La parole à nos lecteurs

Parlons francisation

 

Pendant la dernière campagne électorale québécoise, et de façon récurrente d’ailleurs, il a beaucoup été question d’immigration, de francisation et d’intégration. J’aimerais apporter le point de vue de quelqu’un qui, pendant plus de 30 ans, a côtoyé quotidiennement nos nouveaux arrivants.

Professeur en francisation, d’abord dans les défunts COFI, puis dans différents centres communautaires ou organismes, j’ai ensuite enseigné pendant une quinzaine d’années dans un cégep, toujours en francisation.

J’ai pu voir, au cours de ma carrière, la lente dégradation des services de francisation.

Les apprenants, qui jadis étaient classés par nous, les professeurs, qui avons l’expertise nécessaire pour former des classes homogènes, sont aujourd’hui évalués en ligne selon des critères assez flous. Ainsi, aujourd’hui dans nos classes, de jeunes adultes côtoient des personnes de l’âge d’or, des professionnels hautement scolarisés doivent apprendre notre langue au rythme de certains de leurs camarades de classe qui eux sont quasi-analphabètes.

C’est du gaspillage de temps, d’argent et d’énergie. Peu à peu nos classes de francisation, si hétérogènes qu’il nous est impossible de les gérer (pédagogiquement parlant), se sont converties en service de garde, à la seule différence qu’il s’agit d’un service de garde gratuit (et rémunéré). Si les contribuables voyaient ça…

De plus, nos gestionnaires, oubliant le côté d’abord et avant tout humain de notre travail, nous imposent des programmes auxquels, et ce pour justifier leur emploi, ils tentent de donner un aspect scientifique.

Ajoutez à cela une surcharge de travail administratif, lequel travail était auparavant fait par des secrétaires, des observations de professeurs menées par des gens sans ou quasi sans expérience (en ce qui me concerne, j’ai été observé en classe puis évalué à trois semaines de prendre ma retraite !) et un mépris total de l’expertise des profs au profit de programmes conçus par des universitaires, la plupart sans expérience d’enseignement. Tout cela explique que j’ai pris ma retraite (hier) alors que j’aurais pu être utile encore quelques années. Je pars fier du travail que j’ai accompli, mais amer devant le peu d’importance que notre ministère donne aux profs de francisation et le réel gaspillage de fonds publics.


Christophe Brunie
Le 8 janvier 2019


Vote obligatoire

 

Dans sa promesse rompue de réforme électorale, Justin Trudeau envisageait le vote obligatoire. Est-il trop tard pour l’élection fédérale prévue en octobre ? Le taux de participation à l’élection de 2015 a été de 61,5 %, de 61,1 % à celle de 2011 et de 58,8 % à celle de 2008 (un record). En clair, environ 40 % des électeurs canadiens ne se sont pas prononcés sur les politiciens censés les gouverner pendant un mandat. Imaginez ! La perspective que cela se répète en octobre doit ravir la droite, elle qui n’aime rien autant que des citoyens amorphes qui s’intéressent à tout sauf au plus important : la politique.

Dans plusieurs pays, on meurt pour faire naître la démocratie ; ici, on la regarde mourir à petit feu. Avant de ressembler aux États-Unis, nous devrions rendre le vote obligatoire, comme en Australie, en Belgique, au Danemark et au Luxembourg. Le cas échéant, l’électeur paresseux sera bien obligé de s’intéresser un peu à la politique avant de noircir son carton de vote. Ce sera toujours ça de gagné.

 

Sylvio Le Blanc
Montréal, le 4 janvier 2019

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.