mort du village.

Les craintes bien réelles exprimées pendant plusieurs heures par des centaines de citoyens présents (ce groupe de dissidents ayant été qualifié de « la roue grinçante du carrosse » par le maire de Pointe-Claire, John Belvedere), lors de la réunion du comité de démolition jeudi soir dernier, n’ont pas été écoutées. Cela n’a pris que 15 minutes au comité pour rendre sa décision : le projet est approuvé. Il ne fait maintenant plus aucun doute que le projet devait l’être bien avant la réunion, laquelle avait sans doute pour seul but de donner un semblant d’apparence de consultation publique, alors que seuls les intérêts financiers du projet ont été considérés.

Ce matin au réveil, j’ai entendu mon vieux village me souffler à l’oreille qu’il n’était pas prêt à s’en aller, qu’il ne voulait pas mourir. Comment, quelques mortels de passage qui n’y vivent même pas pouvaient-ils décider du moment de sa mort ? Après tout, mon vieux village a réussi à survivre jusqu’à aujourd’hui, malgré un incendie majeur et bien d’autres tentatives d’homicides volontaires visant à le rajeunir, à le moderniser ou à le maquiller.

C’est vrai que son âge se compte par centaines, c’est dire ! Et même imparfait, le village de Pointe-Claire demeure un vrai village, avec un coeur, une âme, et des édifices à hauteur de citoyens.

Mon vieux village se souvient de sa première école, de son moulin, de la croix du voyageur (toujours en place). Mon vieux village, malgré son âge, sait faire de la place à ses arrière-arrière-arrière-petits-enfants. Il les regarde avec fierté jouer au soccer, au tennis ou au hockey dans le parc Bourgeau. Avec douceur, en vrai grand-père, il prend la main des tout-petits pour les emmener goûter une crème glacée. Mon vieux village aime, aux premiers rayons de soleil, voir se croiser des amis et des voisins sur ses trottoirs ou prendre un café sur une de ses terrasses. Et mon vieux village a les yeux pétillants quand il observe tous ces jeunes aventuriers faire du cerf-volant sur son lac, été comme hiver. Mon vieux village est content que des familles aient décidé d’élever leurs enfants tout près de lui, près de son coeur. C’est justement cette vie qui le conserve en beauté. Mon vieux village me dit qu’il est encore jeune et qu’il n’a pas besoin de chirurgie plastique pour rester vivant. Mon vieux village me dit surtout :

Je sais que, si l’on tente sur moi une greffe de 15 condos, je ne survivrai pas ! Ce sera la fin pour moi. Mais je ne suis pas prêt à partir. Alors, pourquoi, pourquoi ?

Qui peut stopper l’aide municipale à mourir dont je ne veux pas ?

Qui peut aider ceux et celles qui m’aiment, malgré mon âge, et qui me trouvent encore assez attirant et accueillant ?

Qui a ce pouvoir de me protéger pour que je puisse encore raconter, longtemps, mon histoire à d’autres générations ?

Ceci est un appel à l’aide.

Est-ce que quelqu’un m’entend ?

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

2 commentaires
  • Bernard LEIFFET - Abonné 25 mars 2019 07 h 41

    Mon village, ma maison..

    Quel beau texte à la défense du patrimoine, le patrimoine de tous! Les temps modernes ne sont pas garants ni moralement ni financièrement de le protéger contre ceux et celles pour qui la rentabilité prime sur le passé, celui des aïeux! Il faut manquer d'humanisme pour être insensible à ce cri du coeur que je partage avec vous Madame Cantin!
    Installés en Gaspésie, dans la baie des Chaleurs, après ma retraite d'enseignant de cégep, avec mon épouse nous avons rénover une vieille maison érigée par des loyalistes dont les premiers éléments datent de 1827. Bien que non inscriste comme maison du patrimoine, elle fait partie de l'histoire locale avec son ancien poste de télégraphe et d'ancien bureau de poste...Bref, étant donné l'état des lieux, nous n'avons pu la restaurer exactement comme il aurait fallu, mais c'est avec fierté que chaque été des touristes s'arrêtent pour la prendre en photo avec en prime des parterres de fleurs et la plantation d'une chênaie qui fait le bonheur de tous! À notre façon, nous partageons le plaisir de protéger le patrimoine bâti et l'environnement.
    Partageons ce plaisir..

  • Hélène Cantin - Abonnée 25 mars 2019 15 h 52

    Réconfortant

    Merci pour votre appui qui fait du bien au coeur de mon vieux village.