Déception en chaîne

Je suis déçue que la communauté musulmane de Québec soit déçue de la peine de 40 ans de prison imposée à Alexandre Bissonnette. En voilà une belle occasion pour M. Legault d’expliquer à la communauté musulmane, et à tous les Québécois et Québécoises, « nos valeurs », par exemple, pourquoi la peine de mort a été abolie au Canada. Et 150 ans de prison, cela équivaut à une peine de mort. Ce serait un bon exercice pour nous tous d’entendre parler de la dignité de chaque personne, de l’espoir de réinsertion, de la justice réparatrice. On emprisonne quelqu’un parce qu’il est un danger pour la société ou pour lui-même. Une peine de prison ne doit pas être vue comme une punition, mais comme un temps de réflexion en vue d’une réinsertion. Et dans quarante ans, qui sait si les enfants des victimes de la tuerie de la mosquée de Québec n’auront pas eux-mêmes fait une démarche de justice réparatrice et retrouvé la paix face au meurtrier de leur père.

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6 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 11 février 2019 07 h 57

    Susciter le rejet alors que l'on recherche la compassion


    Dans la «Société des victimes» (Guillaume Erner), où il est tentant de souffrir de quelque chose pour pouvoir ensuite s’en plaindre afin d’espérer se bâtir un capital de sympathie provenant de la compassion que l’on réussit à susciter, tous n’ont pas un statut égal. Dans cette échelle sociale, il y en a qui sont plus victimes que d’autres. Il arrive que les moins habiles à ce jeu de la victimisation deviennent un objet de rejet plutôt que de compassion, les spectateurs de leur souffrance n’arrivant pas à la ressentir parce que trop souvent blasés par l’exposition quotidienne aux malheurs d’autrui via les médias de masse, les rendant alors responsables de leur malheur afin de pouvoir mieux supporter la surexposition de leurs doléances.

    Marc Therrien

  • Cyril Dionne - Abonné 11 février 2019 08 h 09

    La loi du Talion

    Les Québécois sont attristés de voir la réaction de la communauté musulmane suite à ce verdict. Les gens de la mosquée de Québec voulaient des peines consécutives 25 ans jusqu’à 150 ans sans droit de libération conditionnelle. Leur prétexte, prévenir des tueries de ce genre en dissuadant les meurtriers potentiels. Si l’histoire est notre guide, ce n’est pas la l’application de la loi du Talion qui fera une différence.

    Ce jugement est plus qu’un châtiment cruel et dénué de sens. C’est tout simplement de la vengeance. La loi du Talion appliquée sans droit de regard à l’humanité du pardon et du repentir qui régit nos sociétés et supposément, cette religion.

    Si on demande une peine de 40 ans à un malfaiteur qui ne risque pas de récidiver, on devrait trouver le courage de le mettre à mort au lieu de lui faire subir une torture qui durera au bas mot, plus de quatre décennies. Mais de toute façon, ce jugement ne tiendra pas la route parce qu’on ne peut pas réécrire les lois à sa guise pour se sauver de la tâche du magistrat. Cette sentence sera invalidée par la Cour suprême.

    Ceux qui disent que l’idéologie politico-religieuse de l’islam n’est pas compatible avec nos sociétés de droit occidentales n’ont peut-être pas tort.

    • André Joyal - Abonné 11 février 2019 19 h 23

      Ailleurs dans ce journal un lecteur termine son commentaire avec le témoignage d'un jeune Français suite au carnage de Charlie-Hebdo: «Vous n'aurez pas ma haine» .
      Or, à mes yeux, souhaitez une peine de 150 ans s'avère l'effet de la haine. Faut-il voir un lien avec le fait que beaucoup de musulmans québécois proviennent de psys où jamais on ne remet en cause la peine de mort?

  • Claire Dufour - Abonnée 11 février 2019 09 h 36

    Belle réflexion qui amène une forte introspection pour chacun.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 11 février 2019 09 h 48

    C'est exactement ce que je pense, Mme Azzaria

    Certains auraient voulu qu'on décapite Bissonnette, que je n'aurais pas été surpris, comme cela se fait couramment en Arabie saoudite et dans d'autres pays barbares.

  • Jean-François Trottier - Abonné 12 février 2019 10 h 04

    Nos valeurs ? Surtout, l'État de droit

    La sens de la justice dans un état de droit établit clairement qu'une peine n'est pas, n'est jamais une vengeance.

    Quand des clownx comme Harper ou Boisvenu présentent la peine comme une marque de respect envers les victimes, ils me font gerber.

    L'État de droit forme un écran entre la victime et le prévenu, puis coupable le cas échéant, pour d'excellentes raisons, dont celle d'en finir au plus vite avec la haine.

    Oui, il y a des failles dans notre société. Nous nous occupons mal des victimes. Mais ce n'est pas en punissant plus qu'on les aide, au contraire! La loi du Talion n'engendre que la violence, comme on le voit des règlements de compte dans certaines sociétés parallèles.

    L'idée-même que les victimes directes ou indirectes soient présentes lors d'une réunion en vue de remise en liberté plus ou moins surveillée est inacceptable.
    Une fois la justice présente sur un cas, et surtout une fois un verdict prononcé, il ne doit plus y avoir le moindre lien entre les victimes et les condamnés. Les unes doivent faire leur deuil, les autres doivent apprendre à vivre selon les règles de société.
    Certains ne peuvent apprendre, c'est vrai. Ça existe, des psychopathes. Ceux-là posent un problème, ou plusieurs, qui n'a pas été assez creusé à mon sens.
    Mais ça n'a rien à voir avec les victimes.

    En effet plusieurs immigrants viennent de pays où l'État de droit n'existe pas. Mais la pire influence de cette vengeance puérile nous vient directement de nos voisins du Sud, pas mal des milieux où fleurit la Bible Belt qui a un bien étrange sens du pardon. Or le Bible Belt a envahi l'ouest Canadien et est en voie d'en faire autant en Ontario...

    Une sentence n'est absolument pas une vengeance mais une appréciation, basée sur le crime, du temps de réhabilitation.

    Si c'est une vengeance, ben, sortez les cordes et qu'on remette le lynchage à l'ordre du jour! Débile.