Une leçon de Français

La fièvre jaune qui s’est abattue sur la France, ces dernières semaines, n’est pas sans nous rappeler combien il est fragile, le lien qui maintient l’équilibre entre les élites du pouvoir et le peuple. Emmanuel Macron n’avait pas vu venir la vague humaine qu’il soulèverait en imposant des hausses de taxes sur le carburant, qui allaient frapper de plein fouet une grande partie de la population éloignée des grands centres urbains. Réagissant avec moquerie aux premiers grondements de la foule, il n’a fait qu’ajouter du gazole sur le feu pour alimenter la colère des gens. Étendu à la grandeur de la France, le soulèvement des gilets jaunes a certaines accointances avec le printemps de 68, mais diffère parce qu’il touche une majorité de Français laissés-pour-compte par son propre gouvernement, qui, au lieu de lui tendre l’oreille, l’a raillé depuis le début. Parlant de printemps, notre Printemps érable à nous, en 2012, est aussi apparu avec le mépris des autorités politiques envers les étudiants et a fini par gagner une grande partie de la population, amère de voir le gouvernement en place remettre la gestion de la crise entre les mains de la police, sans chercher de compromis. Une position d’inertie qui l’aura finalement chassé du pouvoir aux élections suivantes. Visiblement en état de choc, Emmanuel Macron s’est adressé à la nation, lundi soir dernier, pour annoncer un lot de mesures spéciales pour sortir le pays de la crise. Tel un Saint-Nicolas sur l’ecstasy, le président français n’a pas quitté des yeux son téléprompteur pour offrir des cadeaux et exhorter la population à se ranger à ses côtés, à opter pour la paix sociale. Pour la France, qui a longtemps été un pays de turbulences civiles, la crise apparaît loin d’être réglée. Avec ce nouvel attentat terroriste qui a frappé Strasbourg mardi en plein marché de Noël, le climat demeure tendu. Reste que la mobilisation des gilets jaunes aura été une bonne leçon pour le gouvernement. Ne plus rien tenir pour acquis. C’est une leçon de Français.

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