Santé Canada, vraiment?

Je ne suis pas un spécialiste du glyphosate, mais plutôt un observateur qui n’aime pas ce qu’il voit dans l’usage du Roundup en agriculture. La compagnie Bayer, longtemps associée aux remèdes pharmaceutiques, est-elle passée dans le camp adverse responsable de maladies, en faisant l’acquisition de Monsanto, propriétaire de la marque Roundup, cet herbicide controversé ?

Pourquoi le monde scientifique est-il divisé sur la question de l’utilisation du glyphosate comme désherbant ? Si certains chercheurs, souvent à la solde de l’industrie des herbicides, nient le potentiel de dangerosité de ce produit sur la santé et l’environnement, d’autres affirment le contraire en se basant sur des études indépendantes. Certains pays, comme la France, se sont montrés prudents face à ces herbicides en restreignant l’homologation de ces produits à cinq ans. Quant à lui, le Canada sous la gouverne de son agence de santé, a ouvert les vannes pour une durée de quinze ans. Par principe de précaution et comme il n’y a pas de fumée sans feu, Santé Canada n’aurait-il pas dû se méfier de Monsanto qui finance des recherches en inondant le monde scientifique pour éteindre les feux ?

Là où le bât blesse encore plus, c’est lorsque l’on apprend que des agriculteurs utiliseraient le Roundup en le pulvérisant sur des champs de céréales pour faciliter la récolte juste avant la moisson. Le glyphosate serait épandu sur une récolte presque mûre, forçant la plante à concentrer toute son énergie sur les graines affectées par le produit. N’oublions pas que ces mêmes graines seront à terme transformées en farine pour la fabrication du pain, des pâtisseries, des pâtes sèches et autres aliments que nous consommons quotidiennement.

Ces comportements sont nuisibles à la santé et à l’environnement. Santé Canada ne devrait-il pas se pencher sur cette question, puisqu’il en va justement de la santé des Canadiens ?

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20 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 5 mars 2019 00 h 49

    Santé Canada et le complexe agro-chimio-alimentaire

    Marcel Perron écrit : « Le glyphosate serait épandu sur une récolte presque mûre, forçant la plante à concentrer toute son énergie sur les graines affectées par le produit. »

    Le mûrissement chimique des céréales canadiennes, c’est bien pire que ça. On empoisonne les céréales au glyphosate immédiatement avant de les servir dans votre assiette. Les concentrations de glyphosate sont telles qu’une bonne partie des graines ne sont plus fertiles.

    Et ce sont ces graines empoisonnées qui servent à faire le pain que nous mangeons (sauf les boulangeries qui font leurs pains avec du blé québécois et non de la Saskatchewan).

    Le plus choquant, ce n’est pas d’apprendre cela. C’est de l’apprendre deux ans après les Italiens.

    Le scandale du blé canadien contaminé au glyphosate a éclaté en 2017 en Italie.

    Conséquemment, les exportations canadiennes de blé vers ce pays ont chuté d’un million de tonnes en novembre 2017 à 290 000 tonnes en aout 2018.

    Avant les reportages de Radio-Canada, j’évitais les légumineuses OGM. Depuis ces reportages, j’ai purgé mon garde-manger de toutes les pâtes et les céréales canadiennes qui s’y trouvaient : j’ai acheté de l’avoine bio du Québec et des pâtes bios italiennes.

    Et comme il n’existe _aucune_ étude de toxicité du Roudup™ (on n’a testé que le glyphosate, mais aucun des ingrédients dits inertes), mon huile de canola est maintenant bio.

    En effet, l’huile de canola ne content pas de glyphosate (totalement insoluble dans l’huile), mais contient tous les produits chimiques du Roundup™ qui sont solubles dans l’huile et au sujet desquels Monsanto n’a effectué aucune étude de toxicité.

    J’ai raconté ma petite histoire personnelle dans le texte ‘Les céréales canadiennes contaminées au glyphosate’.

    Les ministères de l’agriculture, tant à Ottawa qu’à Québec, sont tous deux à la solde du complexe agro-chimio-alimentaire. On croyait que Santé Canada, au moins, était du côté des consommateurs. Eh bien non.

    • Nadia Alexan - Abonnée 5 mars 2019 15 h 16

      Lisez le livre de Shiv Chopra «Corrupt To The Core - Memoirs Of A Health Canada Whistleblower». L'activiste militait pour de meilleures pratiques dans l'industrie agroalimentaire au Canada et s'inquiétait pour la santé des Canadiens.
      M. Chopra dénonçait haut et fort l'utilisation de pesticides, d'hormones de croissance et de toxines dans le domaine de l'alimentation.
      À la fin des années 1990, avec deux collègues Dr Margaret Haydon et Dr Gerard Lambert, il a été un lanceur d'alerte pour dénoncer le processus d'approbation des médicaments à Santé Canada. Le groupe dénonçait les hormones de croissance rBST de la compagnie Monsanto. L'intervention a porté ses fruits, puisqu'une enquête du Sénat a eu lieu et l'hormone n'a jamais été approuvée.
      M. Chopra et ses collègues ont été congédiés en 2004.

  • Mario Jodoin - Abonné 5 mars 2019 01 h 44

    «Je ne suis pas un spécialiste du glyphosate»

    Moi non plus, alors, je n'en parle pas.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 5 mars 2019 08 h 56

      Suggérez-vous que la présence d’herbicide dans nos assiettes ne devrait être discutée que par des experts ?

      Donc la maman qui fait elle-même ses pots de bébés et qui aimerait éviter de leur donner des substances potentiellement cancérigènes, devrait-elle se taire également ?

  • Nadia Alexan - Abonnée 5 mars 2019 03 h 30

    Honte à Santé Canada dans les poches de l’industrie des herbicides au lieu de protéger la santé des citoyens.

  • Yvon Pesant - Abonné 5 mars 2019 05 h 20

    Docteur Vrain et compagnie

    Tout le monde aurait intérêt à visionner la conférence donnée par le docteur Thierry Vrain, chercheur scientifique retraité d’Agriculture et agroalimentaire Canada. Une conférence que l’on trouve facilement sur YouTube en utilisant un moteur de recherche sur Internet à cette fin.

    Cela dure grosso modo une heure et, à la fin, je me suis pris à applaudir avec le public qui assistait à cette présentation, seul devant mon ordinateur. Ça valait le coup tellement son contenu est riche en information et fort bien vulgarisé.

    Et, ce qu’il y a de bien par surcroît, c’est qu’en allant à cette conférence sur YouTube on trouve plein d’autres présentations traitant du sujet « glyphosate/RoundUp/Monsanto ». Je ne saurais trop inviter tout le monde qui ne l’a pas encore fait à prendre un peu de son plus précieux temps pour se payer ces très instructives leçons gratuites oh combien riches d’enseignement sur les pouvoirs occultes de cette industrie de l’agrochimie.

    Il y a aussi, à lire cette fois, le petit document produit par l’Association canadienne des médecins pour l’environnement qui traite de l’innquiétude et de la prudence à avoir à l’endroit du glyphosate. Un principe de précaution que Santé Canada ne semble pas avoir compris... ou ne veut pas du tout comprendre... tellement le gouvernement canadien se présente comme veule valet de l’industrie, dans cette discipline comme en d’autres.

  • Julien Thériault - Abonné 5 mars 2019 06 h 23

    Plantes OGM « Roundup Ready »

    Dans ce dossier, je pense qu'on n'explique pas assez que les plantes OGM dites « Roundup Ready » sont des plantes auxquelles on a jouté un gène qui les met à l'abri des effets du glyphosate, c'est à dire que, contrairement aux « mauvaises » herbes, elles peuvent l'absorber sans en mourir. C'est le cas de certaines variétés de maïs, qui sert de nourriture aux vaches qui nous donnent notre lait, par exemple. N'est-ce pas inquiétant ?