Ruines patrimoniales

Mon ancêtre se nomme Nicolas Petit, dit Beauchemin. Il est arrivé au pays en 1649 et s’est établi à Trois-Rivières. Ses descendants ont essaimé ici et là en Nouvelle-France. L’un d’eux, Joseph Beauchemin, agriculteur, a construit à Varennes en 1750 une belle maison de pierre considérée à présent comme la maison ancestrale des Beauchemin. Le ministère des Affaires culturelles l’avait classée en 1984.

J’ai vu pour la dernière fois la maison Beauchemin en 2003. Elle était dans un état assez pitoyable, mais possédait encore un toit et on pouvait penser qu’une fois restaurée, elle redeviendrait habitable. Deux ans plus tard, on l’incendiait.

Samedi, le 19 janvier dernier, Le Devoir nous la montrait dans son état actuel : quelques pans de murs et deux pignons dressés misérablement vers le ciel. Le tout clôturé. La désolation, quoi. Une désolation classée s’harmonisant parfaitement avec le paysage industriel qui lui sert à présent d’écrin. La maison Beauchemin appartient maintenant à une compagnie pétrochimique de Calgary, qui a miséricordieusement installé des bâches sur ses restes. On ignore ce qu’elle en fera par la suite. Mais il est assez facile de le deviner.

Je demeure à Longueuil, non loin de Varennes. Je m’en veux beaucoup et je ressens même de la honte de n’avoir rien tenté pour sauver cette maison au moment où on pouvait encore le faire. Son classement m’avait un peu berné.

La Loi sur les biens culturels, dans ses dispositions actuelles, est une loi d’eunuque qui voudrait fonder une grande famille patrimoniale. Une forte impression de rond-de-cuir endormi s’en dégage. Plusieurs s’inquiètent autant pour cette loi que pour les biens qu’elle est censée protéger. Si Nathalie Roy, ministre de la Culture et des Communications, est vraiment sérieuse, elle a du pain sur la planche. De grâce, Madame, n’attendez pas qu’il soit moisi.
 

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1 commentaire
  • Suzanne Girard - Abonnée 21 janvier 2019 11 h 56

    N'est-on jamais si bien servi que par soi-même?

    Vous n'avez pas à culpabiliser outre mesure. Vous y aviez cru à cette «protection» qui semblait devoir venir avec le classement officiel de cette maison en 1984. Cependant, force est de constater que derrière les politiques et même derrière les lois, il y a des personnes. Ce sont ces personnes qui peuvent par leur leadership donner du mordant à ces politiques mises en place et à ces législations votées. Malheureusement, il est aussi depuis longtemps connu et reconnu que sans ressources financières, on ne peut escompter d'améliorations dans plusieurs domaines. La culture a, tout comme l'éducation, la santé, les soins aux aînés, nos infrastructures routières, l'environnement, un besoin urgent d'un meilleur investissement de l'État. Pour cela, il faut aussi que chaque contribuable comprenne la portée collective de chaque dollar qu'il paye en impôt ou taxes. Comme contribuable, je souhaite vivement que l'État se préoccupe davantage de la sauvegarde du patrimoine bâti, immatériel et archivistique de partout au Québec et le démontre en investissant plus adéquatement et plus généreusement dans ces secteurs fragilisés, voire en péril.