Le syndrome de Gertrude

On a souvent dit de certains politiciens qu’ils avaient eu le tort de se couper de la population en s’enfermant dans leur tour d’ivoire. Il semble que la députée ex-péquiste Catherine Fournier en ait inventé une nouvelle version sur un espace à peine moins exigu, soit de s’imaginer que les préoccupations de son environnement militant immédiat constituaient un microcosme de la population en général qui, elle, a bien d’autres chats à fouetter.

Comme la candidate libérale Gertrude Bourdon, qui croyait « marquer l’histoire » par sa seule apparition, madame Fournier semble penser que sa propre personne peut être au centre de l’« électrochoc » dont elle estime que les souverainistes ont besoin pour se relancer. Qu’on parlera d’elle pendant des semaines, voire des mois, comme de celle grâce à qui tout a miraculeusement redémarré. Qu’elle réussira là où tant d’autres bien plus influents qu’elle se sont cassé les dents. Que sa suggestion de mai 2016 de forcer les Québécois à se brancher par référendum entre l’indépendance et un très illusoire fédéralisme renouvelé ne nuit pas à sa crédibilité en matière de rapprochement des trop nombreuses factions indépendantistes.

Or, loin de susciter ce désir d’unité au sein des forces indépendantistes qu’elle dit vouloir insuffler, son geste d’éclat a déjà pour effet d’intensifier la rivalité entre le PQ et QS. Le réflexe immédiat de QS de vouloir ravir au PQ le statut de deuxième opposition montre bien à quel point ce parti est à des années-lumière de vouloir se joindre à quelque coalition que ce soit. Et ce départ fracassant ne fera qu’ajouter à l’image de panier de crabes que traîne la mouvance indépendantiste. Il est donc à craindre que la sortie de madame Fournier ne nuise pas qu’au PQ, mais au mouvement indépendantiste tout entier. Et à Catherine Fournier elle-même qui se sera brouillée avec ses plus proches alliés.

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13 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 20 mars 2019 01 h 34

    « (…) panier de crabes (…) » (Christian Gagnon)



    Bah! Même en dépit des cages à homards, il y a toujours du repêchage

  • Jean Thibaudeau - Abonné 20 mars 2019 05 h 18

    Oh wow!

    Heureusement que nous avons M. Gagnon pour nous "traduire" les propos de Catherine Fournier (qui m'avaient pourtant semblés exprimés en très bon français!). "Elle semble penser que" ceci, cela et encore cela... C'est bizarre, je n'avais absolument rien compris de tout ça en l'écoutant.

    Une fois tout réinterprété à sa façon, il nous apprend que sa stratégie n'a pas fonctionné étant donné que QS s'est empressé de réclamer le statut de 2e opposition officielle. Wow! TOUTE une démonstration, ça!

    "Lettre" à oublier. Je passe à un autre appel.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 21 mars 2019 07 h 50

      Vous êtes à côté de la plaque, M. Jean Thibaudeau; cette lettre n'est pas à oublier, elle est excellente.

      Votre statut de quésoliste vous l'a fait mal lire.

  • Nicole Delisle - Abonné 20 mars 2019 08 h 00

    Une véritable erreur politique!

    Je suis assez d’accord avec vous M. Gagnon. Je ne comprends pas du tout la décision de Mme Fournier.
    Et je comprends mal la façon dont elle s’est retirée de son parti, sans vraiment en parler avec ses collègues
    et sans leur en parler avant son départ. Il y a là un manque de respect et de solidarité politique. C’est extrêmement décevant comme attitude. Comment croire qu’elle fera avancer la cause de l’indépendance
    en étant hors du circuit politique? Alors qu’elle a participé à l’élaboration du congrès à venir, elle s’en soustrait avant même de voir ce qu’il en ressortira. A-t-elle subi une influence quelconque et si oui, laquelle?
    L’avenir nous le dira, mais pour l’instant, après ces quelques jours où elle était sous les feux des médias, suite à sa défection, elle risque fort de se trouver bien vite dans l’ombre. Elle cause un tort au parti qu’elle représentait jusqu’à tout dernièrement et le laisse dans l’embarras, sans parler des électeurs qu’elle a un peu trompés. Prétendre que le parti va s’effondrer, qu’il n’est plus le véhicule souhaité pour arriver au but, c’est se méprendre. Voir Québec solidaire vouloir ravir le titre de deuxième opposition suite à cela, c’est voir leur nature profonde de détruire les forces souverainistes plutôt que de les mettre en présence. C’est du tape à l’oeil pour épater la galerie, comme ils ont fait en campagne électorale, alors que même l’option ne cadre même pas avec leur parti. Ce n’est pas en tirant chacun de son côté que l’indépendance se réalisera un jour. Encore faut-il s’unir et laisser son égo de côté pour bâtir un pays! Mais certains jeunes sont trop centrés sur eux-mêmes pour le comprendre, et c’est bien dommage. Leur « moi « est plus fort que le « nous »!

  • Pierre Samuel - Abonné 20 mars 2019 08 h 27

    Le panier de crabes...

    M. Gagnon:

    Sempiternel problème du mouvement < indépendantiste-souverainiste-associationnisite advienne que pourra...> depuis plus d'un demi-siècle : la règle du < chacun pour soi > ! Combien de sabordages, de luttes internes, de tergiversations sur l'influence des queues de poissons sur l'ondulation des vagues... pour en arriver à quoi sinon à l'évidence même d'un impossible consensus minimal d'autant plus évident face à l'écartèlement politique mondial autant que québécois. Comment s'y retrouver hors de ces luttes intestines entre miltants intransigeants et acharnés, spécialistes du harakiri ?

    Dans pareille situation comment peut-on convaincre quelqu'autre que ses propres pairs ? Alors que le résultat du référendum escroqué d'il y a un quart de siècle aurait logiquement dû provoquer un mouvement de révolte sans précédent, on a plutôt assisté au déclin inexorable, auquel a contribué généreusement le désastreux intermède Marois-Drainville, au déclin définitivement inexorable d'un incontournable rassemblement de forces vives disséminées plus que jamais en < chapelles ardentes > où chacun tente désespérément d'y sauver sa peau tout en grapillant avidement du malheur d'autrui. Atavisme bien québécois, quoi qu'on y fasse et quoi qu'on en dise ...

  • Danièle Jeannotte - Abonnée 20 mars 2019 08 h 56

    Et le syndrome Catherine?

    Votre parallèle avec l'ineffable candidate libérale ne souffrant d'aucun complexe d'infériorité est très juste mais j'en vois un autre : dans le désir de faire parler de soi par tous les moyens et de balayer du revers de la main ce qui peut constituer un obstacle à sa popularité, je vois une parenté avec notre poétesse nationale en Doc Martens, cette autre Catherine, qui semble croire que ses idées valent de l'or puisqu'elle les sème aux quatre vents sur toutes les plate-formes sans jamais en douter une seule seconde. Il est vrai qu'un parti en déclin n'est pas exactement un terreau fertile pour se bâtir une étincelante carrière et notre Catherine (Fournier) a dû se dire qu'il était temps de mettre les voiles. On a parlé d'elle pendant des jours et on a profité de la démission de cette personne, dont je ne connaissais même pas l'existence, pour souligner ad nauseam l'état de déliquescence de ce malheureux parti et proclamer une fois de plus sa fin prochaine. Comme la création d'un nouveau parti indépendantiste est douteuse (QS n'est-il pas un parti indépendantiste? Ça ne paraît pas beaucoup), j'ai hâte de voir où elle ira planter ses pénates. Le rôle de députée indépendante est ingrat et ne rapporte pas beaucoup de dividendes en popularité. À suivre.