Le gros bout du bâton à François Legault

Le moins qu’on puisse dire, c’est que François Legault joue franc jeu avec Justin Trudeau en lui présentant sa liste d’« épicerie », à savoir l’immigration, les compensations pour les demandeurs d’asile, les infrastructures, l’économie et la possibilité pour les Québécois de remplir une déclaration de revenus unique… et tout cela à la veille d’une campagne électorale fédérale

En ce qui a trait plus particulièrement à la déclaration de revenus unique, M. Legault ne s’est pas gêné pour alléguer que les conservateurs d’Andrew Scheer, le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique se sont déjà exprimés pour cette demande de Québec. À cet effet, il est bon de rappeler que M. Trudeau s’est opposé en mai 2018 à une déclaration de revenus unique qui serait administrée par le gouvernement québécois, malgré le consensus de l’Assemblée nationale.

Quoique François Legault ait reconnu que l’introduction d’une déclaration de revenus unique gérée par le Québec occasionnerait des pertes d’emplois chez les fonctionnaires, il avance qu’on pourrait créer d’autres emplois « plus efficaces » pour des employés « qui font exactement la même chose » au fédéral comme au provincial, et tout cela pour une masse salariale de 500 millions de dollars en dédoublement.

À mon point de vue, le premier ministre du Québec détient « le gros bout du bâton » dans cette joute stratégique entre les deux ordres de gouvernement. La balle est maintenant dans le camp des libéraux fédéraux, qui ont tout avantage à se montrer à l’écoute des demandes du gouvernement Legault s’ils désirent accroître leur députation au Québec à l’automne 2019.
 

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10 commentaires
  • Denis Carrier - Abonné 22 janvier 2019 05 h 56

    Un moment historique

    Si monsieur Legault réussi à arracher le rapport d’impôt unique pour le Québec, ce sera une victoire historique.

    • Gilles Bousquet - Abonné 22 janvier 2019 09 h 43

      Trudeau ne voudra pas, il serait blasté par le reste du Canada.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 22 janvier 2019 09 h 19

    Les faux-fuyants de Justin.

    Jusqu'aux élections, m'est d'avis que Justin Trudeau va essayer de gagner du temps en multipliant les réponses ambigües de manière à faire traîner les choses et laisser espérer quelque issue positive en agitant la carotte.

    "Nous mettons nos sièges en jeu pour avoir du changement!" a déjà dit son célèbre père lors d'un certain référendum. On connaît la suite...

    Une fois la date des élections passée -et le vote des Québécois dans sa poche- Justin donnera finalement sa réponse: ce sera un magistral "NON" sur toute la ligne, le tout accompagné du gentil petit sourire qui le rend tellement chou. Point final et on passe à un autre appel.

  • Bernard Dupuis - Abonné 22 janvier 2019 10 h 38

    C'est l'histoire qui se répète

    Un enfant qui veut obtenir une faveur de son grand frère doit évidemment penser à une stratégie afin de bien présenter sa demande. La meilleure stratégie, c’est bien connu de tous les enfants, est celle de recourir au chantage. Si tu ne me donnes pas ce que je veux, tu ne seras plus mon ami.

    Voilà que le premier ministre du Québec, avec l’accord d’un grand nombre de Québécois recolonisés, en est réduit à jouer au maître chanteur. Toutefois, si les canadianistes croient que le premier ministre du Québec détient « le gros bout du bâton », il me semble qu’ils font encore preuve d’une naïveté assez pathétique.

    Il est vrai que les libéraux fédéraux désirent accroître leur députation au Québec, mais ils doivent tenir compte, faut-il le rappeler, des autres provinces canadiennes qui sont majoritaires. Celles-ci montrent déjà des signes d’impatience devant cette stratégie on ne peut plus évidente de marchandage de bas étage.

    La stratégie du gouvernement fédéral sera probablement d’accorder quelques bonbons sous forme de subventions dédiées aux infrastructures. De toute façon, cela fait l’affaire du Canada anglais puisque cela lui permettra de venir exploiter le territoire québécois pour leur commerce avec l’Europe et en particulier avec la France. Pour ce qui est des autres demandes, elles alimenteront les "conversations" comme disait Dominique Leblanc ministre des Affaires intergouvernementales. C'est l'hitoire qui se répète.

    Bernard Dupuis, 22/01/2019

  • André Joyal - Abonné 22 janvier 2019 11 h 15

    Le phénomène TLM

    TLM = Toujours Les Mêmes; un phénomène bien connu dans le monde de la participation citoyenne. Se pourrait-il, comme s'interrogeait un lecteur il y a peu, que Le Devoir reçoive si peu de lettres, que le journal, en conséquence, doive publier certains, dont l'auteur de cette lettre, plus souvent qu'à son tour?

    Je lance un appel aux belles plumes de ce forum pour qu'il puissent faire bénéficier leur talent aux lecteurs du format papier .Je pense aux Claude Bariteau, Jp Martel, N. Alexan, C. Dionne, M. Therrien, JP Trottier, ND Sévigny, S. Pelletier et autres Gervais-Desjardins et les invite à profiter du peu de choix que semble avoir notre journal.

    • Marc Therrien - Abonné 22 janvier 2019 21 h 38

      M. Joyal,

      J'apprécie de voir que je fais partie de la liste des commentateurs que vous aimez lire même quand j'abreuve d'un peu trop de citations, un tic de "wanna be" philosophe que je m'amuse parfois à cultiver. Il fut un temps où je m'efforçais d'envoyer une proposition de lettre par semaine ou deux semaines. J'ai alors éprouvé par l'expérience que choisir, c'est exclure. Pendant 1 ou 2 ans, je vivais cela comme le plaisir d'une partie de pêche à la mouche en souriant de voir que ce n'était pas toujours à ce que je considérais être mon meilleur texte que ça mordait. Cette expérience de pure subjectivité de la proposition de lettre par un lecteur qui s'accorde avec la disposition de la direction du Devoir continue cependant d'être intéressante à vire pour l'observateur-participant que je demeure.

      Marc Therrien

  • Henri Marineau - Inscrit 22 janvier 2019 11 h 39

    "La meilleure stratégie, c’est bien connu de tous les enfants, est celle de recourir au chantage. Si tu ne me donnes pas ce que je veux, tu ne seras plus mon ami" Denis Carrier

    Je ne vois pas du tout à quelle forme de chantage joue François Legault puisque ses velléités son unilatérales... Il les met sur la table sans rien offrir en retour... Du marchandage?

    Henri Marineau

    • Bernard Dupuis - Abonné 22 janvier 2019 16 h 47

      Il me semble que nous assistons à une forme de chantage évident. M. Legault dit qu’il y aura bientôt des élections fédérales et que s’il n’a pas ce qu’il désire avec M. Trudeau il se tournera vers M. Scheer. Pour moi, c’est une façon de dire « si je n’ai pas ce que je veux, tu ne seras plus mon ami et je tournerai vers ton adversaire ».

      La dépendance de M. Legault envers Ottawa le force et le forcera ad vitam aeternam à faire ce genre de « maquignonage ». Ce ne sera jamais lui qui en dernier lieu décidera ce qui est bon pour le Québec, mais le Canada anglais. D’ailleurs, le premier ministre du Manitoba a bien mis M. Legault en garde aujourd’hui.

      Bernard Dupuis