La société du «sachoir» rentable

Madame Chouinard,

Merci d’amener l’éducation dans le débat public. C’est essentiel. Quand on lit ce qui s’écrit sur le sujet, par contre, on remarque que bien peu de personnes se questionnent sur les causes profondes de cette désaffection des jeunes envers l’école. Pourtant, déjà en 1960, le frère Untel pointait la principale cause d’échec dans nos écoles : l’enseignant est le seul à se battre pour l’éducation !

Dès que l’élève met un pied hors de l’école, rien ne valorise la connaissance pour elle-même, pour sa valeur absolue, et non pour sa valeur relative et économique. On « vend » l’école aux enfants en leur faisant miroiter une récompense pour un bon bulletin, en leur promettant un meilleur emploi qui leur permettra d’acheter une plus grosse télévision. Les parents demandent aux enfants de « passer » les matières qu’ils maîtrisent moins bien, comme on laisse passer un mauvais rhume, tout en leur enjoignant à miser sur leurs matières fortes.

J’enseigne la littérature au cégep, et quand je propose un exercice aux étudiants, immanquablement, quelqu’un lève la main et demande si ça compte. Et, immanquablement, je réponds ceci : « Il y a deux types d’étudiants : ceux qui réussissent et ceux qui veulent savoir si ça compte. »

Valorisons la connaissance. Il ne faut pas apprendre « en vue de l’examen » ; il faut apprendre, point. Ne pas voir la pertinence d’un apprentissage ne signifie pas qu’il n’en a pas. Toute notre société, qui se dit « du savoir », ne recherche que la rentabilité immédiate. Cela se constate dans l’attribution des subventions de recherche (que reste-t-il de la recherche fondamentale ?), dans la promotion des champs d’études (on commence à peine à valoriser les diplômes professionnels… et on regarde de haut ceux qui choisissent les sciences humaines ou les arts), dans la couverture médiatique de la culture et de la science, etc.

Le jour où le savoir sera mis en valeur, les élèves de nos écoles commenceront à apprendre par plaisir. La réussite suivra d’elle-même. En attendant, nous devons nous contenter d’une société du « sachoir » rentable.

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9 commentaires
  • Benoit Léger - Abonné 2 mars 2019 07 h 47

    De la confiture aux cochons

    On lit trop rarement ce genre de commentaire qui met le doigt sur le problème fondamental de notre société. On ne valorise pas la connaissance pour elle-même. Face au savoir et à la culture, le Québécois moyen demeure un porteur d'eau, né pour un petit pain. Même nos élites bardées de diplômes, étalent quotidiennement leur indigence dans une langue et une pensée qu'ils ne maîtrisent pas. Les professeurs qui persistent à enseigner devant cette foule imperméable au plaisir d'apprendre, méritent une médaille de bravoure.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 2 mars 2019 09 h 02

    Excellente lettre !

    Voilà ce qu'il faut.

  • Cyril Dionne - Abonné 2 mars 2019 09 h 24

    Et?

    Alors, qu'elle votre définition de l'école M. Desroches? Dans votre lettre au propos clair-obscur, disons que c'est difficile à se retrouver.

    • Benoit Léger - Abonné 2 mars 2019 12 h 40

      N'éprouvez-vous donc aucune gêne à discuter d'éducation avec deux phrases contenant chacune une faute?

    • Marc Therrien - Abonné 2 mars 2019 18 h 12

      On peut s'apercevoir que vous êtes moins à l'aise avec les modes de l'être et du savoir-être. Il me semble assez évident que M. Desroches désire une école où les élèves découvrent le plaisir d'apprendre et le cultivent ensuite avec leurs professeurs.

      Marc Therrien

    • Marie Nobert - Abonnée 3 mars 2019 02 h 28

      @M. Léger. Vous êtes un «vilain» tortionnaire. (!) Que 2 «fôtes»?! Votre premier commentaire est parfait, mais ce dernier est «insultant», indigne et inutile. Misère!

      JHS Baril

      Ps. Si la tentation de répliquer vous «titille» (tétille en franco-québécois) je vous recommande de passer votre chemin. ***ain!

    • Benoit Léger - Abonné 3 mars 2019 10 h 59

      @Marie Nobert, Est-ce une réplique si j'acquiesce à votre commentaire (avec le terme indigne en moins)?

    • Cyril Dionne - Abonné 3 mars 2019 16 h 06

      J'ai répliqué à votre commentaire M. Léger mais il n'a pas été publié. J'imagine que mon allusion aux grands prêtres de la, Ô combien Sainte rectitude linguistique ne passait pas. Ce n'est que partie remise. Je me souviens, n'est-ce pas?

  • Jean-Charles Morin - Abonné 3 mars 2019 16 h 48

    Merci pour la citation.

    « Il y a deux types d’étudiants : ceux qui réussissent et ceux qui veulent savoir si ça compte. »

    Par cette phrase, vous venez de résumer tout ce qui ne va pas dans nos écoles.