Le déni

Si le Parti québécois ne doit pas disparaître — ça semble être le souhait du Devoir —, alors le péquisme, lui, doit certainement mourir car il est la cause première de son propre déclin depuis un bon moment déjà. Catherine Fournier l’a très bien compris. Et le péquisme se résume en un seul mot : le déni. Le PQ a raté toutes les occasions depuis bientôt 24 ans de se faire face, c’est-à-dire de reconnaître les raisons profondes qui l’empêchent de défendre son option. C’est avec un mélange d’incrédulité, de désarroi et de profonde frustration que j’ai observé ce parti refuser de reconnaître ses peurs, ses doutes, son manque de confiance, sa peur de faire peur, ses tendances victimaires, voire sa honte. Au lieu de se regarder lui-même dans le miroir, il a cherché un sauveur. Tout s’est passé comme s’il avait souhaité l’émancipation de son peuple sans passer lui-même par l’étape incontournable, essentielle, de sa propre émancipation. On ne se décolonise pas en faisant semblant d’être au-dessus de cette condition. On la reconnaît, on l’assume ; on va à la racine de son propre mal, et on le dépasse. C’est la grande différence entre les souverainistes d’ici et ceux d’ailleurs : les souverainistes catalans, écossais et autres ont entrepris leur émancipation intérieure, ils ont une maturité qui fait défaut ici.

Quand j’ai vu l’effondrement du PQ aux dernières élections, moi qui ai pourtant voté pour ce parti, j’ai senti un soulagement : enfin, l’agonie était finie, le parti qui devait incarner la fierté québécoise, mais qui est devenu le miroir insupportablement fidèle de tous les complexes du Canadien français, sortait de scène. On ne peut alors blâmer certains indépendantistes décomplexés (et fatigués) de vouloir repartir à neuf. Comme on a refusé le courageux examen de conscience ou la thérapie, il n’y a pas eu de guérison. Sans guérison, il y a mort certaine. Comme on dit en France, il faut repartir sur de nouvelles bases… saines.

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19 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 18 mars 2019 03 h 35

    Anarchiste

    Cette lettre est pratiquement un exemple parfait d'anarchisme. On n'aime pas la situation, on blâme les organisations en place et on suggère la solution anarchique i.e. on casse tout et ce qui sera reconstruit sera meilleur. Ça me fait penser aux gilets jaunes, tiens.

    • Jean Thibaudeau - Abonné 18 mars 2019 16 h 53

      Serge Lamarche
      Argumentation facile et surtout commode pour ne pas se remettre en question. C'est précisément dans la tradition péquiste de blâmer tout le monde autour plutôt que d'admettre qu'ils ne font que multiplier les bourdes depuis 1995. Mais ceux qui en ont assez de cette attitude n'ont guère le choix que de prendre acte de cette attitude et de constater que des tas de souverainistes ont quitté pour QS, pour la CAQ, ou sont sortis des partis politiques. Sans parler des jeunes qui ne veulent même plus entendre parler du PQ et de la population qui le délaisse plus que jamais.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 19 mars 2019 09 h 41

      Les grands responsables de la défaite du PQ et du projet d'indépendance du Québec, ce sont les électeurs québécois qui ont peur de la responsabilité de s'occuper de leurs affaires.

      Cette manie maladive de blâmer les autres, de trouver un bouc émissaire et de varger dessus finit par excéder.

      À tous ceux et celles qui voudraient mettre la faute ailleurs, commencez donc par d'abord vous regarder en pleine face.

  • Jean Sauvageau - Abonné 18 mars 2019 06 h 33

    Qui est l'auteur de cette lettre?

    Lettre qui est autrement très à propos. Sobres félicitations ...

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 mars 2019 08 h 13

    C'est de qui, cette lettre ?

    J'ai cherché

    • Carmen Langlois - Abonnée 18 mars 2019 08 h 14

      Mai oui, qui est ce corbeau?

  • Cyril Dionne - Abonné 18 mars 2019 10 h 23

    Ah ! une belle lettre anonyme

    Ceci dit, sans occulter que le Parti québécois a fait des erreurs dans son parcours, il faut bien reconnaître qu’il n’est pas l’artisan de son propre malheur. Ce serait malhonnête intellectuellement que de professer l’errance de la direction du PQ sans regarder l’œuvre de ses adversaires. Ils ont mis en place une politique à la Lord Durham 2.0 pour justement arriver à leur but afin de briser l’élan d’indépendance qui sommeille au fond de tout être vivant voulant vivre dans la dignité.

    Qu’est-il arrivé depuis 1995? La diabolisation du nationalisme, l’apparition de cours religieux obligatoires (ECR - éthique et culture religieuse) pour endoctriner les jeunes au multiculturalisme et mondialisme, les médias fédéralistes telle que Radio-Canada et maintenant le Devoir qui se sont donnés à cœur joie de pondre des produits multiculturelles pour culpabiliser les Québécois et sans oublier, l’impact de la technologie sur la vie de tous les jours.

    Maintenant, ceci a produit deux générations d’enfants rois qui versent dans l’hyper-individualisme et qui ne savent même pas d’où ils viennent, qui ils sont et où ils s’en vont. Ils embrasent les politiques étrangères du libre-échange et du mondialisme comme étant les leurs sans comprendre l’impact de celles-ci sur la vie de tous les jours. Se définissant comme citoyen du monde et de nulle part, ils n’ont pas compris que la politique du libre-échange les a appauvris tout en en enrichissant le 1% de ce monde. Ils n’ont pas compris que les salaires n’ont jamais augmenté depuis plus de 50 ans pour les gens ordinaires et que la technologie masque les effets pervers de la mondialisation.

    Pour avoir une guérison et pour repartir sur des nouvelles bases selon notre lettre anonyme, il faudra un électrochoc « trumpien ». Ni plus, ni moins. Si le remède n’est pas porteur de troubles et de désordres au sein du mouvement indépendantiste, il n’aura jamais une guérison. Et le remède ne s’appelle pas Catherine Fournier ou Québec solidaire.

    • Paul-Marie Bernard - Abonné 18 mars 2019 16 h 39

      Commentaire très pertinent! Merci, monsieur Dionne!

  • Guy Ducharme - Abonné 18 mars 2019 10 h 53

    Volonté de remise en question au PQ

    Le PQ s'est engagé dans une démarche de réflexion et de renouvellement. Il proposera son plan d'action à son Conseil national de la fin mars. Tout sera remis en question, d'après ce qu'on nous dit, sauf l'engagement envers l'indépendance, qui sera réaffirmé. Un congrès national extraordinaire est ensuite prévu (automne 2019) et devrait mener à l'adoption des priorités du parti et d'une déclaration de principe. Finalement, une course à la chefferie devrait avoir lieu en 2020. La volonté de remise en question et de changement semble être vraiment présente. Alors pourquoi ne pas attenndre les résultats de cette démarche avant de poser un diagnostique de mort imminente?

    • Jean Thibaudeau - Abonné 18 mars 2019 16 h 45

      "Le PQ s'est engagé dans une démarche de réflexion et de renouvellement". En apparence, oui. Mais ce discours a été servi trop souvent dans le passé pour qu'il ne soit pas légitime, et même sain, de l'accueillir avec méfiance, voire scepticisme.

      Chose sûre, la balle est maintenant dans le camp des péquistes. Ils n'ont plus droit à l'erreur. Ils auront intérêt à être extrêmement convaincants, car aux yeux de beaucoup de souverainistes et de la population, ils partent avec 2 prises au bâton contre eux.