Le pacte après le pactole

Je me méfie de tout ce qui est ostentatoire et davantage encore lorsqu’il s’agit de la vertu. Je ne doute pas que plusieurs des personnalités qui ont signé ce pacte écologique soient de bonne foi. Je m’interroge cependant sur les motivations profondes de certaines d’entre elles. L’instigateur de cette démarche, Dominic Champagne, peut se permettre de consacrer tout son temps à la cause environnementale parce qu’il a fait fortune grâce à son talent bien sûr, mais aussi grâce à la ville, Las Vegas, qui est le symbole même de la décadence écologique et de la surconsommation. Idem pour son ami Guy Laliberté, qui s’apprête à ériger une pyramide dans le vieux port, métaphore parfaite de sa conception du capitalisme.

Eux, et d’autres, demandent à un million de personnes qui travaillent pour gagner leur pitance de les rejoindre dans ce pacte qui vise à modifier nos comportements individuels de consommation pour diminuer notre empreinte écologique. Je me demande à quoi ces vedettes sont prêtes à renoncer pour donner l’exemple. Soyons sérieux, consommer local, manger bio et végane, ou conduire une voiture électrique n’ont rien du renoncement quand on a les poches profondes. Quand j’écoute Louis Morissette parler de sa maison cossue de banlieue et de ses grosses voitures où montent ses trois enfants, je me dis qu’il a du chemin à faire pour diminuer son empreinte écologique au niveau de la mienne. Le fait que lui ou Guillaume Lemay Thivierge, marchand de voitures Hyundai, admettent publiquement leurs contradictions constitue un double affront.

Je ne peux m’empêcher de penser que ces gens, qui peuvent tout s’acheter dans la vie, sont en train de se magasiner une conscience toute neuve et au rabais. J’accorderais plus de crédit à leur engagement s’il se faisait dans l’anonymat et l’humilité. On me dira que leur notoriété et le fait de s’afficher publiquement peuvent avoir un effet d’entraînement positif. Mais encore faudrait-il qu’ils soient inspirants. Or, tout ce que ces riches vedettes m’inspirent en ce moment, c’est l’idée que je devrais faire ce qu’elles disent, mais non ce qu’elles font.

14 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 10 novembre 2018 01 h 15

    Le marché des indulgences

    Nos « personnalités médiatiques » me font penser à Martin Luther qui s’était insurgé contre ces riches qui s’achetaient le paradis avec des indulgences et en prêchant évidemment aux autres. Cela me fait penser aussi à une autre personnalité médiatique hollywoodienne venu faire son discours sur la pauvreté enfantine à l’émission « Real Time » avec Bill Maher, lui qui avait sa maison de 25 millions à vendre parce qu’elle était trop petite selon son goût. On imagine aussi que ces mécènes autoproclamés de l’écologie aimeraient bien voir les autres faire leur part afin qu’ils aient plus de temps pour dépenser leur argent et faire la belle vie. Misère.

    Non je ne signerai pas ce pacte, parce qu’il y a longtemps que je fais ma part sans faire aucune publicité et de tapage. Et jen pense aussi que beaucoup de gens le font aussi, non pas par choix, mais parce qu’ils sont pauvres. Vous savez, un voyage transatlantique produit plus de 1,8 tonne de carbone. Nos « personnalités médiatiques » sont toujours partout pour se faire voir. Mais le comble de l’ironie, c’est de voir des milliers de personnes assister à ces conférences sur le climat alors qu’ils pourraient se rencontrer sans bouger un iota avec la technologie qui est disponible maintenant. Bonjour empreinte écologique.

    Si au moins on parlait de la vraie mesure qui aurait un impact à court, moyen et long terme, soit de limiter le taux des naissances par attrition volontaire, on aurait plus d’espoir pour le futur. Et si la Chine, l’Inde, l’Afrique et les pays de l’Asie ne limitent pas leur population, toutes les marches ne changeront pas une virgule de la phrase « fin du monde pour l’humain ».

  • Claude Bariteau - Abonné 10 novembre 2018 08 h 08

    Bien dit.

  • Christian Montmarquette - Abonné 10 novembre 2018 09 h 47

    Il n'y a aucun mal à prêcher le bien

    J'ai malheureusement trouvé ce commentaire bien mesquin, quand justement, des gens qui disposent d'une certaine influence en usent pour promouvoir une bonne cause.

    Dominique Champagne lui-même l'a reconnu quand il a dit que nous sommes tous concernés et responsables. Mais ce n'est pas parce qu'on est coupables qu'on a pas le droit de se repentir. Même notre système de justice croit au principe de la réhabilitation. Le pire aurait été de ne rien faire et d'ajouter à l'inconscience et à l'inaction.

    Il n'y a aucun mal à prêcher le bien.

    Que celui qui n'a jamais péché leur jette la première pierre.

    Christian Montmarquette

    • Claude Gélinas - Abonné 11 novembre 2018 19 h 28

      Je souscris à cette opinion car s'il fallait toujours exiger la perfection et la pureté de la part des personnes qui initient des actions citoyennes personne n'oserait s'engager de crainte de se faire dénoncer.

  • Raynald Blais - Abonné 10 novembre 2018 11 h 07

    Avec un pacte d'une telle faiblesse...

    « Je me méfie de tout ce qui est ostentatoire... J’accorderais plus de crédit à leur engagement s’il se faisait dans l’anonymat et l’humilité. »
    (Benoit Léger, retraité)

    La méfiance de M. Léger relève d’une impression personnelle sur la forme que prend le « Pacte pour la transition ». Sur ce terrain, les promoteurs auront vite fait de le rassurer puisque la publicité dont l’événement fait l’objet a pour but la mobilisation citoyenne : Difficile de mobiliser secrètement.

    La méfiance de M. Léger aurait dû se porter sur la valeur du pacte plutôt que sur la promotion dont il fait l’objet. À ce chapitre, il aurait pu questionner la nature des signataires impliqués. Qui dit pacte, dit engagement. D’un côté, il y a les consommateurs qui tenteront de réduire leur consommation grâce à leur bonne volonté. De l’autre, il y a les consommateurs qui sont aussi des vendeurs qui rivaliseront pour maintenir leur taux de profit avec l’aide de l’État. Ils pourront être compensés pour les pertes causées par une décroissance volontaire. L'aide de l'État ne servira probablement qu'aux amis.

    Le sentiment de méfiance de M. Léger aurait dû naître de la faiblesse d’un tel pacte par lequel certains signataires préserveront leurs intérêts pour le profit aidés par l’État-arbitre tandis que les autres devront se priver sans leur nuire. Avec un pacte d’une telle faiblesse, faudra s’attendre à une grande inertie.

  • Michel Carrier - Abonné 10 novembre 2018 12 h 00

    Il ne faut tout de même pas exagérer!

    Peu importe les personnes impliquées et leur mode de vie ou de fortune, nous avons tous à modifier nos modes de vie et à porter un regard neuf sur l’environnement. Ça devra venir de tous et chacun de nous.