Vote obligatoire

Dans sa promesse rompue de réforme électorale, Justin Trudeau envisageait le vote obligatoire. Est-il trop tard pour l’élection fédérale prévue en octobre ? Le taux de participation à l’élection de 2015 a été de 61,5 %, de 61,1 % à celle de 2011 et de 58,8 % à celle de 2008 (un record). En clair, environ 40 % des électeurs canadiens ne se sont pas prononcés sur les politiciens censés les gouverner pendant un mandat. Imaginez ! La perspective que cela se répète en octobre doit ravir la droite, elle qui n’aime rien autant que des citoyens amorphes qui s’intéressent à tout sauf au plus important : la politique.

Dans plusieurs pays, on meurt pour faire naître la démocratie ; ici, on la regarde mourir à petit feu. Avant de ressembler aux États-Unis, nous devrions rendre le vote obligatoire, comme en Australie, en Belgique, au Danemark et au Luxembourg. Le cas échéant, l’électeur paresseux sera bien obligé de s’intéresser un peu à la politique avant de noircir son carton de vote. Ce sera toujours ça de gagné.

13 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 9 janvier 2019 07 h 42

    La liberté qui condamne à la responsabilité, mais laquelle?


    Mark Twain (1835-1910) avait dit quelque comme :“If Voting Made a Difference, They Wouldn’t Let Us Do It” qui a été répété par Coluche : «si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ce serait interdit». Ainsi, le cynisme et la tentation de l’anarchie accompagnent la démocratie depuis bien longtemps. Il serait intéressant de vérifier d’élection en élection si les taux combinés d’abstentionnisme et de votes annulés augmentent par rapport à l’élection précédente. Ils pourraient être un indicateur du nombre de personnes qui pourraient être attirées par des idées anarchistes telles que celles d’Élisée Reclus (1830-1905), par exemple, et partager les mêmes motivations légitimes de ne pas voter.

    Donner son vote, ça signifie porter au trône une personne qui sera notre supérieur et à qui il faudra obéir parce qu'elle a le pouvoir de faire des lois. Il est possible que les abstentionnistes ne soient plus dupes de penser que c’est par son intelligence supérieure que le candidat à une élection mérite un vote pour les gouverner et que parfois, il se permettra d'être au-dessus des lois qu'il nous demande de respecter. Il se peut que les individus de plus en plus égoïstes désirant être souverains d’eux-mêmes n’acceptent plus la trahison de ces mendiants de vote promettant une totale honnêteté dont la volonté s’affaiblira au contact des «occasions qui font le larron» et qui justifieront de toutes sortes de façons les manquements à leurs engagements. Alors que l’idéal d’un monde égalitaire empêche de rêver d’instaurer un suffrage capacitaire dans lequel le droit de vote est accordé aux citoyens en fonction de leurs capacités intellectuelles, pendant que certains rêvent au vote obligatoire, d’aucuns, comme le philosophe Jacques Rancière par exemple, font la promotion du tirage au sort pour décider des personnes qui formeraient un gouvernement.

    Marc Therrien

  • Jana Havrankova - Abonnée 9 janvier 2019 09 h 23

    Prérequis pour le vote obligatoire

    Comme vous, monsieur Le Blanc, je me désole du peu d’intérêt qu’une partie significative de la population porte aux élections.

    Toutefois, je ne crois pas que le vote obligatoire en soi constitue la solution pour améliorer la participation à la démocratie. Les gens iront voter, craignant la contravention, mais qu’est-ce qui nous fait espérer qu’ils se rendent aux urnes informés et conscients de leur choix ?

    Les prérequis pour le vote obligatoire seraient : une solide formation civique des jeunes (et des moins jeunes) pour qu’ils votent en toute connaissance de cause ; un mode de scrutin proportionnel pour que le vote corresponde au choix réel de l’électeur ; une possibilité d’exprimer clairement son abstention dans une case intitulée : aucun de ces candidats.

    Il serait intéressant de savoir si le vote obligatoire a augmenté la connaissance des électeurs concernant les sujets d'ordre politique.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 9 janvier 2019 13 h 11

      Vous apportez de bons points, Mme Havrankova.

    • Gilles Théberge - Abonné 9 janvier 2019 16 h 32

      Ce n'est as l'obligation de voter qui améliorerait la qualité de la démocratie, mais bien le mode de scriutin proportionnel, une promesse électorale rompue de Justin.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 9 janvier 2019 17 h 36

      Mme Havrankova,

      Lisez-vous Milan Kundera? Si oui, selon vous, ses romans étaient mieux écrits du temps où il écrivait en tchèque? Merci.

  • Jacques de Guise - Abonné 9 janvier 2019 09 h 31

    Franchement.....la paresse n'est pas où vous la voyez!!!

    Il serait pas mal plus intelligent de revoir le fonctionnement lacunaire de la démocratie représentative que d'imposer le vote obligatoire à des gens qui justement ne veulent plus être représentés - en ne votant pas - par cette clique de nuls qui sont responsables de notre impuissance collective. Regardez ce qui advient de l'aide médicale à mourrir et on en reparlera de cette démocratie représentative!!! Franchement, vos propos me dépassent ce matin. Il faut vraiment ne pas saisir le ressentiment mondial contre cette clique trop paressesuse pour s'occuper des vraies affaires, c'est-à-dire D'ABORD faire le ménage dans leur mode de fonctionnement pour que l'on puisse se sortir du marasme et de l'immobilisme dans lesquels elle nous maintient!

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 9 janvier 2019 09 h 42

    RIP

    La recommandation du philosophe Rancière est à examiner. Pour moi, le vote ne devrait pas aller sans la possibilité d'avoir un recours, pour la souveraineté populaire, au référendum d'initiative populaire ( ou citoyenne), soit pour changer la Constitution, pour révoquer un.e élu.e incluant le Premier MInsitre, pour changer une loi ou proposer une Loi.
    Plus profondément que cela, le Gouvernement devrait convoquer une Constituante, ouverte et tirée au sort, pour qu le Peuple puisse écrire lui-même la Constitution afin de décrire les règle sde pouvoir, ce que nous voulons et comment le faire.Les écrits de Roméo Bouchard, ici et ceux d'André Larocque en parlent. En effet, dans cette Constitution, moi, en tous cas, j'inscrirais ce type de référendum, entre autre. IL y a aussi un chapître sur la créationi monétaire; moi, j'y remettrais en question l'abandon par la Banque Centrale fait en 1974, des prêts aux gouvernements provinciaux ( pour l'éducation, la santé, les infrastructures) sans intérêts pou pfivilégieir les prêts avec intérêts par les Banques privées.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 9 janvier 2019 14 h 00

    « l’électeur paresseux sera bien obligé de s’intéresser un peu à la politique avant de noircir son carton de vote» (Sylvio Le Blanc)



    Ce n'est pas par paresse que le citoyen se détourne de la politique; c'est plutôt le discours du politicien qui ne rejoint pas l'électeur.

    En ce qui me concerne, c'est justement parce que je m'intéresse à la politique que je ne vote plus !

    Il s'agit d'ailleurs de suivre avec attention l'actualité politique pour que nous soit révélé l'inanité de cette action qui consiste à introduire périodiquement un bout de papier -i.e. un bulletin de vote- dans une boîte de carton -l'urne électorale.

    C'est que l'on se lasse des campagnes électorales menées à coups de slogans creux, des gouvernements majoritairement élus avec moins de trente pour cent des votes, des promesses électorales non tenues, du copinage de la députation au service des faisans et du monde interlope… Le reste est à l'avenant.

    Pour peu que l'on soit lucide et attentif, on réalise que cette démocratie dont les bien-pensants nous rebattent les oreilles est un marché de dupes essentiellement au service d'intérêts particuliers.

    De fait, c'est dans les coulisses du parlement que s'exerce le pouvoir politique, tandis que c'est dans la rue que se manifestent les revendications citoyennes par le biais d'organisations sociales ou syndicales.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 9 janvier 2019 15 h 28

      M. Lacoste, vous me semblez être un populiste de gauche.

      Si je comprends bien, aucun parti ne fait votre bonheur, même pas Québec solidaire. Créez-le alors!

      Si vous ne vous occupez pas de politique, c'est elle qui s'occupera de vous.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 9 janvier 2019 17 h 22

      Si le vote devient obligatoire, alors on devrait obligatoirement autoriser le vote blanc.