Marguerite Yourcenar et la montée des eaux

Illustration: Le Devoir

Alors que les eaux montent, que les villes se retrouvent sous le niveau de la mer et que l’on cherche des moyens pour s’en préserver — à La Nouvelle-Orléans, à Miami, à New York —, on se tourne bien sûr vers l’expertise des Pays-Bas en ce domaine.

Dans son livre Archives du Nord (1977), Marguerite Yourcenar retourne à l’origine de son pays natal, la Belgique, le voisin des Pays-Bas, dans un premier chapitre intitulé « La nuit des temps ». Elle y parle d’un déluge.

« Pas de celui, mythique, qui engloutit le globe […] mais de ces immémoriales marées hautes qui, au cours des siècles, ont recouvert, puis laissé à nu, la côte de la mer du Nord, du cap de Gris-Nez aux îles de Zélande. Les plus vieux de ces empiétements datent de bien avant l’homme. La longue ligne de dunes obliquant vers l’est s’est ensuite effondrée de nouveau aux temps préhistoriques, puis vers la fin des temps romains. Quand on chemine dans la plaine qui va d’Arras à Ypres, puis s’allonge, ignorante de nos frontières, vers Gand et vers Bruges, on a le sentiment d’avancer sur un fond dont la mer s’est retirée la veille, et où il se peut qu’elle revienne demain. »

En relisant les belles pages de Marguerite Yourcenar (1903-1987), la première femme élue à l’Académie française, on est frappé par la fragilité des côtes de la Flandre et de toutes les côtes marines.

Aux temps préhistoriques, les humains étaient nomades et s’adaptaient plus facilement aux bouleversements de la terre et des mers. La terre bougeait et eux avec elle.

Aujourd’hui, les cadastres de nos pays nous ont donné l’illusion d’une possession des terres et de leur immuabilité. Or, il n’en est rien et la croûte terrestre continue de bouger comme une couverture en partie plongée sous les eaux.

En cheminant dans cette Flandre, l’auteure a « le sentiment d’avancer sur un fond dont la mer s’est retirée la veille, et où il se peut qu’elle revienne demain ».

Or, ce sentiment nous frappe maintenant par sa terrible actualité, car la fonte des glaces fait remonter le niveau des mers de façon de plus en plus visible. Toutes les côtes et toutes les îles en sont touchées. La mer ne reviendra pas « demain », elle a déjà commencé à le faire.

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1 commentaire
  • Louise Bellavance - Abonnée 22 mars 2019 16 h 19

    Marguerite Yourcenar

    Voilà un article bref et concis qui nous apprend quelque chose d'intéressant d'une manière originale...J'ai bien appécié de lire cette citation de la merveilleuse et visionnaire Marguerite.