Accommodements justifiés

Depuis le débat sur la laïcité remis à l’ordre du jour par le dépôt prochain du projet de loi de la CAQ, beaucoup d’opposants disent craindre que cette loi occasionne des pertes d’emploi dans le milieu de l’enseignement. C’est même devenu l’argument principal. On semble tenir pour acquis que toutes les personnes concernées refuseront de retirer leurs signes. Mais nous n’en savons rien ; peut-être que ces gens se plieront de bonnes grâces aux exigences de la loi.

Dans le cas contraire si le fait de retirer ces signes n’est pas envisageable pour des raisons de foi sincère ou par peur de représailles venant de leur communauté ou de leur famille, il existe peut-être une solution. Ces personnes pourraient demander des accommodements à leur chef spirituel ou à leur Église. Une dispense en quelque sorte leur accordant la permission d’enlever ces signes ostentatoires pendant les heures de travail.

Des dispenses de ce type existent dans toutes les grandes religions à portée universelle et de tout temps, dans des circonstances particulières, quand les croyants vivent dans un milieu où leur foi n’est pas dominante.

Les accommodements ne devraient pas toujours venir d’un seul côté. Tout le monde doit apporter sa contribution pour le vivre-ensemble. Cette mesure fort simple viendrait rassurer tout le monde et atténuer la menace de pertes d’emploi ; tout ceci dans l’intérêt commun.

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18 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 5 février 2019 00 h 48

    Selon l'ancien Mufti de Marseille, le voile représente un cheval de Troie pour s’imposer peu à peu.

    Merci pour une magnifique lettre, madame Hortense Fournier. Effectivement, «les accommodements ne devraient pas toujours venir d’un seul côté. Tout le monde doit apporter sa contribution pour le vivre-ensemble».
    Le port du voile n'est pas une obligation religieuse, mais l'étendard par excellence de l'Islam politique. Voici ce que le théologien msulman, l’ancien mufti de Marseille avait à dire sur le sujet en interview avec Hélène Buzzetti du Devoir le 1er novembre 2016: «Bien sûr, il faut accorder les libertés à tout le monde, notamment s’il s’agit de la liberté de conscience. Mais est-ce que le voile, la burqa, le niqab est un problème de conscience et de spiritualité ? Ne s’agit-il pas plutôt de l’étendard avant-gardiste d’une idéologie conquérante qui utilise les libertés offertes en Occident — laïcité, liberté religieuse, etc. — comme un cheval de Troie pour s’imposer peu à peu ? »
    «Il met en garde contre la lecture littérale des textes religieux. Selon lui, le port du voile par les musulmanes procède d’un « littéralisme dangereux ».

    • Christian Roy - Abonné 5 février 2019 10 h 19

      Vous n'en avez que pour le voile Mme Alexan.

      Et pour les autres dénominations religieuses, qu'est-ce qu'on fait ? À ce compte-là, tout devient source de méfiance. Ne risque-t-on pas de glisser dans un "'intégrisme laïciste" aussi peu subtil que le "littéralisme dangereux" que vous dénoncez ?

      D'autres parts, qui porte le voile au Québec ? Le porte-t-elle automatiquement sous la contrainte ? N'y a-t-il qu'une seule façon d'en faire l'interprétation ? Avons-nous affaire à des personnes téléguidées ? N'ont-elle aucune individualité ?

      Qui sont ces femmes ?

    • Jean-François Trottier - Abonné 6 février 2019 09 h 45

      M. Roy,

      vous devez comprendre, en tout cas essayer, qu'au Québec dans les circonstances actuelles l'islamisme, qui comme on doit savoir est un mouvement politique absolutiste qui ne renie pas la violence, est ce qui inquiète le plus les gens pour au moins deux raisons.

      D'abord il a causé des milliers de morts il y a peu. Non, pas ici, et alors ?
      Ensuite nous connaissons l'islamisme peu et nous n'en voyons que le plus spectaculairement morbide, depuis les femmes Saoudiennes infantilisées jusqu'aux tueries de l'État Islamique. Je dois dire que je n'ai aucun goût de le connaître plus : j'ai connu le catholicisme rigide.

      Ce n'est pas un argument de dire que l'on ne pense pas à toutes les religions.
      Il existe plusieurs monothéismes. Tous ont en commun la violence au moins morale et dans leur canon l'autorité masculine sur tout y compris ce truc joli, utile mais gênant, les femmes. Zéro exception.
      Je parle de monothéismes parce qu'on ne peut pas généraliser avec les polythéismes. Au passage l'hindouïsme est un monothéisme.

      Parler de l'islam est donc suffisant. Sinon prouvez le contraire.

      Surtout ici! Les Québécois ont proprement sorti le catholicisme de toutes les arcanes du pouvoir en environ 12 ans, un record historique. Pour les Québécois, le christianisme a quelque chose de désuet, inoffensif et surtout plouc. On ne craint pas ce qu'on trouve un peu ridicule.

      Ah, vous ignoriez ça? Ben coudon...

      La position de Mme Alexan est, je crois et elle me corrigera au besoin, que les chaînes sont très utiles , qu'on ne peut en condamner l'usage, mais qu'elles peuvent aussi servir à... enchaîner des personnes.
      L'ignorer pour ne pas déplaire à ceux qui les utilisent pour faire une balançoire d'enfants, c'est fort de ketchup.

      Portez-vous la svatiska? Hé! Ce symbole a été honorable pendant des milliers d'années. Et puis c'est joli en fin de compte une svatiska.

      En effet, le symbole dépasse la personne. Ce n'est pas une question de mode.

  • Claude Bariteau - Abonné 5 février 2019 06 h 37

    Beaucoup de sagesse dans votre suggestion. Elle laisse parfois entendre que les femmes ne sont pas libres de leurs choix.

    En démocratie, on présume que c'est le cas. Il leur revient donc de l'exercer à leur façon.

    Quant à l'État, s'il choisit d'accommoder les personnes qui exercent leur travail, cela implique surtout de leur assurer un travail autre qui peut, temporairement, se réaliser sans remettrer en cause les principes à la base de la loi.

    Accommoder ne veut pas dire respecter les vues des personnes qui en font la demande, mais trouver une façon de les maintenir à l'emploi de l'État.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 5 février 2019 08 h 41

    Excellente suggestion, Mme Fournier

    Mais concernant les musulmanes portant le hidjab, elles n'auront pas à aller voir leur imam. Pourquoi? Parce que ce voile n'a rien à voir avec l'islam. Ce sera leur décision. Si elles s'entêtent à garder leur couvre-chef sur la tête, good bye!

    • Christian Roy - Abonné 5 février 2019 10 h 25

      M. Le Blanc, votre affirmation me surprend: "Parce que ce voile n'a rien à voir avec l'islam."

      Pouvez-vous être plus précis s.v.p. ?

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 5 février 2019 10 h 56

      M. Roy,

      Prière de lire le 1er commentaire ci-haut, celui de Mme Alexan. Le Coran ne parle pas du voile.

    • Christian Roy - Abonné 5 février 2019 12 h 25

      M. Le Blanc, je vous invite à lire le sourate 24, 31 du Coran.

      Du hidjab au tchador, les variantes du voile islamique - à distinguer du terme islamiste - s'appuient sur un incontestable fondement coranique.

      Bien à vous.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 5 février 2019 21 h 15

      M. Christian Roy, je vous invite à lire cet extrait d'un texte écrit par Mohammed Chirani:

      «Continuons le décryptage du verset 33.59 sur lequel se sont basés beaucoup de théologiens pour justifier le voile. Afin de mieux en cerner le sens, lisez la suite: «Certes, si les hypocrites, les malades du cœur (les pervers), et les semeurs de troubles à Médine ne cessent pas, Nous t’inciterons contre eux, et alors, ils n’y resteront que peu de temps en ton voisinage» (Coran 33.60). Nous comprenons de ce verset qu’il s’agit là des trois catégories de personnes qui harcelaient les femmes à Médine: les hypocrites, les pervers et les fauteurs de troubles. L’obligation de se vêtir d’une certaine manière, «afin que les femmes soient reconnues pour ne pas être offensées», s’explique par la présence de ces «voyous» dans la ville. Comme certains d’entre vous le savent, plusieurs versets sont rattachés à leurs contextes de révélations (Asbab Al Nuzul). Ce verset est lié à un événement spécifique, à des gens précis et à un lieu bien déterminé (...). Ce verset doit être replacé dans son contexte historique et dans les circonstances particulières de l’époque. Le principe général à dégager de ce verset est «la protection de la femme» et nullement une façon de s’habiller. Il en résulte que le port du voile, tel que porté aujourd’hui, n’est ni un commandement divin, ni un critère d’islamité.

      Conclusion: conformément au dessein global de Dieu, l’application de ce verset dans notre époque signifie que les jeunes femmes musulmanes sont incitées à s’habiller normalement afin qu’elles soient protégées contre la pression, la marginalisation, la discrimination et l’exclusion. En exposant au risque les filles musulmanes dans ce climat d’islamophobie et de haute tension, ceux qui instrumentalisent le voile pour des questions identitaires et politiques, agissent inconsciemment comme les semeurs de troubles à Médine.»

      De grâce, M. Roy, ne faites le jeu des islamistes.

  • Toufik issad - Inscrit 5 février 2019 10 h 00

    En Islam, pas de clergé

    Ce qu'il faut comprendre est qu’en islam il n’y a pas de clergé, l'imam ne peut pas décider de lui-même d'autoriser ou d'interdire quoi que ce soit sans une référence dans le coran ou du prophète. La décision de porter le voile est prise par les femmes elle-même parce qu’elles pensent que c'est un devoir religieux, elles ne vont jamais suivre l'avis d'un imam qui dira le contraire. Arrêtons de dire que les femmes au Québec sont stupides et manipulées par leurs maris !!!
    Cela dit, cette histoire d'interdire les signes n'est basée sur aucun fait, nos écoles au Québec n'ont aucun problème relatif à la religion ou les signes des enseignants, et les concernés (enseignants et administration) sont contre ce projet. D’ailleurs, même sans les signes, la religion des personnes va être connue à travers d'autre facteurs (nom, origine, …) c'est quoi la prochaine étape, forcer les gens à changer leurs prénoms? ne pas parler de leurs origines?.....

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 5 février 2019 11 h 20

      Monsieur Toufik Issad,

      Vous sentez-vous persécuté?

    • Nadia Alexan - Abonnée 5 février 2019 11 h 21

      À monsieur Toufik Assad: Comme vous le saviez déjà, le voile n'est pas une obligation religieuse, mais le porte-étendard de l'islam politique propager ces dernières années par les Frères musulmans. Il y'a seulement 30 ans, il n'y avait pas une seule femme voilée au Moyen-Orient, sauf dans l'Arabie saoudite, ce pays barbare et misogyne.
      Le port de signes religieux n'a rien à faire avec la religion, c'est plutôt un désire identitaire de brandir son appartenance tribale et communautariste. Ce voile divise au lieu de rassembler.
      C'est la raison pour laquelle, la laïcité s'impose pour sauvegarder la neutralité de l'État et de ses fonctionnaires au seine de nos institutions publiques.

    • Christian Roy - Abonné 5 février 2019 12 h 50

      @ Mme Alexan,

      C'est aux Québécoises musulmanes de décider librement de porter ou non le voile.
      - Notre pays est une terre de liberté.

      C'est lorsque le voile est porté ou enlevé sous la contrainte qu'il relève alors plus de la soumission que de la religion.
      - Notre pays reconnaît la liberté de conscience et de religion de tous ses concitoyens, sans exception.

      Je souhaite vivement que les féministes musulmanes (et musulmans - j'imagine qu'il doit bien y en avoir quelques-uns - prennent de plus en plus de place au sein de leur communauté croyante et qu'elles (ils) fassent évoluer en son sein un esprit de liberté et d'émancipation. La terre du Québec en est le plus beau creuset.

      Que les femmes voilées qui désirent travailler pour l'État soient jugées non pas sur la base de leur apparence mais en vertu de leurs compétences et de la qualité de leur rendement - comme c'est le cas pour tous les autres.

      Nous serons ainsi à la hauteur de notre système de valeurs.

      Et ce sera le plus beau pied-de-nez à tous les Barbus rétrogrades.

    • Jean-François Trottier - Abonné 6 février 2019 10 h 34

      Belle déclaration, M. Roy!

      Maintenant parlons sérieusement.

      La foi et la religion sont deux notions totalement différentes. Il est malsain de justifier l'une par l'autre.

      Une religion est un groupe social qui se regroupe soi-disant sous une apparence de similitude de foi sous l'autorité de quelques-uns.

      Tous les monothéismes vivent sous l'égide de certaines personnes qui ont le droit ab-so-lu de faire des procès d'intention, de juger et de condamner.
      Je prends pour acquis que vous avez idée de la violence incluse dans les mots "procès d'intention". Des personnes se suicident à cause de ça, et je ne parle même pas des lapidations, acide au visage et autres. La sainte institution de l'Inquisition existe encore, bien que silencieuse de nos jours, sous l'autorité du pape.

      Par essence tout monothéisme considère un État comme de droit divin, i.e. son autorité se termine là où débute l'autorité religieuse. Pas le contraire!

      La gentillette boule.... qui voudrait que l'on accepte certains symboles d'une autorité qui se proclame supérieure pour "amadouer" les "Barbus", ou même de plus modérés, est aussi brillante que de vendre des tanks à l'Arabie Saoudite en espérant modifier la mentalité du roi.
      Côté colifichet, les colons donnaient des petits miroirs.

      Le Rousseauisme dit que l'humain est un bon sauvage qu'il suffit de rapatrier au bercail par la persuasion et la gentillesse. C'est beau mais c'est très faux.
      Ce sont les religions, qui sont non de RÉALITÉ mais de VÉRITÉ, qui obligent chacun à prendre position.

      Votre non-position est une démission.

      Celle de Trudeau était et reste claire : n'importe quoi pour nier le Québec. Le but avoué du multiculturalisme a toujours été de noyer les Québécois dans un océan de minorités toutes plus ou moins infantilisées/folklorisées. Coiffe de plumes, bière verte, sirop d'érable et poignard inoffensif, même combat.

      On dirait que ça pogne en ta.

  • Serge Pelletier - Abonné 5 février 2019 12 h 55

    M. Issad... Et le Grand Mufti de Jérusalem, et le Guide Suprême en Iran, le Commandeur de tous les croyants?

    Effectivement, il n'y a pas théoriquement de "grand boss hiérachisé "dans cette religion moyenâgeuse. Il n'y a sembe-t-il que Mohomet, qui lui n'était pas un "boss". Ben oui, juste un comme un autre...

    Et pour les sunnites, le Grand Mufti de Jérusalem, Haj Amin al-Husseini, aimait bien citer le Coran pour enjoindre les gens de confession sunnite se trouvant sous son autorité de joindre les troupes nazis… Ça doit être cela, le Coran connaissant et citait le mouvement nazi 1350 ans avant la création du parti... Et le Guide Suprême du nom de Rouhollah Moussavi Khomeini (et ses successeurs) n'était pas le "boss de personne" chez les chiites... Et le Roi du Maroc, n'est-il pas le "commandeur de tous les croyants", et ce que disent les imans de tout le pays du Maroc ne doivent-ils pas comme prêches avoir son autorisation de divulgation... sans cela c'est le prison. Et que dire de l'héritier désigné de la famille Al Saoud qui décide que 'le boss c'est moi", et les imans qui se disent sans boss se retrouvent en prison (pour les plus chanceux)...

    Quand aux affaires du port d'un voile quelconque par les femmes de confession islamique, cela n'est aucunement imposé par le Coran. Le Coran ne fait mention que de se vêtir de manière décente et humble... Hors quand l'on voit ici certaines "vedettes musulmanes" avec des foulards Ermès multicouleurs transformés en voile religieux sur le coco, du rouge à lèvres criants et autres fards du même criage... l'on doit fortement s'interroger sur le "décent et humble" du Coran...

    • André Joyal - Abonné 5 février 2019 17 h 05

      M. Pelletier : «Hors quand l'on voit ici certaines "vedettes musulmanes" avec des foulards HermèsErmès multicouleurs transformés en voile religieux sur le coco, du rouge à lèvres criants et autres fards du même criage... l'on doit fortement s'interroger sur le "décent et humble" du Coran...»

      Oui, on se rappellera tous, au moment du débat de la Charte du PQ, comment cette militante chez nos «amis» de QS, - dont les initiales sont D.A. -, avait réussi à séduire Patrice Roy. Il se courbait devant elle, tout médusé et mielleux, sous l'effet de ce que vous décrivez si bien. Alors que la veille il s'était acharné contre Janette Bertrand comme si son job financé par Ottawa en dépendait.