Cachez ce tee-shirt que je ne saurais voir!

Au mois de juin dernier, après avoir manifesté contre le G20 dans les rues de Québec, j’ai été invité à un spectacle d’humour et de poésie durant la soirée qui a suivi. Animé par Fred Dubé, j’ai pu voir une jeune slameuse accompagnée d’un guitariste qui me rappelait un peu Jimmy Hendrix. Elle portait une tenue décontractée, comme les autres, ce qui ne m’a en rien choqué. Cette jeune femme se nomme Catherine Dorion. C’était la première fois que je la voyais et je l’ai trouvé décapante. J’ai su par la suite qu’elle serait candidate pour QS dans Taschereau. Comme elle représentait pour moi une certaine marge culturelle, je n’aurais jamais pensé qu’elle pouvait être élue le 1er octobre dernier. Et pourtant…

La tenue vestimentaire de la nouvelle députée de Taschereau fait couler beaucoup d’encre. Beaucoup trop à mon avis. J’ai vraiment apprécié les repères historiques sur la question dans la chronique de Jean-François Nadeau du 10 décembre et j’ai applaudi à la lecture du papier de Francine Pelletier de cette semaine. Malgré tout, je n’en reviens toujours pas qu’on en fasse tout un plat.

Des lecteurs du Devoir s’insurgent contre les habits non conventionnels que porte madame Dorion dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. En raison de quels diktats représenterait-elle mal ses électeurs ? De quel crime l’accuse-t-on ? On veut la caser, la remettre à sa place, malgré l’absence de règles claires. J’aurais plein d’exemples à donner pour remettre les choses en perspective. Mon fils aîné travaille chez Ubisoft dans le Mile-End. Lorsqu’il m’arrive d’aller à sa rencontre, je croise une majorité de ses camarades de travail qui portent les vêtements caractéristiques de ce milieu. Souvent des jeans bleus ou noirs, des casquettes et des hoodies. Ce n’est pas très BCBG.

Ma blonde, qui a travaillé pour de nombreuses firmes privées, m’a souvent expliqué que le vendredi, il est permis de porter un jean. À l’américaine. Le jean est-il un vêtement décontracté permettant de s’encanailler à l’aube du congé hebdomadaire ? Le jean est-il perçu comme un symbole de liberté ? Est-ce un drame pour autant ? Je n’en crois rien. Alors pourquoi s’en prendre à chacune des pièces de vêtement de Catherine Dorion ? Après sa tuque, son tee-shirt, sa camisole arrivent ses Doc Martin’s. Écoutez plutôt ce qu’elle a à dire. Et croyez-moi, ce n’est qu’un début, car son discours vous dérangera beaucoup plus que ses vêtements.

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5 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 15 décembre 2018 08 h 11

    Monsieur!

    Les modes changent, mais les bonnes manières elles, ne changent pas!

  • Jean-François Trottier - Abonné 15 décembre 2018 08 h 45

    En effet, beaucoup de bruit pour rien...

    ...et vous faites partie de ce bruit, M. Doutre.

    Pourquoi écrire sur un non-sujet pareil sinon parce que c'est... un sujet ? Quoi ? Le "message" ne passe pas ?

    La question n'est plus depuis longtemps le jean, mais bien le show qu'en fait Mme Dorion et ses fervents nervi.

    L'Assemblée est un lieu de paroles. Quant à moi, les députés pourtaient être nus que ça ne me titillerait pas une seconde. Mais le grand feu qu'en font tous ceux qui veulent faire un sujet central d'un peu de guenill... comme vous (!), au nom de ne-pas-en-faire-un-cas comme un drapeau, est assez comique.

    Savez-vous que cette personne, qui refuse de changer ses façons de s'exprimer, est députée d'un parti qui n'a aucune, je dis bien aucune, politique en matière culturelle ?

    Cherchez le chapitre sur la culture dans le Programme. Cherchez bien. Y est pas là. Y est nulle part. Et n'ayez pas le front de dire qu'il y est, caché comme une "compétence transversale", y a des limites à la niaiserie.

    Le linge là là, ben ça fait partie de la culture, et la façon de s'exprimer itou.

    Alors quand vous aurez fini de faire du bruit au nom de la liberté (ah! Liberté! Le bôôôô mot!), demandez à Madame Dorion ce qu'elle pense, y compris le vide abyssal (tiens ? Habit sale ?) dans ce qui devrait lui servir de base de réflexion.

  • Jérôme Faivre - Inscrit 15 décembre 2018 11 h 23

    Le Réveil de la Liberté guidant le Peuple (Première saison).

    Le nouveau feuilleton loufoque de la grande mobilisation du Devoir pour sauver la Liberté vestimentaire et le soldat Dorion continue de plus belle.

    Pendant que Aurélie découvrait la Bête du néolibéralisme avec les Gilets et Gilettes jaunes à Paris, pendant que Jean-François épluchait Wikipédia pour aider Catherine et faire sa part pour la convergence des luttes contre les Cravatés, pendant que Francine, telle la Liberté guidant le peuple, éclatait tous les plafonds de verre, voila maintenant la publication d'une lettre de lecteur au secours de la pauvre incomprise et insoumise.

    Encore un prêche en soutien à la dame de Québec Solitaire, fière de ses croquenots ringards, de sa chemisette d'ado publicitaire et de ses pantalons tuyaux de poêle parés pour les feux de plancher. Sans oublier le bonnet phrygien de notre Marianne provinciale, appelé ici «tuque».:-)

    Mais là, l'argumentation faiblit. En résumé: puisque je connais de la parenté qui s'habille pareil, ya rien là...

    Et, en bonus, une mise en garde prophétique, car la jeune passionaria de Québec Soliloque va continuer à chahuter, malgré ses fonctions de député: «..son discours vous dérangera beaucoup plus que ses vêtements»... Soupirs... Bravo pour le respect de l'Assemblée Nationale.

    Rendez vous au prochain cahier spécial de soutien aux Grosses chaussures en Marche ou bien, la totale, une journée radiothon entière, avec les témoignages indignés de Catherine Perrin le matin et de Marie-Louise Arsenault l'après midi. :-)

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 15 décembre 2018 13 h 40

    Ridicule

    L'assemblée nationale n'est pas un endroit pour faire des parades de mode. A son corps défendant, Madame Dorion et M. Zanetti participent au mouvement de droite qu'est le 'peopleisation' de la politique. Qu'ils s'empêtrent avec leurs contradictions et qu'ils coulent avec. Ils sont peut-être affublés de nombreux diplômes, mais à l'évidence leur intelligence académique n'est pas un gage qu'ils peuvent utiliser leur faculté de jugement de façon appropriée. S'ils veulent que l'on accorde plus d'importance au contenu de leurs interventions qu'à leur habillement, ce en quoi je suis tout à fait d'accord, il et elle n'ont qu'à cesser leurs provocations vestimentaires.

  • Pierre Robineault - Abonné 16 décembre 2018 10 h 17

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    "Cachez ce texte que je ne saurais lire !"