Le crucifix: un symbole puissant

Illustration: Le Devoir

Autrefois, lorsque je regardais un crucifix, j’y voyais surtout la souffrance. Mais depuis que j’ai lu cet extrait d’un des sermons de saint Antoine de Padoue, qui montrait un crucifix : « Si tu regardes bien, tu pourras te rendre compte à quel point sont grandes ta dignité humaine et ta valeur… Nulle part l’homme ne peut se rendre compte de ce qu’il vaut, qu’en regardant dans le miroir de la croix », tout a changé. J’y vois maintenant un amour gratuit et immense et je me suis empressée de poser un crucifix, dans ma chambre, devant mon lit. Le crucifix est un rappel constant du plus grand amour que l’on puisse donner et recevoir, comme l’a dit Jésus : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Quel bel exemple pour nos élus qui devraient toujours s’en inspirer avant de parler, de poser certaines actions ou de voter des lois. Gardons le crucifix à l’hôtel de ville de Montréal et à l’Assemblée nationale. Ne nous privons pas d’un symbole aussi puissant, héritage des valeurs qui ont fondé ce pays.

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9 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 23 mars 2019 07 h 21

    Un Québec sécularisé

    Le Québec a connu jadis une forme de théocratie. Le pouvoir venait de Dieu (et soumis à lui) et le Québec baignait dans une atmosphère religieuse. Le crucifix avait toute sa place dans les lieux publics. Cela faisait partie de la normalité. Autre temps, autres moeurs; le Québec est en très grande partie devenue une terre sécularisée.
    Le crucifix n'est plus un symbole puissant pour une majorité de citoyens: il est devenu pour plusieurs un simple objet patrimonial destiné à un musée ou plutôt un ''espace muséal''... et encore là! Dans pareil contexte social, Il me semble de mise que le crucifix ne soit plus présent dans les lieux publics, y inclus à l'Assemblée nationale. N'étant pas un adepte d'un Christ, objet de musée... je souhaiterais que les crucifix en lieux publics soient tout simplement remis aux autorités religieuses. Au nom de la séparation de l'Église et de l'État, telle que vécue au Québec du XXIè siècle.

    Michel Lebel

  • Jean-François Trottier - Abonné 23 mars 2019 07 h 53

    Les symboles dépassent leur dimension immédiate

    ...sinon ils ne seraient pas des symboles.

    En général les gens parlent de signes, pour en atténuer la portée. La démagogie aime les amalgames et les effets de manche.

    Je veux souligner mon respect pour votre attachement à l'un de ces symboles.

    Les symboles ont en effet une force qui transcende l'humain et, quand il s'agit de symboles religieux, l'humanité.

    C'est pourquoi, pour ma part, je souhaite que le crucifix soit placé ailleurs que dans le Salon Bleu, par exemple une pièce adjacente qui fera office de musée.
    Déjà l'Église catholique l'avait compris en retirant les uniformes rigides des soeurs des institutions, tout en leur gardant une petite croix.

    La Salon Bleu est humain et ne reconnaît que les valeurs humaines. Celles-ci ne sont pas universelles, ni transcendantes mais dépendent, en théorie du moins, de réalités tangibles, dont l'obligation de toujours trouver une forme de consensus dans la population sous peine de perdre les élections suivantes.
    Ceci implique des discussions qui n'ont rien à voir avec la recherche d'une vérité absolue. Le crucifix devient dès lors un mensonge, ce que personne ne lui souhaite.

    Celui qui a installé le crucifix, Duplessis, était un grand ami de gens qui ont spollié l'État et les gens le plus possible, compagnies minières, forestières, électriques et financières.
    La présence du crucifix reste pour moi, comme pour toutes les grandes déclarations des politiciens, bourrées de beaux et vagues sentiments ainsi que de justice, extrêmement suspecte.

    Je vous remercie pour votre témoignage qui dit bien la puissance des symboles (et des signes), tout en étant en total désaccord avec vous quant à cette présence.

  • Marc Therrien - Abonné 23 mars 2019 08 h 09

    Un symbole puissant qui revêt plus d'une interprétation.


    Donner sa vie par amour pour sa patrie était (est) aussi la passion des hommes qui aiment faire la guerre. John Locke (1632-1704), un des fondateurs de la notion d’ «État de droit», a été une partie prenante très active de cette époque marquée par la fin de la guerre des religions où on a commencé à séparer la politique, qui s’occupe du monde présent, de la religion qui s’occupe du monde de l’au-delà.

    Marc Therrien

    • Michel Lebel - Abonné 23 mars 2019 10 h 38

      @ Marc Therrien,

      Je ne partage pas votre dichotomie: la religion, du moins la catholique, ne sépare pas ainsi complètement les choses. Le catholicisme s'occupe de tout l'homme, d'ici et de l'au-delà. Je reconnais cependant que sa principale préoccupation est l'au-delà, le salut, la vie éternelle. Mais pour cette religion la vie éternelle est évidemment déjà commencée.

      M.L.

  • Bernard Dupuis - Abonné 23 mars 2019 11 h 30

    Le symbole d'affliction des Canadiens français

    Sans le crucifix, mes arrière-grands-parents et mes grands-parents n’auraient peut-être pas le courage d’endurer tant de souffrances, tant de pauvreté, tant d’exploitation. Peut-être se seraient-ils enlevé la vie. Mais non, ils ont perduré.

    Il est certain que pour moi et mon temps ce symbole d’affliction ne représente rien d’autre qu’une croyance religieuse qui valorise la souffrance plutôt que la joie. La souffrance de ma vie ordinaire ne représente rien comparée à la souffrance de mes pères. Grâce à leur labeur, je bénéficie aujourd’hui d’un certain confort et d’une certaine joie de vivre. Toutefois, jamais je n’oublierai ce que ce symbole représentait de consolant pour eux.

    Toutefois, c’est pour cette raison même que je voudrais que le crucifix ne trône plus au-dessus de l’Assemblée nationale. Le respect que je lui porte à cause de mes pères m’amène à souhaiter qu’il occupe un lieu plus digne et plus représentatif de notre patrimoine culturel et humain. La plupart des membres de l’Assemblée nationale ignorent la véritable signification de ce symbole dans l’histoire des anciens Canadiens.

    Bernard Dupuis, 23/03/2019

  • Pierre Desautels - Abonné 23 mars 2019 13 h 53

    Vous avez dit "valeurs"?


    "Ne nous privons pas d’un symbole aussi puissant, héritage des valeurs qui ont fondé ce pays."

    Certes, nous devons prendre soin de notre patrimoine religieux, et le gouvernement devrait même y consacrer des sommes pour prévenir le saccage éhonté de nos églises. Mais dans le cas du crucifix de l'Assemblée nationale, il ne représente pas de belles valeurs et ne fait pas partie d'un patrimoine dont nous pouvons être fiers.

    En effet, c'est sous ce crucifix politico-religieux que le cheuf Duplessis et ses acolytes vociféraient contre le droit de vote des femmes et votaient pour la loi du cadenas. Ce crucifix est aussi un symbole précurseur de la Grande Noirceur. Pour les valeurs, il faudra trouver d'autres symboles plus inspirants.

    • Bernard Dupuis - Abonné 24 mars 2019 17 h 54

      Il me semble qu’il ne faut pas confondre l’instrumentalisation de ce symbole et la signification du symbole lui-même. C’est un peu comme Denis Coderre qui porte la casquette des expos pour se rendre populaire. Le crucifix que Duplessis avait fait placer à l’Assemblée nationale n’avait pas nécessairement le même sens que celui que nos grands-pères accrochaient dans les cuisines glacées de leurs maisons en hiver.

      Ce n’est pas parce que Duplessis vociférait contre le vote des femmes en présence du crucifix que cela donne une signification anti suffragette au crucifix. Comme je le montre ci-dessus, il est probable que Duplessis ne connaissait même pas le véritable sens du crucifix dans l’histoire du peuple québécois. Il s’en servait vraisemblablement comme Denis Coderre se sert de la casquette des expos : pour mousser sa popularité.

      Ce n’est pas parce que pour nous ce symbole a un sens péjoratif, et même masochiste, qu’il faut penser que le sens que nous lui attribuons aujourd’hui est le même que celui que nos ancêtres lui donnaient. Aujourd’hui, le crucifix est remplacé par autre chose. Penser à nos contemporains qui se prosternent devant les vedettes du rock pour oublier leur mal de vivre. Ainsi, le crucifix avait un rôle similaire à celui d'une vedette rock contemporaine.

      Selon les époques, les symboles culturels changent de formes et de sens. Ce qui était valable à l'époque peut ne plus rien valoir aujourd'hui. Il faut donc faire toutes les distinctions qui s'imposent.