Parlons francisation

Pendant la dernière campagne électorale québécoise, et de façon récurrente d’ailleurs, il a beaucoup été question d’immigration, de francisation et d’intégration. J’aimerais apporter le point de vue de quelqu’un qui, pendant plus de 30 ans, a côtoyé quotidiennement nos nouveaux arrivants.

Professeur en francisation, d’abord dans les défunts COFI, puis dans différents centres communautaires ou organismes, j’ai ensuite enseigné pendant une quinzaine d’années dans un cégep, toujours en francisation.

J’ai pu voir, au cours de ma carrière, la lente dégradation des services de francisation.

Les apprenants, qui jadis étaient classés par nous, les professeurs, qui avons l’expertise nécessaire pour former des classes homogènes, sont aujourd’hui évalués en ligne selon des critères assez flous. Ainsi, aujourd’hui dans nos classes, de jeunes adultes côtoient des personnes de l’âge d’or, des professionnels hautement scolarisés doivent apprendre notre langue au rythme de certains de leurs camarades de classe qui eux sont quasi-analphabètes.

C’est du gaspillage de temps, d’argent et d’énergie. Peu à peu nos classes de francisation, si hétérogènes qu’il nous est impossible de les gérer (pédagogiquement parlant), se sont converties en service de garde, à la seule différence qu’il s’agit d’un service de garde gratuit (et rémunéré). Si les contribuables voyaient ça…

De plus, nos gestionnaires, oubliant le côté d’abord et avant tout humain de notre travail, nous imposent des programmes auxquels, et ce pour justifier leur emploi, ils tentent de donner un aspect scientifique.

Ajoutez à cela une surcharge de travail administratif, lequel travail était auparavant fait par des secrétaires, des observations de professeurs menées par des gens sans ou quasi sans expérience (en ce qui me concerne, j’ai été observé en classe puis évalué à trois semaines de prendre ma retraite !) et un mépris total de l’expertise des profs au profit de programmes conçus par des universitaires, la plupart sans expérience d’enseignement. Tout cela explique que j’ai pris ma retraite (hier) alors que j’aurais pu être utile encore quelques années. Je pars fier du travail que j’ai accompli, mais amer devant le peu d’importance que notre ministère donne aux profs de francisation et le réel gaspillage de fonds publics.

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11 commentaires
  • Samuel Prévert - Inscrit 9 janvier 2019 07 h 49

    Trouver l'erreur...

    Il y a un tas de gens qui ne parlent pas un traitre mot de français au Québec et les classes de francisation sont souvent à moitié vides... quand elles sont ouvertes car, faute de clientèle, certaines restent fermées.

  • Jean-François Trottier - Abonné 9 janvier 2019 08 h 03

    Merci!

    Ce dont vous parlez, madame Brunie, est généralisé dans l'éducation. Je déguste encore votre "des programmes auxquels, et ce pour justifier leur emploi, ils tentent de donner un aspect scientifique."

    Tous les jours je souhaite la fin du règne des pédagogos du ministère pour lesquels une journée sans chambardement des dossiers et programmes est une journée perdue.

    La mission du ministère est de fixer des buts et d'offrir différents moyens et outils aux vrais professionnels, ceux qui vivent la réalité de l'enseignement au jour le jour, quitte à évoluer si ceux-ci leurs disent comment les buts ou les outils sont valables ou pas. Pas le contraire!

    L'un de ces outils devrait être un forum d'échanges entre profs, bien sûr, pour entre autres briser l'organisation en silo et l'isolement de profs qui sont bien seuls devant le poids d'un ministère au visées "hautement morales" mais abêtissantes jusqu'à ce que mort de la pensée s'ensuive.

    Je ne sais pas pourquoi le gouvernement a de plus en plus retiré son appui aux profs. Probablement par souci d'efficacité, ou bien pour pallier à quelques aberrations dans de rares cas. Tout centraliser pour corriger des exceptions forme les pires décisions possibles, au pluriel puisque la mouvement s'est échelonné sur une vingtaine d'années ou plus.
    Toujours est il que retirer sa confiance aux profs est la pire attitude possible pour un ministère de l'éducation. La pire.

    Maintenant de faux intellos bourrés d'objectifs brillants comme du quartz ont le pouvoir, imbus de Piaget et ignares sur tout le reste. Qu'on leur donne un hochet et qu'ils jouent entre eux jusqu'à la fin des temps!

    Le problème n'est PAS les commissions scolaires et certainement pas la formation des profs, qui peut certainement être améliorée mais n'est pas critique.

    Le problème, c'est le ministère.

    • Marguerite Paradis - Inscrite 9 janvier 2019 15 h 19

      Depuis plusieurs années, je suis prof contractuelle en Employabilité auprès de ces mêmes personnes « en francisation ».
      J'observe que le problème ce ne sont ni ces personnes ni les profs, mais un je m'enfoutisme du français par nos élus et décideurs québécois.

  • Robert Gingras - Abonné 9 janvier 2019 09 h 13

    Merci. Vous avez fait un bon résumé de la situation.

  • Samuel Prévert - Inscrit 9 janvier 2019 09 h 35

    Une remarque...

    Jean-François Trottier

    Je crois que Christophe est masculin...

  • Simon Lavoie - Abonné 9 janvier 2019 11 h 07

    Excellent coup de sonde

    À bon entendeur !