Le mea culpa de Robert Lepage

En lisant la lettre ouverte de Robert Lepage, j’ai eu l’impression de me trouver devant une autocritique comme celle que les régimes totalitaires ont utilisée pour parvenir à faire taire les voix dissidentes. Je pouvais presque l’entendre murmurer : « S’il vous plaît, ne m’en voulez pas, pardonnez-moi, je ne le ferai plus. »

Ce mea culpa est très affligeant, puisqu’il crée un funeste précédent, montrant aux autres artistes que leur imaginaire doit rendre maintenant des comptes au politique. La société civile, par les bons soins de groupes de pression, a repris le flambeau. Ce n’est plus nécessaire de vivre dans un régime totalitaire pour que la création artistique soit dûment encadrée, qu’elle reçoive le sceau de la rectitude politique, en dehors de laquelle nul ne peut créer.

En mai 1968, en France, un des slogans des manifestants affirmait dans les rues : « L’imagination au pouvoir ! » C’était politiquement lumineux.

Nous évoluons maintenant dans un contexte qui livre les artistes pieds et poings liés à la grisaille du politiquement correct. La pensée totalitaire étouffe encore très efficacement ceux qui cherchent à créer dans la liberté.

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13 commentaires
  • Benoit Léger - Abonné 4 janvier 2019 08 h 39

    À genoux

    La position naturelle du Canadien-français est à genoux.

    • Christiane Gervais - Abonnée 4 janvier 2019 09 h 37

      Devenir "légalement" Québécois nous aurait permis d'adopter enfin la position debout! Il faut croire que nous n'avions pas les genoux assez solides!

  • Jana Havrankova - Abonnée 4 janvier 2019 08 h 56

    Le repentir des esprits créatifs

    Vous avez raison : l'acte de repentance de Robert Lepage m’a replongé dans mon adolescence tchécoslovaque des années 1960.

    Si un auteur ne faisait pas une place importante au prolétariat dans son œuvre, il avait le choix : se repentir et produire une œuvre qui ne correspondait pas à ses intentions artistiques ou se trouver à l’index et au chômage. Conséquences : production d’œuvres impersonnelles, ennuyantes à souhait d’une part et émigration des artistes qui ne voulaient pas se soumettre aux dictats du régime d’autre part. Ainsi, Milan Kundera, Miloš Forman, Josef Škvorecky ont-ils émigré, pour ne rappeler que les plus illustres.
    La justification de cette censure — non qualifiée comme telle — tenait la route : elle servait le bien du peuple, participait à son éducation et à la formation de « l’homme nouveau ». L’implication obligée du prolétariat là-bas, des minorités discriminées ici.

    Je suis épouvantée par la soumission d’un immense auteur, maintenant quelque peu rapetissé par son repentir, et devant le danger d’autocensure de tous les autres.

    • Gilles Roy - Abonné 4 janvier 2019 11 h 22

      @ MME Havrankova : Je sais pas si vous avez lu «Le fracas du temps» de Julian Barnes (sur Chostakovitch)? Y a là quelques interprétations qui me paraissent valoir et qui permettent de jeter un oeil à la fois similaire et différent du vôtre sur le repentir de Lepage. À creuser, je crois.

    • Cyril Dionne - Abonné 5 janvier 2019 07 h 54

      Moi aussi je suis désappointé de ce mea culpa involontaire et non désiré de M. Lepage. Aucun crime de lèse-majesté culturel n’a été commis. La liberté d’expression inclut la liberté de création dans les arts sinon elle n’existe tout simplement pas.

      Le livre, « Alice aux pays des merveilles », avait été interdit en Chine en 1931 sous prétexte qu’il ne fallait pas humaniser les animaux. « Sherlock Holmes » a été interdit en Union Soviétique en 1929 parce que le livre était considéré par les autorités comme faisant l'apologie du spiritisme et de l'occultisme. « Les Fleurs du Mal » de Baudelaire est passé à l’index parce qu’on jugeait l’œuvre immorale. La célèbre œuvre de John Steinbeck, « Les raisins de la colère », avait été interdite dans plusieurs états américains parce que supposément, l’image donnée par le roman était trop négative des habitants de la région (bonjour SLĀV). « Le mariage de Figaro » de Mozart avait été interdit au tout début de l’œuvre pendant plusieurs années sans n’y avoir eu aucune représentation au préalable sous prétexte que celle-ci dénonçait des privilèges archaïques de la noblesse et plus particulièrement de l'aristocratie (et rebonjour Kanata).

      Robert Lepage a croulé sous la pression de la censure des extrémistes. C’est la société qui a perdu. Misère.

  • Pierre Desautels - Abonné 4 janvier 2019 10 h 56

    Ridicule.


    Franchement, comparer le "mea culpa" de Robert Lepage aux confessions publiques des régimes totalitaires est totalement ridicule. C'est une insulte aux citoyens qui ont vécu pendant ces régimes, et à leurs descendants. Il faut relire sa lettre et éviter l'exagération, car cela peut rendre insignifiant.
    .

    • Cyril Dionne - Abonné 5 janvier 2019 07 h 25

      Ridicule? Ah ! « ben ». Est-ce que M. Lepage et ces pièces de théâtre étaient une incitation à la haine envers un groupe en particulier? Est-ce que les textes de SLĀV ou bien de Kanata étaient de nature diffamatoire? Alors pourquoi cette censure immonde digne des régimes soviétiques de la part de ces groupes populistes extrémistes de gauche? Si on n’aime pas, on n’écoute pas, on ne regarde pas ou on ne lit tout simplement pas. C’est cela la censure démocratique.

      Vous semblez ne pas comprendre que dans les régimes totalitaires qui baignent dans ce multiculturaliste inquisitoire et accusateur bien à nous, nul besoin de mettre les gens en prison ou de leur taper sur la tête; on détruit tout simplement leur réputation. Dans le cas de M. Lepage, nos grands prêtres de l’autel de la très Sainte rectitude politique l’ont tout simplement assassiné professionnellement.

      Encore une fois, l’art est l’appropriation culturelle. C’est l’essence même de cette communication particulière qui enrichit nos vies. Et lorsqu’un artiste de talent nous fait part de sa création, c’est une petite lumière qui brille dans cette grande noirceur que peut-être l’humanité. Ici, on a tout simplement assassiné Mozart.

  • Nicolas Longtin-Martel - Abonné 4 janvier 2019 11 h 10

    Point Godwin

    Ça suffit les comparaisons avec les régimes totalitaires? Je ne comprends pas comment le Devoir peut se permettre de publier de telles opinions malavisées qui semblent tout droit sorti de 4chan.

    Il n'y a pas de réflexion dans cette "opinion", que d'odieuses comparaisons.

  • Michèle Lévesque - Abonnée 4 janvier 2019 11 h 32

    J'ai lu la lettre de M. Angers sur le Devoir d'hier quand il tente de comprendre la Confession à partir de l'inconfort de la position (colonisateur) de Lepage. Un exercice adéquat se terminant par une conclusion impeccable, sauf que le cri d'alerte sur le FAIT de la censure se perd, une censure qui s'additionne à d'autres. Je suis donc quant à moi bien plus à l'aise avec la lucidité et la vigueur de Mme Déplanche.

    Le phénomène actuel déborde de beaucoup les intentions, la production et les récupérations de R. Lepage, ainsi que les 'communautés' particulières impliquées. Nous sommes à une croisée de chemins où nous devons décider collectivement si nous laissons ou non la censure s'installer au niveau de l'art et des contenus artistiques (la qualité est une autre question) et ailleurs - et en vertu de quoi. Sinon, il est à craindre que nous n'ayons tôt ou tard rien à envier aux régimes totalitaires qui nous font horreur et où ce qui est bon, bien, vrai, juste et moral, incluant qui et quoi a le droit de se (re) produire, est déterminé par la ligne de Parti. Car ne soyons pas naïfs: ce qui se manifeste ici ne vient pas (que) de la base et de l'organicité socio-culturelle, mais est bel et bien déterminé par des principes et des pratique$ encadrés d'en haut, en lien aux lois, idéologies et structures d'État qui nous gouvernent.

    Dans nos nécessaires relectures, n'oublions donc pas que censures concrètes il y a eu, doublées de violences verbales pour finir avec ce battage de coulpe intellectualisé qui, en raison de la stature du personnage, a valeur d'institution. Depuis les Grands Ballets en 2017, les pas dans cette mauvaise direction s'additionnent, en plus de ce qui se fait ailleurs en Occident.

    Dans un autre registre, Global News montrait hier des 'représentants' de la communauté indienne de Montréal, se scandaliser du Bye Bye caricaturant Justin Trudeau. Ils ont justifié leur accusation d'appropriation culturelle par le fait que eux aussi sont … des canadien

    • Michèle Lévesque - Abonnée 4 janvier 2019 12 h 11

      Mon commentaire ci-dessus (4 janvier 2019 11 h 32) a débordé le nombre de caractères permis et le "s" final a été tronqué.
      Il faut donc lire "... des canadiens."
      Merci.