Doublage au Québec

M. Sylvio Le Blanc dénonce à tort le doublage des films et séries étrangères au Québec. Il y voit là un chevauchement inutile lorsque les productions ont déjà été doublées en France. Ce raisonnement ne tient pas. Le doublage est une industrie qui donne de l’emploi à des dizaines d’artistes de chez nous.

En outre, elle permet d’offrir des versions adaptées au français d’ici, alors que celles réalisées en France sont souvent insupportables. Imaginons Les Simpson doublée à Paris. Les versions québécoises nous épargnent aussi les prononciations grotesques franco-françaises de mots anglais, le -th anglais demeurant un profond mystère en terre d’Hexagone.

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5 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 25 décembre 2018 12 h 47

    M. Racicot écrit :

    «Le doublage est une industrie qui donne de l’emploi à des dizaines d’artistes de chez nous.»

    Peut-être, mais n’empêche qu’elle coûte cher aux Québécois, alors que nous avons accès gratuitement aux doublages français. Si l'auteur avait à choisir entre subventionner ici le doublage de 10 films déjà doublés en France et permettre à un jeune réalisateur québécois de faire son premier film, que ferait-il? En considérant qu’un doublage ne peut récolter ni Oscar, ni Iris, mais un film québécois, si. Selon vous, les comédiens préfèrent-ils jouer dans des films ou en doubler?

    L'auteur écrit: «En outre, [l’industrie] permet d’offrir des versions adaptées au français d’ici, alors que celles réalisées en France sont souvent insupportables. Imaginons ‘Les Simpson’ doublée à Paris.»

    M. Racicot, vous me faites penser à un homme que j’ai connu au travail. Il disait détester tout ce qui venait de France. D’abord, les Français eux-mêmes, ensuite leurs accents, leur façon de prononcer les mots anglais, leurs films. Ce pauvre type n’avait d’admiration que pour ce qui venait des ‘States’, comme Elvis Gratton. Nous avons pourtant grand intérêt à resserrer nos liens avec la France si la francophonie veut survivre en Amérique du Nord.

    M. Racicot a-t-il d’autres exemples en tête que ‘Les Simpson’? Parce que les doublages en joual sont rares au Québec.

    Voici ce qu’on peut lire sur le site Web de l’Association nationale des doubleurs professionnels: «Nos membres créent des versions en langue française internationale pour les grands réseaux de diffusion traditionnels, les nouveaux canaux de diffusion par abonnement sur l’internet ou toute autre plateforme. Ces versions sont présentées sur toute la planète francophone. Ils peuvent aussi, dans le cas de projets qui doivent rejoindre un marché spécifique ou avoir une saveur locale, préparer un doublage en utilisant les expressions et les références historiques ou humoristiques qui rejoignent les spectateurs ciblés.»

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 25 décembre 2018 12 h 48

    La langue utilisée dans les doublages québécois

    M. Racicot, vous savez comme moi que la langue utilisée dans la grande majorité des doublages québécois a toujours été le français international, et ce, dès la télésérie ‘Star Trek’, en 1969. Mais il fallait titiller la fibre nationaliste des Québécois pour pousser les gouvernements successifs à Québec à toujours subventionner davantage leur industrie, mise en difficulté.

    Je demande à l’ANDP pourquoi les Québécois devraient subventionner des doublages «en langue française internationale pour les grands réseaux de diffusion traditionnels, les nouveaux canaux de diffusion par abonnement sur l’Internet ou toute autre plateforme», quand nous sommes très bien servis à ce chapitre par les doublages européens, qui eux présentent l’avantage de ne rien nous coûter?

    M. Racicot, je soumets le compromis suivant à l’ANDP et à l’UDA: les seuls doublages qui bénéficieraient dorénavant de subventions étatiques seraient ceux ayant «une saveur locale» et utilisant «les expressions et les références historiques ou humoristiques qui rejoignent les spectateurs ciblés». Tous les autres ne le seraient pas.

    M. Racicot écrit encore: «Les versions québécoises nous épargnent aussi les prononciations grotesques franco-françaises de mots anglais, le ‘-th’ anglais demeurant un profond mystère en terre d’Hexagone.»

    Nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde, M. Racicot. C’est aux doubleurs québécois qu’il faut donner le conseil de prononcer à la «franglaise» et non à l'anglaise. Dans ‘Chicago’, les noms «Roxie Hart», «Amos Hart», «Mary Sunshine» prononcés à plusieurs reprises à l’états-unienne sont autant de coups de dague portés à la magie du doublage, car il n’y a rien de plus sûr que ce détestable procédé pour nous rappeler que la langue de base utilisée dans le film n’est pas le français. Cela, les Français l’ont compris depuis toujours, mais ici, nos doubleurs veulent tellement se singulariser qu’ils en prennent des décisions contraires au bon sens.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 25 décembre 2018 19 h 44

    Les doublages français

    Oui, M. Racicot, les films doublés en France le sont dans une langue qui diffère un peu de la nôtre par l'accent et certains termes, mais nous la comprenons aisément et nous y sommes habitués. En outre, du seul fait que cet accent et ces termes nous dépaysent quelque peu, le doublage français renforce l'illusion qu'ils sont originaux. Une distance s'instille; la magie opère.

    Le doublage français répond aux plus hauts standards de qualité. Il a derrière lui une longue tradition remontant aux années 1930. Son industrie – qui dessert les francophones du monde entier – est tout simplement plus imposante que la nôtre. Surtout, elle a à cœur de respecter un code, des règles et, partant, le public et les cinéphiles, qui ne pourraient tolérer de mauvais doublages. Le bassin d’acteurs y est beaucoup plus grand que le nôtre; ici, ce sont toujours les mêmes que nous entendons.

    La France – comme l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie, du reste – jouit d’une population assez nombreuse pour assurer sa vitalité à une industrie du doublage, mais il n’en va pas de même pour les petits pays. Si les Québécois avaient parlé albanais, l’industrie du doublage n’aurait tout simplement pas vu le jour ici. Ils se seraient contentés, comme les Scandinaves, du sous-titrage, et, à la longue, s’y seraient accoutumés (nous serions tous bilingues, au grand plaisir de Junior Trudeau).

    Emmanuel Tourpe, directeur de la programmation à la RTBF en Belgique, déclarait en avril 2016: «L’économie flamande ne permet pas le doublage. Du côté francophone, on a la puissance de la France, alors qu’en Flandre, ils ne peuvent se payer que du sous-titrage, car le marché est trop petit.» Comme la Wallonie, le Québec doit beaucoup à la France en matière de doublage. Jusqu'aux années 1980, les doublages français étaient pratiquement les seuls auxquels nous avions accès. Avant que l'UDA et nos ‘industriels’ du doublage ne partent en guerre pour avoir leur part du marché, personne n'y trouvait à redire.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 25 décembre 2018 20 h 16

    Quel français parle-t-on au Québec ?

    Je ne dis pas, si nous retrouvions un peu du Québec dans les doublages québécois, mais c’est rarement le cas. Nos maisons de doublage privilégient un français aseptisé, édulcoré, dit ‘français international’, rendu dans un accent particulier et qui ne nous ressemble nullement.

    Le comédien Raymond Bouchard en témoigne: «Habituellement, quand on passe la porte du studio de doublage on se met à parler dans un français international.»

    On a demandé au comédien Paul Sarrasin s’il lui était plus facile de doubler avec l'accent québécois: «Curieusement, c'est une adaptation, parce que dans ma carrière j'ai fait principalement du doublage en français international.»

    «Pour payer le loyer, Guy Nadon s'est entre autres tourné vers le doublage. Sa belle voix grave, qu'il savait déjà mettre au service d'un français ‘international’ autant que de l'accent de la rue, allait devenir l'une des plus sollicitées sur le marché.»

    Le jeune comédien Émilien Néron en témoigne également: «Au cinéma et à la télé, au Québec, on peut garder notre accent normal, mais là [pour le film ‘ParaNorman’], il fallait que j'aie l'accent ‘français international’.»

    Pour un autre jeune comédien, Antoine L'Écuyer, le défi a justement consisté à parler ledit ‘français international’ sur le doublage d'‘Astro’: «C'est pas évident, je m'en rendais pas compte. Il a fallu que je me reprenne une couple de fois. Je trouvais ça plate de pas l'avoir du premier coup.»

    La traductrice primée Luise von Flotow, de l’Université d’Ottawa, se prononce: «Il nous semblait qu'une population qui rejette le français made in France et qui préfère le doublage local préférerait aussi entendre une version locale de son français. Or, non seulement l'accent et les régionalismes québécois (y compris les blasphèmes) sont généralement bannis des films doublés au Québec, mais la peur de faire des ‘fautes’, de présenter un français de mauvaise qualité, entraîne aussi une perte de créativité dans la traduction.»

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 25 décembre 2018 22 h 35

    Oui, de quel français parle-t-on au Québec ?

    Un journaliste suisse a demandé au romancier québécois Patrick Senécal s’il lui avait fallu beaucoup reprendre le texte de son roman ‘Le Vide’ pour l’adapter au lectorat franco-européen: «Il a fallu faire quelques ajustements, principalement dans les dialogues. Nous avons enlevé certains patois trop québécois pour mettre des termes plus neutres.» C’est en quelque sorte ce que font trop souvent nos maisons de doublage. Au lieu d’opter pour des mots et des expressions sonnant québécois, ils optent pour des mots et des expressions neutres ou carrément français. Pourtant, leurs clients ne sont pas des Européens, mais des Québécois.

    Un cinéphile a écrit: «Contrairement à d'autres opinions que j'ai lues, les [doubleurs] québécois reprennent les mêmes expressions que nos cousins français, en l'occurrence: lycée, flingue, mec, nana et j’en passe.»

    Les critiques ne sont pas dupes: «Ce qui agace [dans ‘Festin de requin’], c'est qu'on oublie rapidement [le travail des comédiens] à cause du français international impeccable que l'on déploie poliment, si bien qu'on ne sent rien de québécois dans tout ça. ‘Fichtre!’ s'exclame constamment Dylan. Difficile de s'y identifier.»

    «Petit coup de gueule personnel au responsable du doublage [québécois de ‘Bruce le tout-puissant']. Pourquoi Nolan fait-il un reportage sur des pâtissiers mitonnant le plus gros ‘cookie’? Vous n'avez pas trouvé le mot ‘biscuit’ dans le dictionnaire?»

    «Nota bene aux aficionados qui ont dévoré les coffrets et aux autres: le doublage québécois [de ‘Sexe à New York’] ne colle pas. Débaptiser Smith, le ‘boy toy’ de Samantha, en l'appelant Smisssss est un péché qui mériterait la flagellation.»

    «Le doublage québécois du [‘Désosseur’] est quelconque. Notons, à ce sujet, l'emploi du mot fabriqué ‘ressuscitation’ en lieu et place de ‘résurrection’. C'est ce genre d'erreur impardonnable qui fait la (mauvaise) réputation de l'industrie québécoise du doublage au sein de la francophonie.»