Plus que des langues

En raison de la crise existentielle affectant les langues indigènes autour du globe, l’Assemblée générale des Nations unies a proclamé 2019 « Année internationale des langues autochtones ». On prédit qu’au rythme où fondent dans l’oubli les langues autochtones, la moitié des 6000 langues connues auront disparu avant la fin de notre siècle. Toutefois, pour le bien-être des Autochtones et des non-Autochtones, nous nous devons de protéger beaucoup plus que ces langues. C’est l’ensemble des connaissances et des aptitudes autochtones qui doit être protégé, valorisé et acquis par tous pour le bien de notre planète et de l’humanité.

Ayant collaboré avec diverses communautés autochtones dans les Amériques, j’ai eu la chance de voir ce que ces peuples ont à offrir au reste de la planète. Dans un monde de plus en plus individualiste, matérialiste et ravageur pour l’environnement, un retour aux pratiques et aux moeurs autochtones permettrait de trouver des solutions à de nombreuses problématiques mondiales.

Les peuples autochtones sont maîtres de leur environnement. Ils savent travailler la terre de manière durable, sans l’usage de pesticides ou d’engrais chimiques, pour la léguer la tête haute aux générations futures. Les professionnels de l’agriculture biologique, ce sont eux ! De surcroît, les peuples autochtones maîtrisent la confection de textiles, de récipients et d’accessoires de toutes sortes en utilisant ce qui se trouve à leur portée. L’épicerie zéro déchet est la règle chez eux. [...]

Enfin, dans un monde où nos aînés sont confinés dans des maisons de retraite, où nos terrains sont clôturés scrupuleusement et où notre salut se trouve dans la richesse et le succès, les valeurs autochtones permettraient de redonner une moralité à notre existence. Le respect des aînés, le partage équitable des ressources et l’importance de la communauté sont des caractéristiques intangibles des nombreux peuples autochtones partout sur la planète.

Bien plus que les langues, ce sont les modes de vie des peuples autochtones qui doivent être protégés, partagés et acquis par le monde occidental pour lutter contre les changements climatiques, contre les conséquences du capitalisme et pour assurer la survie de notre civilisation.

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2 commentaires
  • Danielle Brossard - Abonnée 11 janvier 2019 09 h 27

    Vous avez tout à fait raison M. Jamali. Ces peuples ont beaucoup à nous apporter comme autant ils l'ont fait d'ailleurs avec beaucoup de générosité par le passé et nous avons tout intéret à les consulter en première ligne pour lutter contre les changements climatiques.

  • Jean-François Trottier - Abonné 11 janvier 2019 12 h 38

    J'appuie mille fois

    À quelques nuances près.

    On a vu beaucoup d'autochtones maltraiter leur environnement gravement. La disparition de nombreuses espèces n'ont pas attendu l'ère historique. La culture sur brûlis a longtemps été le fait de tribus autochtones vivant sur une terre riche en surface et pauvre en profondeur, ce qui obligeait à changer de site régulièrement et donc de détruire de grands espaces de forêt.

    La connaissance du milieu ne garantit pas son respect.
    L'histoire de l'humanité en est une de lutte contre la nature, et c'est parfaitement normal.

    Ce que l'humanité doit changer est un fait nouveau, qui date de la présence humaine en tout point du globe. C'est le sens que nous devons donner à "penser mondialement, agir localement".

    Je tiens à donner mon appui à toutes les populations autochtones, à leur culture, au rapport essentiel qu'elles ont développé avec leur environnement. Mais elles auront toujours besoin des technologies et des sciences actuelles pour évoluer dans le sens d'un respect mieux compris dudit environnement.

    La grande catastrophe à éviter est avant tout l'uniformisation de la gestion, qui ne peut se préoccuper que d'efficacité financière. Ici, je dois dire qie je différencie totalement finance et économie comme deux notions presque contradictoires.
    Économie peut aller de pair avec écologie. Elle parle de réalité, au niveau du sol.
    La finance est un mal plus ou moins nécessaire, ne serait-ce que parce qu'elle transige des valeurs virtuelles, monnaie, titres, assurances et options, mais jamais quoi que ce soit de tangible ni de productif.

    Ce sens du réel, nous pouvons le retrouver à l'école des nations autochtones, région par région, peuple par peuple, personne par personne. On est loin en ta de la mondialisation des marchés!

    Est-il possible de passer d'un ordre de priorités à un autre, plus près du réel, essentiel, sans bain de sang ? J'ose encore le croire.