La contre-productive prohibition du cannabis

Le gouvernement de François Legault veut prohiber la vente et la possession du cannabis aux jeunes adultes de 18 à 21 ans. Son porte-parole en la matière, le docteur Lionel Carmant, dit vouloir protéger la santé de ces jeunes et désire envoyer « un message fort » quant à la nocivité du cannabis. Non seulement cette interdiction sera inefficace, mais elle aura un effet contraire pour ce qui est de la santé.

Alors que le cannabis est illégal, près de 42 % des jeunes adultes de 18 à 24 ans en consomment au moins une fois par année selon une enquête de l’Institut national de santé publique du Québec menée en 2015. Qu’est-ce qui permet de croire qu’une interdiction convaincra ces jeunes de cesser de consommer ? Plusieurs continueront sans doute à s’approvisionner auprès des vendeurs illégaux.

Les produits vendus sur le marché noir ne subissent aucun contrôle de qualité. Peut-on prétendre qu’empêcher les jeunes d’acheter les produits légaux et standardisés vise la protection de leur santé ? De plus, les vendeurs illégaux du cannabis ont souvent accès à d’autres drogues. Veut-on que les jeunes soient exposés à ces produits et que certains se mettent à en consommer ?

Ne préfère-t-on pas que les jeunes soient informés des possibles méfaits du cannabis sur le fonctionnement et le développement du cerveau ? Le docteur Carmant peut-il citer un exemple où la prohibition s’est avérée supérieure à l’éducation dans le domaine de la santé publique ? Le gouvernement du Québec va-t-il enfin entendre les représentants de la Santé publique et écarter les idéologues prohibitionnistes ?

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8 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 11 décembre 2018 00 h 52

    Une prohibition populaire

    Jana Havrankova a parfaitement raison.

    En plus d’être néfaste pour la santé, on justifiait la prohibition de l’alcool par le fait que cette substance était un cancer social; les maris buvaient leur paie dès qu’ils touchaient leur rémunération alors que l’épouse et les enfants jeûnaient le reste de la semaine parce qu’il ne leur restait plus rien à manger.

    Cette prohibition fut un échec aux Etats-Unis.

    Sans retenir cette leçon, la droite américaine s’est lancée il y a quelques décennies dans une ruineuse guerre à la drogue qui s’est avérée toute aussi inefficace.

    Et la CAQ n’a pas retenu la leçon de la droite américaine qui, aujourd’hui, s’avoue vaincue.

    Ottawa ne légalise pas la consommation du cannabis parce que ce dernier est bon pour la santé, mais parce que cannabis légal est ‘moins pire’ que la cochonnerie vendue par la pègre.

    De plus, partout où le cannabis a été légalisé, on a assisté à une légère diminution de la consommation de cette drogue par les jeunes au fil des ans, en supprimant probablement l’attrait du fruit défendu.

    Ceci étant dit, il nous faut réaliser que la CAQ réalise ainsi une promesse électorale.

    De plus, il faut comprendre que cette politique de la CAQ — aussi insensée soit-elle — correspond à la volonté populaire. Donc, ce qu’il nous faut convaincre, c’est le peuple québécois. Quand il changera d’idée, la CAQ suivra.

    • Jana Havrankova - Abonnée 11 décembre 2018 09 h 47

      Merci de vos commentaires, Monsieur Martel. Je suis bien d’accord avec ceux-ci, sauf que je ne suis pas si certaine que la décision de la CAQ de prohiber le cannabis pour les 18 à 21 ans représente la volonté populaire.

      La CAQ a été élue avec seulement 37,4 % des votes et ce n’est qu’à cause de notre système électoral archaïque qu’elle a formé un gouvernement majoritaire. Toutefois, il est possible que j’aie manqué un sondage quelconque (pour ce qu’il vaudrait..) sur ce sujet. Si quelque chose m’a échappé, pouvez-vous me l’indiquer, s’il vous plait ? Merci 

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 11 décembre 2018 12 h 14

      Merci Dr Havrankova pour votre commentaire.

      Si j’interprète correctement le sondage CROP-Radio-Canada réalisé en mai 2017, à la page 14, 55% des Québécois souhaitent que l’âge minimal pour consommer du cannabis soit au-delà de 18 ans (3% à 19 ans, 25% à 20 ans et 36% à 21 ans) :
      https://jpmartel.com/blogue_2018/2018-07-11-Sondage-CROP-Cannabis.pdf

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 11 décembre 2018 12 h 29

      Pardon: il s’agit plutôt de 64% des Québécois (3% à 19 ans, 25% à 20 ans et 36% à 21 ans ou plus). Les chiffres que j’ai donnés il y a quelques instants concernaient le reste du pays.

    • Loraine King - Abonnée 11 décembre 2018 23 h 20

      Ce qui semble vous échapper, Dr Havrankova, c’est que notre système électoral archaïque peut produire une variété de résultats, Quand on observe ces jours-ci la politique, en Australie, et surtout au Royaume-Uni, on constate que l’exercice du pouvoir dépend de députés qui ne se sentent plus du tout liés à la ligne de parti. Au rythme où vont les choses on doit se préparer à une élection. Les députés sont sensibles au pouls des électeurs et agissent en conséquence, selon leur conscience. Ce n’est pas l’opposition qui a torpillé le pouvoir de Cameron, ou de May...

      Ce sont les,députés qui ont la capacité d’entendre et le pouvoir de voter les lois. Ce sont eux que le gouvernement “entend”. Les gens concernés par la santé publique devraient surtout communiquer avec les députés. Si on ne reconnaît pas au député le pouvoir de contrôler le gouvernement, pourquoi vous attendez-vous à ce que le député s’en serve?

      Selon vous, et le premier ministre, les députés et les électeurs, la CAQ a reçu 37,7% des votes. La réalité est que la CAQ a reçu 0 % des votes. On accorde aux partis une vie qu’ils n’ont pas. Même mode de scrutin que Westminster, même système parlementaire, résultats très différents.

      Y-a-t’il un lien entre la proportionalité et ce qui se passe en France?

  • Luc Le Blanc - Abonné 11 décembre 2018 08 h 53

    Typique d'une attitude dogmatique

    Pas question de laisser les faits contredire les convictions!

  • Bernard Terreault - Abonné 11 décembre 2018 09 h 14

    Dommage

    que la Dr. Havrankova soit retraitée. Quel bon médecin, que je me dis chaque fois que je la lis.

  • Claude Bariteau - Abonné 11 décembre 2018 10 h 06

    Jana Havrankova, vous avez raison. Le seul point positif de Lionel Carmant fut de proposer la tenue d'un débat de société, qu'a vite refusé le chef de la CAQ. C'est à se demander si ce dernier ne cherche pas à fournir un marché noir aux producteurs et revendeurs de cannabis qui échappent à tout contrôle de qualité.