En sol québécois

En 1989, j’ai croisé Bernard Landry tout près de l’UQAM. Je le connaissais déjà depuis nos études doctorales à Paris. Je n’ai pas pu m’empêcher de l’arrêter pour lui dire combien j’avais apprécié ce qu’il venait de dire lors d’une interview à une chaîne de Radio-Canada. C’était dans le contexte des débats qui ont précédé la commission Bélanger-Campeau. À un journaliste qui lui demandait ce qui définit un ou une Québécois(e), il avait répondu « est Québécois celui qui habite en sol québécois ». C’est cette phrase qui m’a décidée à me rallier au Parti québécois. J’ai par la suite gagné sa confiance lors de ma nomination à un des postes les plus difficiles de la diplomatie québécoise, la représentation du Québec à Washington durant la période référendaire de 1995. Près de trente ans plus tard, nous sommes bien loin de la représentation de l’identité québécoise désignant tous ceux qui résident en sol québécois. Il m’arrive de me demander si aujourd’hui, devant un certain discours issu d’un nationalisme conservateur, je trouverais encore ce motif fondamental pour soutenir l’objectif de souveraineté, ce « nous » désignant tous les résidents du Québec. Bernard Landry a été un bâtisseur et un modèle pour les souverainistes. Marcher dans ses pas et ne pas tergiverser sur l’identité québécoise est une condition de réussite de l’objectif que nous poursuivons.

8 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 9 novembre 2018 05 h 09

    Merci madame Legaré pour cette....

    ...fort pertinente invitation à faire examen de conscience sur « ce qui définit un ou une Québécois (e ) ». De plus, j'aime beaucoup votre finale : « Ne pas tergiverser sur l'identité québécoise est une condition de réussite....»
    Merci à vous et à monsieur Bernard Landry.
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieur-de-Rioux.

  • Claude Bariteau - Abonné 9 novembre 2018 08 h 12

    Habiter le sol renvoie à une conception juridique.

    À la lecture de votre texte, c'est l'idée qui m'est venue à l'esprit. D'un point de vue juridique, c'est imparable.

    Est-ce à dire que cela fait du peuple québécois, au sens politique, tous les habitants du sol québécois ? Ne s'agit-il pas d'une obligation de responsabilité du gouvernement du Québec à l'endroit de tous les habitants du Québec au sein du Canada ?

    Je penche plus pour l'obligation de responsabilité qui se retrouve dans l'approche du gouvernement du Québec lors de la révolution tranquille pour rappatrier les points d'impôt prêtés pour les fins de la Deuxième Guerre mondiale.

    Je pose cette question parce que M. Landry référait à «son» peuple dans un sens autre que celui du peuple comme fondement de l'autorité politique et des notions modernes de nation et de peuple. C'est ce sens du peuple qui conduit à un «nous» référant à tous les rédidents du Québec, car le peuple politique est le seul qui peut se propulser en démocratie. Or, il est manquant à l'appel, ce qui ne veut pas dire qu'il le sera éternellement.

    Sur ce point, vous avez raison. Mais encore faut-il aller plus loin que de parler des habitants du sol et mettre l'accent sur l'action de ces derniers pour construire leur pays.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 9 novembre 2018 10 h 27

    Pas vraiment d'accord avec Bernard.

    J'éprouve beaucoup de respect pour Bernard Landry et il ne me viendrait certainement pas à l'esprit de ternir sa mémoire, mais je ne peux m'empêcher d'éprouver quelques réserves faces à ses conceptions, comment dire, un peu trop "angéliques".

    D'entrée de jeu, on ne peut qu'être d'accord avec son affirmation qu'un Québécois est celui (ou celle) qui habite le Québec. On ne peut au départ refuser qui que ce soit. Toutefois on se doit d'admettre aussi que bon nombre de personnes qui habitent le Québec ne se considèrent pas d'abord comme Québécois, ou pas même comme Québécois du tout. Si ces personnes ne se considèrent pas comme faisant partie de la nation québécoise, ne faudrait-il pas respecter leur choix et cesser de en retour de les considérer comme Québécois?

    L'erreur de Bernard Landry, faite en toute générosité et en toute bonne foi, a été d'ouvrir les portes de l'identité québécoise à n'importe qui, même à ceux qui viscéralement n'en veulent pas. Avec un tel procédé qui évacue le patriotisme et le sens de l'appartenance, la définition de l'identité québécoise tombe dans le n'importe quoi. Un n'importe quoi qui donne un pouvoir de vie ou de mort à ceux qui ne veulent rien savoir du Québec. Un n'importe quoi qui explique en grande partie l'échec des deux référendums et la perte graduelle des repères identitaires pour une bonne partie de la population.

    Toute cette vision de l'identité québécoise serait à revoir pour entreprendre la quête de l'indépendance sur des bases nouvelles qui ne mèneront pas encore à un cul-de-sac savamment programmé.

    • Claude Bariteau - Abonné 9 novembre 2018 12 h 43

      Il y a, en démocratie, l'écho à un peuple juridico-politique. En abordant ce concept sous l'angle de l'identité, vous récusez et cet écho et la démocratie d'ordre juridico-politique de telle sorte que vous laissez entendre qu'il y aurait une démocratie dont les assises seraient l'identité. Conséquemment, pour voter, il faudrait une loi excluant le référent juridico-politique et introduisant un référent identitaire selon un serment d'appartenance permettant d'accéder au statut de votant.

      Je ne sais pas si vous saississez que vous introduisez une mécanique visant à exclure du débat les habitants du Québec qui, l'étant, seraient exclus parce que leur appartenance première en terme d'identité n'est pas le Québec à vos yeux ni celles des descendants des ressortissants français, y compris ceux et celles qui ont pris racine hors Québec auxquels, je suppose, vous pourriez accorder un droit de vote, allant en cela plus loin que les vues exprimées par M. François-Albert Anger.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 9 novembre 2018 16 h 28

      Monsieur Bariteau, dans l'ensemble vous avez très bien compris mon propos, sauf peut-être pour un petit détail.

      Vous laissez entendre que je tendrais à refuser le droit de vote à certaines personnes sous prétexte qu'elles ne se considèrent pas québécoises. En fait ce sont ces mêmes personnes, du fait de leur choix personnel qui les disqualifient, qui s'excluent elles-mêmes du processus devant mener à l'indépendance.

      Dans un Québec souverain, il y aurait deux types de personnes:

      1) les "citoyens": ceux qui ont volontairement abandonné la citoyenneté canadienne pour la citoyenneté québécoise et qui, de ce fait, peuvent participer pleinement à la vie politique. Toute personne résidant au Québec à l'époque de l'indépendance peut devenir citoyen en prêtant serment au Québec et à sa constitution.

      2) les "résidents": ceux qui ont choisi librement de conserver la citoyenneté canadienne (dans un contexte où la double nationalité n'est pas autorisée) et qui désirent néanmoins demeurer en permanence au Québec, à y vivre et à y travailler. Ces derniers ne peuvent toutefois participer à la vie politique.

      Je ne vois pas pourquoi on devrait donner un pouvoir politique au Québec à des gens qui ne veulent pas se définir comme Québécois. Le faire serait consentir à un suicide au plan national. On en a vu les résultats lors des deux derniers référendums, en particulier lors du second alors qu'une majorité des québécois dits "de souche" ont opté pour l'indépendance. Selon les normes définies par les Nations-Unies, ce résultat aurait dû être suffisant pour enclencher le processus de sécession. C'est l'obsession des dirigeants d'alors de s'en tenir au "droit du sol" qui a tout fait foirer. Le gouvernement fédéral ne s'en est pas privé, lui qui a promu "citoyens" des dizaines de milliers d'immigrants du jour au lendemain la veille du référendum.

  • Claude Bariteau - Abonné 10 novembre 2018 08 h 35

    Le petit détail.

    Je note qu'il y en a deux.

    Le premier concerne l'après-indépendance. Vous faites des résidents des citoyens à double nationalité. Il serait plus simple de ne promouvoir qu'une nationalité, celle du Québec. La double est plutôt une reconnaissance par d'autres pays envers des citoyens du Québec, ce qui ne ferait pas de ces doubles citoyens des non-citoyens du pays du Québec, mais des citoyens qui ont un lien politique avec leurs pays d'origine, ce qui est le cas de plusieurs habitants du Québec, qui sont des canadiens à double citoyenneté.

    Le second se veut avant l'indépendance, l'idée étant d'exercer un contrôle sur l'accès au vote. En Nouvelle-Calédonie, où vient de se tenir un vote sur l'indépendance, il y eut une entente à cet effet. Le gouvernement du Québec qui tiendrait un référendum devrait s'entendre sur ce point avec le Canada, mais surtout sur les règles de reconnaissance et tout ce qui concerne l'après-référendum si les résultats sont concluants, c'est-à-dire au-delà de 50% + 1.

    Votre texte initial ne faisait pas écho à ces deux temps et insistait sur l'ouverture des portes à l'identité québécoise par M. Landry. D'où mes commentaires. Avant l'indépendance, à moins d'adopter des règles au-delà du contrôle des reconnaissances par le Canada, les personnes qui habitent au Québec et répondent aux exigences du droit de vote, peuvent excercer ce droit à moins d'y être en tant que résidents temporaires, ce qui est le cas des étudiants étrangers au Québec ou de travailleurs étrangers actifs au Québec. À cette étape, l'identité québécoise n'a pas de portée. La règle est définie par le gouvernement du Québec en matière d'élections et de référendum.

    Après une victoire, l'identité québécoise passe par la nationalité et sa reconnaissance. Encore là, cela est l'affaire de l'État du pays du Québec et rares sont les pays qui refusent la double natonalité parce que son octroi lui échappe. Un pays peut par contre limiter son expression dans des contextes de guerr

    • Jean-Charles Morin - Abonné 10 novembre 2018 18 h 15

      Voici quelques précisions à l'intention de Claude Bariteau.

      1) Dans un Québec indépendant, la citoyenneté québécoise ne devrait pas être accordée automatiquement à tous. Son obtention devrait être conditionnelle à un serment d'allégeance et à l'abandon de la citoyenneté canadienne de la part des intéressés. Donc pas de double nationalité pour qui que ce soit. Seuls les citoyens québécois auront le droit de vote, pourront briguer des charges publiques et occuper des postes névralgiques dans la fonction publique.

      2) Le serment d'allégeance obligera le citoyen québécois à défendre la pérennité de l'état québécois et l'intégrité de son territoire. En clair, toute forme d'engagement politique visant à en miner la souveraineté, entre autre par la fédération avec un autre état ou par la fragmentation de son territoire, est de ce fait interdite.Tout manquement au serment d'allégeance pourrait résulter dans l'abolition, permanente ou temporaire, de certains droits civiques.

      3) Les citoyens canadiens habitant actuelllement le Québec et qui veulent le rester sont absolument libres de le faire mais de ce fait ne pourront obtenir la nationalité québécoise. Ils auront toutefois le droit de demeurer au Québec en tant que résidents permanents en retour de l'engagement solennel de respecter les lois québécoises et de s'abstenir de militer dans une formation politique. Ce privilège sera transférable à leurs descendants directs s'ils demeurent citoyens canadiens. Les résidents permanents sont des non-citoyens et, de ce fait, ne peuvent participer à la vie politique de quelque manière que ce soit. Tout manquement à cette règle pourra être sanctionné par l'abrogation du statut de résident et l'expulsion du territoire québécois.

      4) Tous ceux qui auront ainsi obtenu un statut de résident permanent pourront ultérieurement, en tout temps, devenir citoyens québécois et se prévaloir des droits et obligations qui s'y rattachent en se soumettant à la procédure décrite en (2).

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 10 novembre 2018 10 h 38

    « ''(...) est Québécois celui qui habite en sol québécois (...)'' » (Bernard Landry)

    C'est un peu court…

    En évacuant de la sorte la dimension culturelle, on est porté à entendre: - Est Québécois celui qui a une boîte postale en sol québécois…