Quand l’émotion l’emporte sur la raison

Bien que sensible à la douleur de la communauté musulmane relativement à l’attentat de la mosquée de Québec en janvier 2017, je demeure perplexe sur ses réactions qui ont suivi la sentence infligée à Alexandre Bissonnette.

À cet effet, l’ancien président du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ) et l’actuel, MM. Labidi et Benabdallah, eu égard à la condamnation à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle de l’accusé avant 40 ans, ont déclaré que « l’objectif de dissuasion n’est pas atteint » et que « ça pourrait encourager d’autres personnes à faire des tueries de masse dans la société ».

À mes yeux, de tels propos démontrent à quel point, dans des circonstances aussi traumatisantes, une tragédie d’une telle ampleur peut faire en sorte que l’émotion l’emporte sur la raison.

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25 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 14 février 2019 06 h 49

    M. Marineau, cela est le conditionnement classique qui refait spontanément surface...

    La réaction et les paroles de ces individus découlent du conditionnement classique tel que démontrer par le physiologiste Ivan Pavlov. À toutes les fois que quelque chose arrive à l’un deux, que cela soit bénin ou extrêmement grave, l’association entre ce qui est arrivée et la réponse est spontanée, car l’association est ancrée en eux – il s’agit de conditionnement. Or, la majorité d’eux arrivent de pays du Maghreb où le droit criminel et ses interprétations sont simples : s’applique alors la loi du talion et la mentalité vengeresse. Une personne, bien qu’étant ici depuis plusieurs dizaines d’année, va toujours garder ce type de cautionnement en lui, même inconsciemment. Un évènement quelconque va ou peut faire ressortir spontanément le conditionnement – c’est ce qui se produit pour ces personnes. D’autant plus que cela fait plus de deux années qu’ils fréquentent les mêmes lieux, discutent entre-eux des ci et des ça de l’affaire, et des peines que le meurtrier devrait avoir… Sans omettre les journalistes qui encourageaient ce type de commentaires et réflexions « punitives » en noircissant des pages et des pages de chiffres complètement loufoques du style du 150 ans d’incarcération avant de pouvoir déposer une demande d’audition à la Commission (une audition ne signifie libération d’office, d’autant plus que l’individu est condamné à un emprisonnement à perpétuité) – cumul qui dépasse pratiquement du double l’espérance de vie de la forte majorité des hommes…

    • Cyril Dionne - Abonné 14 février 2019 09 h 33

      Vous avez raison M. Pelletier, il s'agit tout simplement de la vengeance.Et si les porte-paroles autoproclamés de la ville de Québec parlent au nom de tous les musulmans, on n’est et ils ne sont pas sortis du bois. Que feront-ils lorsque la peine de M. Bissonnette sera réduite à 25 ans par la Cour suprême puisqu’elle est anticonstitutionnelle? Est-ce qu’on aura droit encore une fois à une montée de la proclamation d’islamophobie en accusant tous les Québécois de racistes lorsque celle-ci sera réduite?

      Une peine sans possibilité de libération conditionnelle de l’accusé avant 40 ans est cruelle et inusitée. Et il n’y a rien d’automatique dans une libération conditionnelle qui contient des conditions et des contraintes au bout de 40 ans. Enfin, cette peine est inhumaine. C’est tout simplement de la vengeance lorsque des meurtriers encore plus notoires se sont retrouvés avec une peine de 25 ans alors qu’on sait que Bissonnette souffrait de problèmes mentaux (troubles de la personnalité limite), élément qui n’a pas été retenu par le juge « Post-it ». Il n’y a aucun élément de dissuasion dans des peines sévères si on prend ligne de compte la nature de ces crimes. C’est un faux argument qui camoufle une soif de vengeance digne des états barbares, théocratiques et dictatoriaux.

      On ne le dira jamais assez souvent. Les préceptes du 7e siècle d’une religion monothéiste et créationniste, eh bien, ne sont pas compatibles avec nos sociétés démocratiques occidentales basées sur l’État de droit et non pas sur la vengeance. Cet islam qu’on pratique de cette façon est incompatible avec la société québécoise moderne. Le capital de sympathie des Québécois s’effrite à tous les jours avec des réactions comme celle-là de nos porte-paroles autoproclamés.

    • Raymond Labelle - Abonné 14 février 2019 11 h 53

      Il y a toutes sortes de gens ici, y compris parmi les descendants des colons français de la Nouvelle-France, qui sont favorables à la peine de mort, d'ailleurs pas réclamée par les proches des victimes de Bissonnette. De façon générale, les proches des victimes d'assassins - peu importe l'origine de ces victimes - crient souvent vengeance, une des réactions possibles. Vous savez quoi? Ces proches ne prennent pas ça toujours bien, pas toujours avec une parfaite rationalité. On peut le comprendre. Un peu de compassion peut-être?

      Même si Bissonnette n'était pas lui-même anti-musulman, comme il le prétend, il a aussi dit avoir choisi des musulmans parce qu'il avait espéré bénéficier d'un certain appui social ou avoir un opprobre moins grand en s'attaquant à ce groupe, qu'il avait jugé mal vu au moins par une partie de la population.

      De tomber sur les proches des victimes de ce crime en invoquant les même motifs que ceux ayant mené au choix des victimes me semble particulièrement odieux.

    • Serge Pelletier - Abonné 14 février 2019 18 h 38

      M. Dionne, le terme qui est utilisé est loufoque: "tests des valeurs québécoises". Il serait plus approprié de nommer cela "informations sur les valeurs québécoises". Pire réussir un test quelconque ne possède aucune garantie en rien de l'adaption des valeurs.
      La majorité des programmes des formations universitaires possèdent un ou plusieurs cours sur l'éthique se rapportant au domaine... Des avocats filons, des compatables créatifs, des médecins avares, des... foisonnent en cour d'assise ou en instance disciplinaire... Pourtant, ils ont tous reçu et passé avec les succès les examens de ces cours... Pire, dans certaines disciplines, les examens corporatives où il y a multiple questions sur l'étrhique.
      Conséquement, la personne de l'étranger, voulant immigré ici, va répondre la "réponse souhaitée" qui lui semble bonne par l'administration du pays d'accueil... Cette personne, sauf les simplets d'esprit, ne va certainement pas écrire comme réponse "je suis pour la lapidation", je suis pour la polygamie, se suis pour ... et pour... Je n'en ai rien à cirer de vos affaires de valeurs...

  • Serge Pelletier - Abonné 14 février 2019 06 h 53

    M. Marineau, cela est le conditionnement classique qui refait spontanément surface... (bis)

    Mais que cela ne tienne, la logique n’est plus là, le conditionnement classique refait surface… Et les biais de confirmation (style des propos de certains journalistes) les confortent dans leurs « idées » de ce que devrait être une peine exemplaire… Et gare à celui d’entre eux qui remettrait en cause ce type de commentaires… En fait, au lieu d’expliquer à leurs « fidèles » ce qui en est réellement, de la réalité canadienne, des nuances qu’il faut et nécessaire de faire, ils en remettent… Et crient à l’injustice du système judiciaire, au « cadeau » en matière de peine, etc.

    Quant à la longueur de la peine, après un certain temps à devoir assumer la sanction, elle n’a plus aucun effet dissuasif, et peut même avoir un effet inverse. En Californie il y a le principe des prises et le retrait automatique à la troisième (comme au baseball) – T’es mort - point final – et qu’importe les causes : un vol d’une pointe de pizza ou une introduction par infraction = 3 fois condamné, t’es mort. Ce qui a comme résultat que « tant qu’à faire une perpétuée, aussi bien la faire pour la peine « Bang Bang toé » en volant la point de pizza.

    Pourtant, ces gens du Maghreb devraient le savoir… les attentats du genre sont généralement punis par la mort, ou au mieux par un emprisonnement perpétuel, avec des geôliers pas très verser dans le sentimental, pour ceux qui se font attraper… Et il n'y a aucune circonstance atténuante, aucune étude circonstantielle, avant la sanction judiciaire, Tous le savent… Pourtant, ça continue de plus belle.

    • Cyril Dionne - Abonné 14 février 2019 12 h 42

      Et là, le test des valeurs québécoises de Legault serait très important dans des causes comme celle-ci. Ceux qui conjuguent à la loi du talion s'apercevraient très vite qu'ils se sont trompés de pays ou de société. Ici, ce n'est pas œil pour oeil et dent pour dent. Nous croyons à la réhabilitation, à la justice et non à la torture de peine de prison qui englobe la vie naturelle de l’individu ou bien la peine de mort.

      La peine de Bissonnette ne fait que transférer la souffrance des familles des victimes à celle du condamné. Donc, on puni les innocents pour en extraire une vengeance. Curieux tout de même que ceux qui s’autoproclament juste, bon et religieux, ne croient pas dans le repentir et le pardon. Les droits humains s’appliquent autant aux citoyens qui ont une conduite exemplaire comme à ceux qui prennent des chemins de traverse.

      La Cour suprême reviendra sur ce jugement de 40 ans pour en prescrire 25.

  • Marc Therrien - Abonné 14 février 2019 07 h 53

    Et quand la raison sert à refroidir les ardeurs populaires et politiciennes populistes


    Voilà bien une lettre débordante de simplicité et d'évidence auxquelles j'ajouterais que "l'Affaire Bissonnette" et le "Jugement Huot" démontrent une fois de plus l'utilité du système judiciaire formel qui sert à refroidir les ardeurs populaires et politiciennes populistes.

    Marc Therrien

    • Raymond Labelle - Abonné 14 février 2019 11 h 34

      Puisqu'on parle de raison et de système judiciaire - comment concilier par la raison ces trois sentences?

      Justin Bourque - meurtre de trois policiers - 75 ans de prison (cumulation de trois peines à vie) avant d'être éligible à la libération conditionnelle…

      McArthur - a tué 8 homosexuels sur une période de quelques années - meurtres précédés d'agression sexuelle - chacun était prémédité - l'assassin avait tenté de dissimuler ses méfaits (il était paysagiste, par exemple a enterré des corps dans la propriété de ses clients) - il a fallu enquête et experts scientifiques pour le retrouver - 25 ans de prison (le juge a choisi de ne pas cumuler - cumuler ou non est un choix offert au juge par la disposition applicable du code criminel).

      A. Bissonnette - 6 morts, et des blessés graves dont des handicapés à vie - en une préméditation - s'est rendu très rapidement à la police - il faut dire que dans sa préméditation, il aurait pu y avoir plus de morts et de blessés - Bissonnette a eu un pépin technique - 40 ans.

      L'idée d'offrir au juge le choix de cumuler les peines ou non mène à des risques de sentences incohérentes. De plus, je dirais que de ne pas donner de chance de réhabilitation après 25 années fermes de prison est "cruel et inusité" peu importe le crime- et n'oublions pas qu'après 25 ans, la libération conditionnelle n'est pas automatique. Il s'agit d'une peine à vie, et il n'y a éligibilité à la libération conditionnelle qu'après 25 ans. Par exemple, la libération conditionnelle a été refusée à Paul Bernardo après 25 ans.

      Sans cette disposition qui donne le choix au juge de cumuler les peines ou non, les trois personnes ci-dessus auraient été condamnées à vie avec possibilité de libération conditionnelle seulement après 25 ans.

    • Jacques de Guise - Abonné 14 février 2019 11 h 37

      À M. Marc Therrien,

      Ce sont ses propres ardeurs que votre système judiciaire formel devrait refroidir. Au lieu d'envoyer des messages à tout le monde, c'est à lui-même que ce système judiciaire devrait envoyer des messages. Encore une fois, le système judiciaire s'est enfargé dans les fleurs du tapis et n'a fait qu'attiser le ressentiment en cédant à ses propres ardeurs moralisatrices totalement inappropriée en validant implicitement la nécessité d'enrayer une poussée islamophobe inexistante!!!

      En complément, regardez votre système judiciaire formel manoeuvrer dans l'affaire Cadotte et, à mon avis, nous avons encore là un système qui ne pense pas, un système qui ne fonctionne que sur ses routines bancales, bref un système pas de tête et pas de coeur avec en prime un témoin expert, produit par la Couronne, qui n'est même pas au courant des faits du dossier et qui vient porter des jugements experts sur M. Cadotte!!! Une honte. Il ne nous reste plus qu'à espérer que, comme dans l'affaire du Lac Mégantic, le jury citoyen redressera ces comportements judiciaires erratiques et révoltants.

    • Jacques de Guise - Abonné 14 février 2019 11 h 37

      À M. Marc Therrien,

      Ce sont ses propres ardeurs que votre système judiciaire formel devrait refroidir. Au lieu d'envoyer des messages à tout le monde, c'est à lui-même que ce système judiciaire devrait envoyer des messages. Encore une fois, le système judiciaire s'est enfargé dans les fleurs du tapis et n'a fait qu'attiser le ressentiment en cédant à ses propres ardeurs moralisatrices totalement inappropriée en validant implicitement la nécessité d'enrayer une poussée islamophobe inexistante!!!

      En complément, regardez votre système judiciaire formel manoeuvrer dans l'affaire Cadotte et, à mon avis, nous avons encore là un système qui ne pense pas, un système qui ne fonctionne que sur ses routines bancales, bref un système pas de tête et pas de coeur avec en prime un témoin expert, produit par la Couronne, qui n'est même pas au courant des faits du dossier et qui vient porter des jugements experts sur M. Cadotte!!! Une honte. Il ne nous reste plus qu'à espérer que, comme dans l'affaire du Lac Mégantic, le jury citoyen redressera ces comportements judiciaires erratiques et révoltants.

    • Raymond Labelle - Abonné 14 février 2019 14 h 53

      Je comprends ainsi l'essence de votre propos M. Therrien - malgré tout, il est préférable de s'en remettre au système judiciaire que de procéder à un lynchage (au propre pou au figuré) qui découlerait de mouvements d'opinion. En effet.

      Par exemple, intéressant de voir l'avis des jurés dans le procès Turcotte - et qui l'ont acquitté. Ces jurés en connaissaient bien plus sur l'affaire que les gens qui l'auraient presque pendu immédiatement.

  • Michel Bouchard - Abonné 14 février 2019 08 h 24

    Me semble que....

    c'est long 40 ans dans un pénitencier. À être constamment surveiller, devoir se coucher aux heures établies etc..... Je ne crois pas qu'une personne serait encouragée à faire une tuerie en masse sachant qu'elle pourrait passer ce nombre d'années en prison.

    Il y aura plus ou moins 67 ans lorsque qu'il pourra demander une libération conditionnelle. C'est l'âge de la retraite pour bon nombre de personnes qui ont travaillées toutes leurs vies. Lui, ne pourra que dire qu'il a passé ces derniers 40 ans en prison. Et puis même après sa libération, il restera marqué par toutes ces années passées derrière les barreaux. Évidemment, s'il ne tente pas à sa vie avant.

    Derrière tout cela, c'est le contrôle des armes qui importe ici. Comment se fait-il qu'il a pu obtenir une arme aussi facilement ?

    • Gilles Théberge - Abonné 14 février 2019 13 h 44

      Il a pu se procurer une arme à cause du laxisme de nos lois, et de leur application.

      D'ailleurs quand on voit la difficuté de faire enregistrer les armes par les citoyens... Pas étonnant que le jeune Bissonnette ait pu se procurer une arme !

  • Jean-Charles Morin - Abonné 14 février 2019 09 h 21

    La mesure de l'abîme.

    Ce sont dans des occasions comme celles-là que l'on peut mesurer l'tendue de l'abîme qui existe entre les mentalités d'ici et d'ailleurs.

    • Serge Pelletier - Abonné 14 février 2019 18 h 14

      M. Morin, ce n'est pas la mentalité d'ici, mais de toute l'occident qu'il est question comme mentalité. Sauf la "mentalité de revenge" qui prime dans certains états américains (pas tous heureusement), généralement il y a possibilité de réhabilitation. Même en l'Espagne post-Francisque la peine maximale d'incarcération et réclusion maximale est de 40 ans - même si le condamné écope de plusieurs centaines d'années lors du procès.