Bulletin chiffré: lettre au ministre de l’Éducation

En tant qu’ex-enseignant, vous ne pouvez ignorer que l’école accueille de plus en plus d’élèves aux prises avec une palette de troubles du développement, d’apprentissage ou de comportement. Des plans d’intervention individualisés sont élaborés afin de répondre aux besoins multiples et spécifiques de ces élèves.

Prenons un exemple : Julie éprouve de grandes difficultés de décodage en lecture. Comme on évalue sa capacité à comprendre un texte, son plan d’intervention lui permet d’utiliser un logiciel de lecture. Elle réussira son évaluation avec un résultat de 90 %.

Mathieu, un élève de sa classe, ne lit pas avec fluidité, mais se débrouille tout de même, il n’a pas de plan d’intervention et doit lire le texte de manière autonome. Son résultat sera de 65 %. Si ce dernier avait aussi eu droit à un « lecteur », il aurait également eu un résultat de 90 %.

Dans ce contexte que nous révèlent ces pourcentages ? Donnent-ils vraiment un portrait clair de l’élève ? Et que dire de la comparaison à la moyenne du groupe dans lequel plus du quart des élèves bénéficient d’adaptations de toutes sortes ?

L’école québécoise compose depuis trop longtemps avec un programme et un système de pondération inconciliables. Cette incohérence suscite de nombreuses discussions et beaucoup de frustrations au sein du corps enseignant…

À l’instar du Conseil supérieur de l’éducation, nous soutenons qu’il est impératif de mettre le bulletin chiffré au rancart au profit d’un barème qui signifierait « dépasse les attentes », « répond aux attentes de manière autonome », « répond aux attentes avec soutien » et « ne répond pas aux attentes ».

Ne perdons pas de vue que l’évaluation a essentiellement pour but de guider l’apprentissage et l’enseignement. Elle permet de déterminer, à différents moments du processus d’apprentissage, ce que l’élève sait et ce qu’il est capable de faire, pour informer l’élève lui-même et ses parents, mais aussi pour mieux le soutenir et orienter les pratiques pédagogiques.

Alors que le bulletin chiffré cherche à classifier l’élève, un barème qualitatif a l’avantage de donner des indications sur sa progression et permet le développement d’une culture de l’évaluation intégrée qui correspond davantage à l’esprit du programme de formation de l’école québécoise.

Monsieur le Ministre, nous vous enjoignons d’y réfléchir sérieusement, de consulter les enseignants et les parents et de prendre une décision éclairée.

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17 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 4 mars 2019 08 h 40

    Oui au bulletin chiffré

    En Ontario nous avons aussi les PEI (plan d'enseignement individualisé) qui permet à l'élève de progresser à son rythme suivant une anomalie d'apprentissage. L'aide formelle par un tier parti, que ce soit d'une aide enseignante ou à partir de logiciels, le tout est noté comme quoi les attentes pour cet élève sont différentes des autres et ont été modifiées. Alors, sur le bulletin, la case qui dit que l'apprenant reçoit une aide particulière est cochée et le commentaire renforce cet énoncé (les attentes pour cet élève ont été modifiées et ne sont pas les mêmes que la classe normale). Alors, si l'élève reçoit un B sur son bulletin, celui-ci n'a pas le même poids pédagogique d'un autre dont les attentes n'ont pas été modifiées. Les parents en sont donc informés ainsi que les autres enseignants à venir.

    Le système de notation en Ontario utilise des lettres pour illustrer le rendement scolaire jusqu'en 6e année. Mais il est à remarquer qu'il y a sur le bulletin de l'enfant, un barème qui explique le poids de la lettre assignée. Un A se situe entre 80 et 100. Un B, 70 et 80. C, 60 et 70. Enfin, le D, 50 et 60. Si la note est en-dessous de 50, la note R est donnée (reprendre). Nous assignons souvent un "+" ou un "-" à chaque lettre pour être plus précis. Par exemple, un B+ se situe entre 75 et 79. Il est à remarquer qu'il faut au moins un B- (70) pour avoir atteint la norme provinciale et que les attentes de la matière évaluée ont été rencontrées.

    Il y a une autre section du bulletin qui évalue à partir d'un code 1,2,3,4, (3 et 4 étant les comportements désirés ou souhaités) le comportement de l'élève (évaluation formative).

    Et donc, je dis oui au bulletin chiffré avec les explications ci-haut.

    • Cyril Dionne - Abonné 4 mars 2019 16 h 42

      Addendum

      Les bulletins en Ontario sont standardisés et en format électronique. Les notes sur les bulletins sont basées sur des attentes très précises des différents curriculums et sont les mêmes attentes partout en Ontario. À la fin de l'année scolaire, les bulletins sont acheminés au Ministère de l'éducation de façon électronique.

      Ceci dit, gardez le cap monsieur le ministre de l'éducation, vous êtes dans la bonne direction en ce qui concerne les bulletins chiffrés.

  • Jean-François Trottier - Abonné 4 mars 2019 08 h 46

    Une question bête

    J'écris à des professionnels dont le devoir est décider en leur âme et conscience selon leur savoir et leur morale propre dans les normes d'un code de déontologie. Je le suppose et l'espère.

    Mathieu a un résultat chiffré de 65%, qui vous empêche de décider de votre propre chef de lui accorder 90% ? C'est votre décision!

    Quelle différence y a-t-il entre 65% et "répond aux attentes avec aide"?
    Qui vous empêche d'écrire une note à l'encre rouge au sujet de Mathieu à l'intention des parents dans le bulletin?

    Fait pas se faire d'illusion, votre appréciation chiffrée ou pas aura le exactement même résultat sur l'avenir de l'enfant. Et elle donnera peut-être, mais peut-être pas, le même résultat auprès des parents.
    Les moins intéressés diront "Atteint les objectifs avec de l'aide ? Ben coudon, la prof l'aide donc ça va aller".
    Les plus intéressés n'ont pas besoin du bulletin, ou très peu : ils le savent déjà qu'il faut aider.

    Si Mathieu a 65% sans aide, aura-t-il une aide l'année suivante en mathématiques quand il ne comprendra pas les questions qui sont si je ne m'abuse en français? Aura-t-il 90% en maths? Ou "dépasse les attentes" ? Quel résultat, quelles mesures, au sens large, pour l'année subséquente ? On-s-'en-fout-pas-mon-problème ?

    Le français sert dans toutes les matières. Alors ou bien votre exemple est pourri, ou bien il indique ce que je crains : le Rousseauisme a réussi son oeuvre de dévastation dans les écoles.

    Les profs ne sont-ils pas censés déclarer toute difficulté qui dépasse leur compétence ?
    L'école a-t-elle des obligations face à leurs déclarations ? Ou la Commission Scolaire?
    C'est quoi cette structure où le prof n'a rien à dire ?

    Le bulletin est un faux problème.
    Si des chiffres rassurent les parents, tant mieux, mais les messages du profs, c'est pas pour rien. Pourquoi les dénigrez-vous au point de ne pas les nommer?

    C'est la structure d'encadrement qu'il faut revoir pour les profs et les élèves, pas le bout de papier

    • Gilles Roy - Abonné 4 mars 2019 11 h 29

      Je vous cite : « ... note à l’encre rouge... bout de papier ». Et je me demande : pourquoi le bulletin ne prendrait-il pas plutôt une forme plus moderne, plus dynamique, plus informatisée? Du genre une version courte et une autre plus détaillée, avec des lettres et/ou des notes, des appréciations, des commentaires et des suggestions, etc. À inscrire évidemment sous la forme la plus conviviale possible et avec une reconnaissance pécuniaire de l’effort additionnel exigé aux enseignantes.

    • Cyril Dionne - Abonné 4 mars 2019 17 h 38

      M. Roy, vous venez de décrire le bulletin ontarien standardisé et informatisé. En plus, il y a des merveilleuses petites cases pour indiquer si l'élève à un PEI et que les attentes de la matière sont modifiées vers le bas puisqu'il reçoit de l'aide. En plus, vous pouvez écrire tous les commentaires que vous voulez en citant les attentes du curriculum et indiquez si elles ont été atteintes. En plus, vous pouvez assigner une note finale. N'est-ce pas merveilleux? Nul besoin de plume rouge puisque cette couleur semble faire de la peine aux enfants qui sont sensibles à la note reçue. C'est "ben" pour dire.

    • Gilles Roy - Abonné 4 mars 2019 22 h 13

      @ M. Dionne : À votre connaissance, le fait d'offrir ce bulletin moins «vaporeux» soulève-t-il la controverse? Et si oui, celle ci est-elle féconde? C'est qu'en théorie, meilleur est le bulletin, plus grande est son utilité.

    • Cyril Dionne - Abonné 5 mars 2019 07 h 40

      La controverse découle de ceux qui vivent la tête dans les nuages dans les tours d'ivoire, une conséquence de l'hyper-individualisme et des générations d'enfants rois.

      L'utilité du bulletin est proportionnel à donner l'heure juste à l'apprenant et à ses parents et inversement proportionnel au carré de la distance des gens des tours d'ivoire qui encouragent l'effet "vaporeux" de celui-ci.

      C'est "ben" pour dire.

    • Gilles Roy - Abonné 5 mars 2019 10 h 58

      @M. Dionne : Vous glissez ici. Je reformule : le fait que le bulletin ontarien fasse cohabiter des notes émanant d'examens locaux puis de tests ministériels mène-t-il à conflit? Comment s'arrange-t-on jusqu'ici entre le «local», l'OQRE et le Ministère? Les parents s'y retrouvent-ils? Bref, des controverses entourant l'émission du bulletin ont-elles cours, et si oui, servent-elles à améliorer en continue le système?

    • Cyril Dionne - Abonné 5 mars 2019 13 h 38

      Le résultat des tests de l'OCRE n'apparaissent pas sur les bulletins des élèves. C'est une évaluation à part afin de bien peaufiné la pédagogie que le Ministère, les conseils scolaires, les écoles et les enseignants se servent pour évaluer les tendances. À la fin de septembre, les parents reçoivent une lettre du ministère indiquant les résultats de leur progéniture en mathématiques, lecture et écriture avec des notes explicatives du barème utilisé. Le résultat est chiffré. Par exemple, un résultat de 2,6 (C+) indique l'enfant n'a pas réussi les normes de son niveau d'étude dans cette matière. Il faut obtenir un 3,0 ou plus le maximum étant 4,9.

      Alors, si l'enfant recevait des À+ en mathématiques et que son résultat sur le test de l'OCRE est un C, disons qu'on peut se poser des questions sérieuses sur les méthodes d'évaluations de l'enseignant.

      Comme enseignant, je regarde toujours les notes des tests de l'OCRE avant celles des bulletins.

    • Gilles Roy - Abonné 5 mars 2019 14 h 25

      @ M. Dionne : Merci pour ces dernières précisions. C'est apprécié. J'en retiens pour l'heure qu'évaluer (que «faire bulletin») de manière explicite est possible, et que l'on peut mettre en évidence autant la réussite que l'échec.

    • Jean-François Trottier - Abonné 5 mars 2019 14 h 27

      M. Roy,
      Oui, si on veux, on peut développer le bulletin. C'est probablement mieux en effet.

      Il reste que le plus important, et de très loin, est l'encadrement de l'enfant. Enseignant, parents, grands-parents, aide aux devoirs, soutien pour les cas plus difficiles, et écoute de la part de tous.

      Tout en sachant qu'il y a toujours moyen de faire mieux en matière de builletin, je reste persuadé que ça reste un bout de papier au regard de la communication sous toutes ses formes et de l'effort collectif qu'exige une vraie éducation.

      J'ai fait carrière en informatique et je n'ai rien contre la communication électronique, au contraire!
      Rien sauf... l'illusion de réalité qu'elle plante devant les yeux, qui pour certains, mais pas tous, leur font croire qu'ils voient tout ce qu'ils ont à savoir. Aussi je dirais que ce bulletin à dimensions, profondeur et détails tous plus riches les uns que les autres, c'est un nice to have sans plus.

      Comme j'ai souvent dit, la machine informatique a un gros défaut : elle est parfaite, elle.

    • Cyril Dionne - Abonné 5 mars 2019 16 h 45

      Ouf! C'était bien l'OQRE et non pas l'OCRE, petit surnom affectueux en Ontario. LOL

  • Jeannine I. Delorme - Abonnée 4 mars 2019 10 h 12

    Bulletin

    Julie a bénéficié d'une aide que je ne connais pas mais qui lui a permis de mériter une note de 90 %. Vraiment mérité ? Mathieu n'a pas bénéficié de cette aide et il récolte 65 %, Question : que fera Julie face à un livre ou tout autre texte lorsque son aide mécanique ne l'aidera plus ? Je ne comprends pas ces moyens tout à fait artificiels d'enseigner à un enfant en s'imaginant qu'ils progressent normalement. Dans le futur, ces deux enfants feront face à la réalité et leurs bulletins ne leur viendront pas en aide. Et si on enseignait en pensant à la vie future de ces enfants plutôt qu'à leur bulletin ? Je dis aux administrateurs et aux enseignants du domaine de l'éducation : restez sur terre et pensez à l'obligation de préparer les enfants à la vraie vie où ils devront se débrouiller seuls, faire face à leurs difficultés sans l'aide d'artifices.

  • Monique Bisson - Abonné 4 mars 2019 12 h 05

    Merci et, oui, au bulletin critérié!

    Mesdames les enseignantes,

    Merci de votre engagement auprès de vos élèves, nos enfants, nos petits-enfants, et puisse votre lettre d’une clarté à faire rougir l’ex-enseignant qu’est le ministre, serve à le réveiller, car il faut arrêter les comparaisons boiteuses entre les élèves et nous concentrer sur leurs apprentissages pour les soutenir dans leur développement humain, intellectuel, social et autres.

    Votre proposition de remplacement du bulletin chiffré par un « barème qualitatif » rejoint en grande partie le bulletin critérié que mes filles ont connu au primaire où A égalait objectif atteint - V = objectif en voie d’être atteint - D = objectif dépassé - E = échec. Votre proposition est encore plus raffinée et rendrait compte de la réalité d’aujourd’hui, et ce, de la manière la plus respectueuse qui soit des élèves et de l’esprit du programme de l’école québécoise. En passant, mes filles, tout comme les autres élèves de leur école, sont arrivées au secondaire tout à fait prêtes et aptes à poursuivre leurs études sans avoir vécu les affres des comparaisons boiteuses du bulletin critérié.

    En espérant que votre proposition fasse boule de neige et que vos syndicats vous appuient dans cette démarche plus que nécessaire, car c’est vous et le Conseil supérieur de l’éducation qui avez raison, et non le ministre, en ce qui concerne l’objectif ultime de l’évaluation, soit « guider l’apprentissage et l’enseignement ».

    Bonne continuation et encore merci, Mesdames les enseignantes,

    Monique Bisson, Gatineau

    • Cyril Dionne - Abonné 4 mars 2019 16 h 31

      Ce que vous décrivez Mme Bisson, on appelle cela un bulletin intérimaire en Ontario qui ne veut rien dire. Les enfants le reçoivent au début d'octobre.

      Ceci dit, il ne faut pas personnaliser l'éducation et voir le processus à travers ces enfants et celui des autres seulement. Vu votre français impeccable, vos enfants ont certainement été choyés et c'est bien ainsi. Mais qu'est-ce qui vous dit que les enfants des autres réussissaient aussi si bien?

      Il y avait un mouvement comme celui des signataires de cette lettre en Ontario il n'y pas si longtemps. On voulait notamment éliminer les tests standardisés parce que cela faisait de la peine à certains parents, oui ceux dont les enfants échouaient ces dites évaluations. La grande majorité des parents ontariens s'y sont opposés.

      Lors des nombreuses visites auxquelles j'ai assisté comme enseignant, et ceci, dans les écoles anglaises et françaises (j'ai enseigné dans les écoles françaises et anglaises), les parents n'étaient pas intéressés à la version édulcorée que vous avancez; ils voulaient l'heure juste afin d'aider leur enfant à progresser dans son cheminement scolaire et ne pas attendre au secondaire pour une très mauvaise surprise.

      Ce que vous proposez serait un pas en arrière. Misère.

    • Cyril Dionne - Abonné 4 mars 2019 17 h 46

      Erratum

      Bien sûr, c'était "ses enfants" et non pas ces enfants.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 4 mars 2019 12 h 40

    Le règne du marginal, encore et toujours...

    Les signataires de cette lettre instrumentalisent les clientèles marginales pour demander l'abandon du bulletin chiffré pour tous. C'est se tromper de cible pour aboutir au final à une situation qui se révèlera mal adaptée et sans doute pire que celle que les élèves et leurs parents vivent actuellement. L'exception ne doit pas devenir la norme. Les clientèles marginales pourraient très bien avoir une évaluation qui leur est propre sans avoir à bousculer pour cela tout le système. Qui voudrait d'un soi-disant "bulletin" qui ne veut plus dire grand-chose à force de ne vouloir froisser personne. L'école doit préparer l'élève à la vie et non essayer de l'y soustraire.